LES FAITS MARQUANTS DE LA COUTURE

Qu’est-ce qui fait rêver la mode ? La Couture. Au début du mois, les maisons ont présenté leurs collections pour l’automne prochain. Spectaculaires, symboles d’un savoir exclusif, révélatrices d’un ADN propre à chaque signature, elles ont été aussi l’objet de certaines curiosités, entre autres la dernière collection du duo intérimaire chez Dior ou encore les explorations couture de John Galliano pour Maison Margiela. Résumé imagé.

1 – John Galliano est toujours fou

C’est un génie exubérant, peut-être moins théâtral et dramatique que pendant les années Dior mais son travail chez Maison Margiela Couture témoigne de sa recherche inextinguible de la folie textile. On pourrait hurler que c’est n’importe quoi, mais à y regarder de plus près, il s’agit d’un n’importe comment très bien conçu. C’est conceptuel mais imaginatif, avec des volumes intempestifs, des matières qui s’entrechoquent, des vestes camisoles, des volants, des manches nouées, du plastique froncé. Alors, oui c’est dingue et tant mieux, inspirationnel certainement pour des créateurs de la veine de Vêtements ou de l’underground berlinois mais peu portable au quotidien. Vous me direz : c’est le propre même de la couture.

2 – Valentino divorce

Vallée Village 970×250

On célébrait le règne absolu de Pierpaolo Piccioli et Maria Grazia Chiuri sur la couture avec des collections désarçonnantes de précision et de sensibilité pour Valentino. L’automne 2016 sera leur dernière à quatre mains, madame rejoignant l’avenue Montaigne pour officier chez Christian Dior. Mais pour leur dernière présentation, le duo ne faillit pas à la tradition d’excellence. Des robes princières mais rock, victoriennes mais contemporaines, avec des cols à volants, des jupes bouffantes, du cuir ajouré, de la transparence maitrisée… Tout le défilé est une démonstration de la délicatesse du couple créatif, cette même exceptionnelle légèreté visionnaire saluée par la critique depuis leur intronisation en 2008, après 9 ans à concevoir les accessoires sous la direction du fondateur de la maison. La collection confirme le retour du volant et le style romantico-structuré de la marque, qu’on retrouve largement repris dans les rayons de nos plus modestes boutiques.

3 – Fendi ne fait pas dans la dentelle…

… mais bien – au grand désespoir des défenseurs de la cause animale – dans la fourrure. Une défilé fort modeste, simplement au cœur de la fontaine de Trevi à Rome qui célèbre le savoir-faire historique de la maison : fourrer (comme dans fourrure, NDLR). 1200 heures de travail sur un manteau, du cuir d’agneau rose pale, des prouesses techniques qui ne manquent donc pas pour un show très show-off. C’est de la haute voltige, c’est Karl Lagerlfed qui comme Adidas pense « Impossible is nothing ». Même de défier les lois textiles en confectionnant des pièces extraordinaires dans le but de prouver toute la virtuosité des artisans de la maison et son hégémonie créative en termes de fourrure. Inaccessible pour le commun des mortels, sauf peut-être les bottines très 1900 à petits boutons remarquées aux pieds des modèles.

4 – Versace se rhabille

Atelier Versace d’habitude – on s’y attend – c’est la célébration sensuelle de la chair. Cette année, à la surprise générale, Donatella a recouvert des mannequins et autres tops modèles, dont Bella Hadid, de plus de tissu qu’à l’accoutumée. Résultat ? Triomphe total, Versace habillé ça décoiffe. Des drapés ultra sophistiqués, des fentes suggestives, de l’exhibitionnisme d’une élégance inégalée, des volutes et sequins avec parcimonie : du sexy si temporisé qu’on en oublierait presque qu’il est une des plus grosses tendances des saisons à venir. Et un manteau en cachemire à se pâmer.

5 – Christian Dior sans faute

Lucie Meir et Serge Ruffieux assurent l’intérim post Raf Simons avec application. Propre, minimaliste, classique mais twisté d’un élan de jeunisme. En clair, c’est du old Dior new generation, parce que les anglicismes font mode. Le duo joue de noir et blanc, des coupes traditionnelles de la maison, tout en surprenant avec des chaussures plates très contemporaines. Moderniste, peut-être trop attendu, dans le sillage de Raf Simons, qui augure d’une nécessaire rupture stylistique avec l’arrivée de Maria Grazia Chiuri.

6 -Chanel fait du Chanel

Hommage au savoir-faire des ateliers de la maison, cette présentation reprend les classiques de Chanel. Tweed évidemment, tailleurs bien sûr, mais une carrure qui s’élargit, des longueurs qui s’encanaillent, avec des épaules marquées, des cropped tops, des bouillonnés ça et là, et des matières précieuses, comme une cape piquée de plumes. Le brio de Karl Lagerfeld ? Faire du très neuf avec du vieux, toujours dans le vent, flairant tendances et it girls de demain, avec la confirmation de la déferlante de cropped pants pour les saisons à venir.

