Habillage LVV summer 2019

90’s : CHRONIQUE D’UN RETOUR GAGNANT

Le retour de flamme s’annonçait depuis plusieurs années déjà ; aujourd’hui la “nostalgie des nineties” a atteint son paroxysme. Le chouchou, les couleurs fluo, le tailleur pantalon oversize sont de retour, sur les podiums ET dans la rue. Y’a-t-il un complot derrière ce come-back inattendu ? Comment rendre hommage au 90’s sans tomber dans la caricature ? Le bob est-il de nouveau tendance ? On a les réponses à vos questions existentielles.
Par Nina Kozlowski

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Tout a commencé, ou presque, sur les podiums des défilés de prêt-à-porter du printemps-été 2016 : Hedi Slimane (pour Yves Saint Laurent) ressuscite alors le style de l’adolescent grunge américain, avec un hommage appuyé à Kurt Cobain, tandis que Francisco Costa (pour Calvin Klein) mise sur sa combinaison 90’s fétiche (taille ultra-haute, épaules carrées et silhouette épurée), dont l’ambassadrice à l’époque n’était autre que Gwyneth Paltrow.

Au même moment, le monde assiste, doucement mais sûrement, à la résurrection de marques emblématiques de cette période, qui étaient tombées en désuétude : Fila, Chevignon, Kappa, Miss Creeks, Chipie ou encore Sergio Tacchini. Un retour miraculeux. Au point de donner des idées à Fubu, marque iconique du milieu hip-hop, qui a fait son come-back au début de l’année 2019. En parallèle, nombre d’entre nous étions suspendus à une possibilité extraordinaire : la re-formation des Spice Girls, dignes représentantes du Girl Power, et leur potentielle tournée mondiale. Certes, l’évènement n’aura probablement jamais lieu ; cela n’a pas empêché le monde de basculer dans une faille spatio-temporelle, 20 ans en arrière. Le tout sur le groove du tube Finesse, où Bruno Mars et Cardi B. rendent hommage à la série culte Living In Color et l’ancêtre du R’N’B.

Les années 90 : “un grand-tout”

Pour celles qui n’auraient pas connu cette décennie bénie, commençons d’abord par un petit topo. Traumatisées par les 80’s (marquées par le sportswear kitsch ainsi qu’un nuancier de couleurs répréhensibles), les nineties représentent l’âge d’or du capitalisme (et la chute du communisme), tout en amorçant le tournant vers un nouveau millénaire. L’inconscient collectif oscille donc entre tentations bling-bling et grunge contestataire, minimalisme et exubérance. La tendance est au mélange des codes et des genres : riche/pauvre, beau/laid, féminin/masculin. A l’époque, Photoshop n’existe pas, les jeunes et moins jeunes (déjà impactés par le virus du Sida et le chômage) ont peur des progrès du numérique. Le fameux (et ridicule) bug de l’an 2000 a ainsi fait couler beaucoup d’encre, gaspillant beaucoup de salive et d’argent.

À l’époque, les déesses du “in” sont Jennifer Aniston, Gwen Stefani, Courtney Love et, bien sûr, les “super models” incarnées par Cindy Crawford, Carla Bruni, Naomi Campbell, Kate Moss et Claudia Schiffer (entre autres, réunies en grande pompe pour le défilé Versace en hommage à Gianni en 2017). Les tendances sont impulsées par Ralph Lauren, Calvin Klein et Tommy Hilfiger. Pour les teenagers, le comble de la classe, c’est le look Brenda Walsh (personnage principal de la série Beverly Hills, campé par Shannen Doherty) : jean mom-white et big chouchou dans les cheveux. Chacune cherche d’ailleurs son Dylan, ou son Drazic (Hartley, cœurs à vif).

D’autres adoptent le style pom-pom girl sexy façon Britney Spears et Mariah Carey, en usant et abusant de bodys, crop tops et pantalons sportswear. Les plus rebelles optent pour un look dark et provoquant, avec tee-shirts à messages, pantalons en cuir, robes nuisettes et chaussures plateformes. Les ados font des boums, s’encanaillent sur Nirvana, Notorious BIG ou Tupac, fument leur première cigarette en écoutant Alanis Morissette ou Oasis, flirtent sur le sulfureux Age ain’t nothing but a number de la jeune Aaliyah, critiquent la société en regardant les Simpsons et vivent une vie d’adulte par procuration avant l’heure avec Friends.
Une impression de déjà vu ? C’est normal…

La madeleine de Proust

La faute au “rebond de la double décennie”, expliquent les sociologues. Cette nostalgie des années 1990 ne serait qu’un banal intérêt cyclique, “dans un contexte de surconsommation, pour ce qui se faisait vingt ans auparavant”, écrit Guillaume Martin, directeur de la stratégie de BETC (agence de publicité parisienne). Or, “vingt ans, c’est le temps pour des adolescents de devenir des adultes nostalgiques, ou simplement de devenir parents, et d’avoir envie de partager avec leurs enfants ce qu’ils ont aimé, plus jeunes (des parties de Mario Kart, de Street Fighter)”, conclut-il. C’est aussi le temps de la relève : les adolescents d’hier sont les décideurs d’aujourd’hui.
En outre, notre époque s’inscrit finalement dans la continuité des nineties, avec des mouvements et sujets de société communs: le féminisme (façon Judith Butler), les droits LGBT et les questions liées au genre, l’anti-racisme et la critique du consumérisme de masse.

90’s : vers l’infini et au-delà

En attendant la prochaine grande tendance, les nineties vont donc continuer à s’épanouir dans nos dressings –et nos esprits– cet été. LE truc du moment ? Ressembler à un surligneur géant : on ose donc le mix and match de plusieurs teintes fluo ou néon dans une seule et même tenue, et sur les cheveux. Voire carrément le cycliste fluo, que Kim Kardashian a arboré sans vergogne l’année dernière, même si elle affectionne plutôt les teintes nude. Pour celles qui préfèrent rester élégantes, misez plutôt sur le tailleur pantalon oversize, rehaussé par un body lingerie glamour (Rihanna le porte si bien). Les plus sobres d’entre nous s’en tiendront à la chemise à carreaux et au jean taille haute.

Du côté des films et des séries, on n’hésite pas à aller voir la nouvelle version Disney du mythique Aladdin, réalisé par Guy Ritchie (ex -mari de Madonna), avec, justement, une icône des années 90 : Will Smith, qui s’est fait connaître avec la série Le Prince de Bel Air. Sur Netflix, on peut aussi jeter un coup d’oeil (avec ses ados) aux Nouvelles aventures de Sabrina plus connue (pour les trentenaires et les quadras) sous le nom de Sabrina, apprentie sorcière. Une façon comme une autre de patienter avant le retour de Beverly Hills, avec le casting originel, le 7 août prochain. Et surtout, n’oubliez pas : come-back ou pas, le bob est toujours formellement interdit (sauf si vous vous appelez LL Cool J).

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