INTERVIEW : ILAN BENHAÏM, UN BUSINESS ANGEL QUI VEUT DU BIEN AU MAROC

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Vous le savez, Shoelifer aime aller à la rencontre de personnalités de la diaspora aux parcours souvent hors norme. Comme Ilan Benhaïm. Cet entrepreneur à succès qui a cofondé Veepee (ex vente-privée.com, entreprise pionnière de la vente évènementielle en ligne), aime son pays et veut participer à la start-up Maroc. Comment ? En faisant ce qu’il sait faire de mieux : investir dans des projets à fort potentiel et accompagner les jeunes entrepreneurs. Rencontre avec un business angel passionné. 

Des success stories comme celles d’Ilan Benhaïm, on n’en entend pas tous les jours… “Tout le monde est entrepreneur dans ma famille : un entrepreneur, c’est quelqu’un qui sait accepter l’erreur et l’échec. Depuis que je suis gamin j’ai vu mon père et mes oncles réussir, échouer, se relever, réussir à nouveau, échouer, aller encore plus haut. C’est depuis toujours dans mon ADN” explique cet entrepreneur membre de la diaspora marocaine. Il a ainsi créé sa boite – la fameuse Veepee (anciennement vente-privee.com) dont le chiffre d’affaires s’élevait à 4 milliards d’euros en 2021 – avant même de terminer son cursus d’école de commerce. En 2017, il lance à Paris l’accélérateur Vente-privée Impulse qui accompagne plus de 20 start-up, puis en 2019 il fonde IB Participations, une holding d’investissement spécialisée dans le financement de start-up françaises et internationales (sa filiale IBP Africa voit le jour à Casablanca la même année). Hyper sollicité par les milieux d’affaires internationaux et par les médias, il aime donner de son temps au Maroc, son pays d’origine… Vous l’avez d’ailleurs sans doute vu passer sur 2M en 2020 et en 2021, dans l’émission “Qui va investir dans mon projet ? Spécial Startups Business angel passionné, ce quadra ultra dynamique a investi, au cours des 18 derniers mois, dans pas moins de… 11 start-up via sa holding IBP Africa ! Intérêt du give back, structuration de la diaspora marocaine, investissements dans le royaume… il n’a pas hésité une seconde à répondre à nos questions. Interview. 


Comment résumez-vous votre parcours ? 

Je suis clairement ce qu’on appelle un membre de la diaspora marocaine. J’ai grandi à Casablanca puis je suis parti étudier en France, une fois mon bac en poche. À la sortie de mon école de commerce (ex ESC-Rouen, aujourd’hui NEOMA Business School, dont il est aujourd’hui président du réseau Alumni, ndlr) à 24 ans, j’ai monté ma boite, vente-privee.com, aujourd’hui renommée Veepee, et j’ai rencontré rapidement du succès. 

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Quel est votre rapport au Maroc ? 

Contrairement à la plupart des autres membres de la diaspora, mes parents vivent toujours au Maroc : donc quand je rentre ce n’est pas pour aller au Club Med, c’est pour voir ma famille et mes amis d’enfance. Je n’ai pas un rapport nostalgique au Maroc puisque j’ai un lien permanent avec ce pays. 


Comment êtes-vous passé d’entrepreneur à business angel ?

J’ai beaucoup travaillé dans le digital et l’environnement start-up, donc au moment où ça a commencé à prendre beaucoup d’envergure, je suis devenu une sorte de référence pour les jeunes qui démarraient. Certains sont venus me voir en me demandant de rejoindre leur board. Je leur ai répondu que ça ne se passait pas comme ça : pourquoi être un simple mentor, comme ça, gratuitement ? Quitte à faire du give back, autant investir dans un projet qui me plait, dans lequel je crois et m’y associer réellement. Être un business angel, à mon sens, c’est une double association : il faut qu’on vienne te chercher, qu’on te pense légitime, et que toi aussi, tu acceptes de rejoindre le projet, ça va dans les deux sens. 

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En parlant de give-back, c’est justement une activité – celle de business angel – que vous avez aussi développée au Maroc. 

Oui, quand je rentrais au Maroc, des copains me parlaient de jeunes qui commençaient à monter des start-up. J’avais été agréablement surpris car c’était tout nouveau pour le pays. Petit à petit, on a commencé à m’inviter à des concours de pitch. Il y’a une dizaine d’années, je ne trouvais pas ça terrible, puis la qualité s’est petit à petit améliorée. Si bien que j’ai commencé à dire autour de moi : tiens, j’investirais bien dans telle ou telle start-up. On me répondait : ah, mais si tu le fais, alors je le fais aussi. Ce à quoi je rétorquais : mais alors pourquoi tu ne l’as pas fait avant ? (rires). 


Un business angel qui a pour ambition de fédérer la diaspora marocaine


Vous fondez donc beaucoup d’espoir dans les start-up marocaines ? 