7 – Armani Privé, patte de velours

Armani Privé, c’est chic. Rien de nouveau. Pour l’automne prochain, on se pare chez l’Italien de velours, matière vedette de son show, déclinée sous toutes les coutures, même sur un caftan-like robe du soir qu’on s’imagine déjà porter pendant la saison des mariages. Sans grande surprise, mais grande élégance.

8 – Gaultier Paris légende l’automne

Il est le partisan d’une mode frondeuse, audacieuse, impertinente, tellement parisienne. Cette saison encore, Jean Paul Gaultier produit des silhouettes insolentes, pas forcément au goût de tous ni même avant-gardistes, simplement couture. Des matières recherchées et surtout une palette de couleurs qui décline toute la saison automnale, comme pour la matérialiser à travers des textures réalistes sur le podium. Jean Paul Gaultier avait annoncé son retrait du prêt-à-porter pour se concentrer sur le processus créatif, en faisant fi des impératifs commerciaux, libérant son imagination sur des silhouettes toujours sculpturales dont les teintes, du bronze au kaki, devraient influencer l’automne prochain.

9 – Elie Saab définit le glam

C’en est presque épuisant. À chaque défilé, on est forcé de constater avec quelle dextérité le couturier libanais produit des collections cohérentes, sublimes, égales. « C’était comment Elie Saab?  C’est du Elie Saab », pourrait-on répondre. De l’élégance, de l’assurance, du travail artisanal à son paroxysme, une silhouette toujours sublimée. Du luxe pur démontré sur des robes hollywoodiennes, portées par des réincarnations de Grace Kelly. Le retour du glamour ? Peut-être, tant les créateurs suggèrent chacun à leur manière une certaine envie d’un retour à une féminité plus classique, faite de courbes soulignées, de peau dévoilée, comme pour contrer l’avalanche de gender fluid.

10 – Givenchy simplifie

On ne sera pas très objectif, on voue un culte à Riccardo Tisci. Pourtant, cette saison il est moins bluffant qu’à l’accoutumée, son discours textile est moins marqué. Mais les créations sont pures, ajustées, pensées au pli près, discrètement conceptuelles,  faussement simples, avec des excursions complexes dans l’élaboration du vêtement, presque onirique, irréel. Maestro Riccardo démontre une sobriété millimétrée sur des fourreaux architecturaux, souvent plissés, du kaki au blanc. Encore du kaki, et encore des plis !

11 – Aouadi en dit plus

Pour sa troisième collection couture, le très remarqué Yacine Aouadi s’inspire de l’Andalousie et notamment de la mosquée-cathédrale de Cordoue, comme un message de paix porté par ses 13 créations versatiles aux broderies subtiles. Le résultat ? Une esthétique aboutie, pour des flamencas futuristes, graphiques à coupe garçonne et posant sur des tapis, non sans évoquer l’idée de prière. Fallait oser.

12 – Alexandre Vauthier aura votre peau…

… du moins si vous êtes mannequin. Ambassadeur d’une mode très très sexy, le pire cauchemar du créateur à la découpe facile est probablement l’avènement de la mode pudique. C’est court, c’est ajouré, c’est fendu… du bustier. Bref, on montre de la gambette. C’est facile à porter – pour peu que l’on soit conçue sur le moule de Gisèle (Bündchen) – un brin « balmainisant » cette saison, avec des teintes métalliques odes à l’ère festive de la fin des 70’s. Des néo-crinolines chatoyantes avec ici aussi une certaine domination du kaki.

13 – Iris Van Herpen joue dans X-Files  

On la verrait mal jouer dans Autant en emporte le vent sauf si les crinolines de Scarlett se commandaient à distance et lui permettaient de produire des tomates pour les jours de disette. Iris Van Herpen prône une mode visionnaire, où tout est question de géométrie, de dynamique, d’arabesques anguleuses. Elle innove via des procédés inédits pour produire des effets plus proches de l’œuvre d’art pure que de la mode, tout son défilé est une performance coordonnée. Pourtant, ses créations sont portables, faites en silicone incrustée de cristaux Swarovski, organza ou en matériau polymère extrêmement fin, et infiniment désirables. De la science-fashion, ultra gracieuse, unique en son genre.

14 – Schiaparelli annonce la couleur

Derrière la maison mythique, le très discret Bertrand Guyon. Cette saison, il offre une visite actualisée de l’univers de Schiaparelli, avec une interprétation de la collection Circus de l’été 1938, du temps d’Elsa Schiaparelli, la complice des surréalistes. Références artistiques obligent, dont un clin d’œil au cubisme de Picasso, Bertrand Guyon ose les imprimés imposants, les tissus chatoyants et bien sûr ce fameux rose shocking. Pour l’automne prochain, il prône le retour d’une mode fun, éclatante.