Aujourd’hui je n’investis pas dans des start-up marocaines, j’investis dans la start-up Maroc. Je pense qu’un jour le Maroc sera une start-up nation. Je pense qu’il y a de brillants ingénieurs ici, mais que ces derniers ne restent pas car ils n’ont pas de perspectives. Si aujourd’hui on leur dit : au Maroc on peut créer de la tech’ et on va t’aider à la vendre en dollars ou en euros grâce à la diaspora marocaine, tout de suite, ce n’est plus la même équation. 


Cela supposerait de fédérer la diaspora marocaine ? 

Oui, le problème c’est qu’aujourd’hui la diaspora marocaine n’existe pas, ou plutôt qu’elle n’est ni identifiée, ni structurée. On ne dispose pas d’un annuaire de la diaspora qui indique qui fait quoi et où. Structurer la diaspora, c’est une de mes ambitions. Comment les Chinois ont fait pour s’exporter dans le monde entier ? Grâce à la diaspora chinoise. Comment les Français ont fait pour conquérir la Silicon Valley ? C’est grâce à la diaspora française. Pourquoi est-ce qu’on n’y arriverait pas nous aussi, alors qu’on a des Marocains dans toutes les boites du monde ? On doit vraiment capitaliser là-dessus. D’autant que le point de commun des gens de la diaspora qui ont réussi, c’est qu’ils adorent le Maroc et qu’ils sont prêts à donner à leur pays d’origine. 


Quels sont les freins à cette structuration de la diaspora marocaine, selon vous ? 

Le problème, c’est que les profils issus de la diaspora ont certaines réticences. Ils pensent qu’au Maroc on les voit comme des gens qui sont partis et ne sont jamais revenus aider leur pays, et que s’ils reviennent, on va le leur reprocher. Mais c’est faux : on a besoin d’eux au Maroc, on a besoin de gens qui ont eu des expériences extraordinaires à l’étranger et qui vont pouvoir se positionner comme des relais, en donnant l’accès aux entrepreneurs marocains à des marchés internationaux. 

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Quelle forme cela pourrait prendre ? 

Il faut créer un écosystème. Aujourd’hui il y’a des entrepreneurs, des start-up, des incubateurs, des business angel… mais ce qui manque, c’est que les corporates n’achètent pas de solutions marocaines. Il faut donc convaincre les grosses entreprises d’acheter les start-up marocaines ou, au minimum, de leur passer des commandes et de les payer ! Il y a bien entendu un vrai problème de délais de paiement au Maroc, et tarder à payer une start-up, ça revient à la tuer dans l’œuf. Aujourd’hui, il faut mettre en place une loi pour protéger les petites entreprises, sinon elles ne deviendront jamais grandes. 


Comment sélectionnez-vous les projets dans lesquels vous investissez ? 

Déjà, je n’investis que dans ce que je connais. Ensuite, je pense qu’au Maroc, pour qu’il y ait une potentialité de développement, il faut que le sujet repose sur de la tech’. Ça peut être de l’artisanat, ce n’est pas forcément du digital, mais ça doit être un savoir-faire qui s’exporte. Après, il doit y avoir une certaine alchimie avec les associés bien sûr, mais il faut surtout, et avant tout, un business model lisible, clair et avec une vraie capacité de financement. Pour ma part, je ne mise jamais sur les business models qui perdent de l’argent sur les cinq premières années, je préfère les business models qui paient leurs fondateurs. Il faut être viable dès le départ afin de pouvoir utiliser l’argent des investisseurs, non pas pour payer ses salariés, mais pour investir et accélérer sa croissance. 


Est-ce que vous investissez en Afrique subsaharienne ? 

Pas encore, mais si jamais je le fais ce sera uniquement dans de la tech’ et surtout pas dans des marchés locaux. On dit souvent que l’Afrique c’est l’eldorado de demain, mais je n’y crois pas. Ce slogan, c’était avant que la Chine se réveille. La Chine, c’est un seul pays, une seule monnaie et une seule langue. Tandis que l’Afrique c’est 50 pays, différentes langues et différentes monnaies. Si on veut s’associer entre nous, on doit se développer vers les pays qui ont de l’argent : un Marocain ne doit pas aller se développer dans un pays plus pauvre. Et puis, il y a un chiffre dont personne ne parle : le PIB de toute l’Afrique c’est le PIB de la France, et le Maroc, c’est Bordeaux (rires) ! Y’a deux milliards de personnes qui se partagent la même somme contre 70 millions d’habitants…


Pour terminer, en tant que business angel qu’est-ce que vous avez envie de dire aux jeunes qui se lancent dans l’aventure de la start-up ? 

Qu’il faut apprendre à accepter l’échec et refuser cet idéal de perfection qu’on nous a inculqué (en tout cas dans l’éducation à la française). Je veux aussi inciter les femmes à entreprendre. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une égalité de droit entre hommes et femmes mais il y a une espèce d’autocensure de la part des femmes. Elles subissent en réalité ce qu’on appelle “le syndrôme de l’imposteur”, bien plus que les hommes. Or il n’y a aucune raison que ce soit le cas. En tant que business angel, j’essaie d’ailleurs d’investir dans des projets féminins… même si ces elles ne représentent à l’heure actuelle que 0,5% des start-up.

 

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