15 – Zuhair Murad a croisé Hedi Slimane…

… et il lui a volé son obsession pour les chapeaux. Le couturier libanais coutumier du spectacle de la couture et roi de l’exercice des red carpets est passé maître en transparences, sequins, dentelles et toute la panoplie de fourreaux sophistiqués. Pourtant cet automne, Zuhair Murad a décidé de se frotter au gypset avec son approche très hollywoodienne. Il fait de vraies robes, les robes dont on rêve, avec sur ce podium un surprenant accent 70’s et une acuité toujours aussi prononcée pour le travail de broderies et d’incrustation de cristaux. On reste bouche bée devant les tailleurs façon Studio 54 et les combinaisons pantalon tout de dentelle.

16 – Alberta Ferretti danse

On est habitué à un univers féminin et romantique chez Alberta Ferretti Limited Edition. Cette saison, ça swingue mais sans vraiment basculer dans un autre monde. Des franges dans un univers très Art déco, comme subodoré chez Fendi, ça reste délicat, frais, éthéré. Le travail de Ferretti s’observe dans la minutie accordée aux matières, scintillantes, aux reflets multiples et au savoir-faire de la couture proprement dit.

17 – Giambattista Valli fait plus d’un pli

Sur le podium de Giambattista Valli, c’est surenchère de volants, de plissés, de drapés, de manches bouffantes et de tulle tous azimuts. Une architecture du vêtement capillotractée, pour une maison qui donne plus d’habitude dans le girly candide. Mais, point de travestissement en Rei Kawakubo non plus, les robes de baby doll s’en donnent à cœur joie, des baby dolls un brin perchées.

18 – Les noms difficiles à prononcer mais qui valent le détour

Guo Pei
La robe jaune de Rihanna largement raillée sur Internet ? C’est Guo Pei. Il fallait s’y attendre, son show ne fait pas dans la discrétion. C’est très clinquant, parfois trop, très feuilleton égyptien et chanteuse libanaise. Frange, couleurs irradiantes et fourrure, ça pique les yeux. Over the top comme ils disent.

Ulyana Sergeenko
Depuis 9 ans, la marque arpente les podiums des présentations couture sans fausse note. Cette année, c’est noble, brillant, impeccable, réchauffé par des touches de fourrure. Comme une bonne vodka.

Francesco Scognamiglio
Invité pour la première fois à présenter sa collection au sein de la très prisée semaine de la Couture, le créateur originaire de Naples prouve qu’il sait faire de la Couture. De la vraie, raffinée, à mi-chemin entre Elie Saab et Valentino, avec en plus une approche expérimentale des matières. Cols plissés en organza, broderies multiples, dentelles incrustées de cristaux, il multiplie les tentatives élaborées pour un résultat à la hauteur des attentes d’un public averti.

Rami Kadi
Du haut de ses 29 ans, le Libanais en bouche un coin. Au café du coin, on s’écrierait : « Il est bon ce petit ! » ; dans la mode, on se contentera de crier au prodige, de professer qu’il est GÉ-N-I-AL ! Oui, car il faut être un génie pour sublimer avec autant de maturité la femme et faire preuve d’une imagination surnaturelle pour offrir une collection si prolifique en détails somptueux. Des coupes précises et des broderies enthousiastes qui respirent un savoir-faire largement salué par la critique. On joue au Rami quand vous voulez.

Le résumé pour frimer (à réciter mot pour mot) :

Les présentations couture de l’automne 2016-2017 suggèrent un retour d’une féminité exacerbée (Alexandre Vauthier, Atelier Versace, Elie Saab, Zuhair Murad) mais sans vulgarité, parfois candide (Giambattista Valli) ou même glamour (Elie Saab, Atelier Versace, Armani Privé), un certain attrait pour l’Art déco et les années 20 (Fendi, Alberta Ferreti), un entrain pour le kaki (Alexandre Vauthier, Jean Paul Gaultier, Givenchy), un engouement pour les plis et les volants (Rami Kadi, Givenchy, Giambattista Valli, Valentino), une envie d’imprimés picturaux (Schiaparelli, Elie Saab), une inspiration 70’s (Zuhair Murad, Alexandre Vauthier) la quête de prouesses en termes de savoir-faire artisanal (Iris Van Herpen, Chanel).

Soraya Tadlaoui

Amoureuse de mode et d’(entre)chats, Soraya Tadlaoui a étudié à Paris la conception rédaction et la danse. Après une première expérience auprès du service de presse de Burberry, elle fait ses armes à la rédaction d’ABCLuxe, au Glamour, en tant que styliste photo auprès du Bureau de Victor agence de photographe, puis à L’Express.fr/Styles. En 2009, elle s’envole pour New York à la poursuite de ses deux passions, avant de tenter l’aventure casablancaise en 2011. Elle intègre alors la rédaction de L’Officiel Maroc. Depuis, professeur de danse, styliste, rédactrice freelance pour différents supports de presse, éditrice de contenus en communication éditoriale et rédactrice web pour le webzine nssnss.ma, elle surfe sur la tendance et sur les petites vagues de Dar Bouazza.

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