MON ADOLESCENT SE DROGUE : COMMENT RÉAGIR ?

MON ADOLESCENT SE DROGUE : COMMENT RÉAGIR ?

Certains indices vous font croire que votre adolescent se drogue ? Avant de céder à la panique (et à la colère !), lisez donc nos conseils pour trouver la bonne posture à adopter. Un dialogue apaisé et un climat de confiance seront vos meilleurs atouts pour aborder le sujet de façon constructive. Mode d’emploi.

Votre enfant jusque-là si mignon s’est mué en zombie atone qui ne pense qu’à s’avachir et vous rembarre à la moindre occasion ? Bienvenue en adolescence ! Une période ô combien déroutante pour les parents qui ne reconnaissent plus leur chère petite tête brune. Il/elle ne s’intéresse plus à rien, explose pour un oui ou pour un non, ne vit plus que pour ses copains/copines et tous les risques lui paraissent bons à prendre. C’est aussi un âge de grande vulnérabilité à la cigarette, au cannabis, parfois pire… Première chose à faire si vous pensez que votre adolescent se drogue : keep calm and take a breath ! Avant de céder à la panique, tâchez d’abord de comprendre l’origine de son comportement.


On fait la part des choses

Le premier réflexe des parents quand ils voient changer leur enfant est d’envisager le pire. Avant de tirer des conclusions hâtives, voyons déjà quels sont les signes qui peuvent nous mettre sur la piste d’une addiction à la drogue. « Si l’adolescent change de fréquentations, perd du poids, devient plus irritable, s’isole, rentre tard le soir, ne respecte plus les règles, demande plus d’argent, fait de l’absentéisme ou manifeste des troubles du comportement à l’école, cela doit nous mettre la puce à l’oreille« , avertit Zineb Haïmeur, psychiatre au Centre d’addictologie du CHU de Casablanca. « Le problème, c’est qu’on peut se méprendre sur ces symptômes, qui sont aussi caractéristiques de l’adolescence », nuance-t-elle.

Connaître les facteurs qui favorisent l’addiction permet d’en contourner l’écueil. « Le risque qu’un adolescent se drogue est lié à trois dimensions qui, quand elles se rencontrent, créent le terrain de l’addiction. Tout d’abord le produit : est-il facilement accessible ? culturellement toléré ? Vient ensuite l’environnement : la consommation de drogue peut être vue comme un moyen d’intégrer le groupe. Mais c’est la famille qui constitue le facteur le plus important : la façon dont on y parle de la drogue, dont les règles sont posées, dont elle est engagée dans l’éducation de l’enfant joue un rôle capital. Enfin, il y a la dimension psychologique et psychiatrique, énumère la psychiatre. C’est la rencontre de ces trois dimensions qui crée le terrain de l’addiction. » 

Le risque est en effet plus élevé en présence de certains troubles comme le TDAH, la dépression, la bipolarité, etc. Parce qu’il engendrent du stress ou un état d’abattement, « les troubles psychiatriques peuvent susciter le besoin de rechercher une stimulation, un apaisement ou autre. Les adolescents peuvent avoir recours à de mauvaises stratégies d’adaptation en utilisant des substances psychoactives. Mais au bout d’un moment cela ne suffit plus, il faut augmenter la dose et la dépendance s’installe », décrit Zineb Haïmeur.

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Une bonne dose d’empathie

Si l’adolescence est un cap difficile pour les parents, c’est tout aussi vrai pour les principaux concernés. Mettez-vous à la place de votre enfant, il est tout bonnement dépassé par les mutations qui s’opèrent en lui. Et pour cause : 70% de son cerveau est en chantier. « Le cerveau est composé de matière grise, les neurones, et de matière blanche, les prolongements de ces neurones. À la puberté, la production de matière grise s’arrête et la matière blanche se développe », décrypte Zineb Haïmeur. Le but étant de créer des sortes d’autoroutes de l’information pour faciliter les apprentissages et les graver à vie dans la mémoire. 

Ce processus de miélinisation sert à raccorder l’occiput au lobe frontal, que l’on peut définir comme le siège de la raison. Or ce processus de maturation prend de longues années. En attendant, « l’adolescent a du mal à dire non aux tentations. Il voit le gain plus que la perte, la récompense plus que la punition, explique Zineb Haïmeur. De plus, les récepteurs du plaisir ne sont pas encore nombreux, donc pour l’éprouver il a besoin de ce qui peut provoquer des sensations fortes. Les drogues peuvent malheureusement être le chemin le plus facile ou accessible selon le contexte dans lequel il évolue »

 

Et l’évolution n’arrange rien. « Aujourd’hui, la puberté intervient cinq ans plus tôt qu’il y a un siècle, donc les enfants se retrouvent face à des problématiques d’adultes pour lesquelles ils ne sont pas encore prêts », affirme Zineb Haïmeur. On estime que le cerveau arrive à maturation vers l’âge de 25 ans. D’ici là, « ce sont les parents qui assument le rôle de cette partie du cerveau qui dit non et contrôle les pulsions ».  Alors à nous de raison garder et de mettre des balises pour prémunir notre enfant du danger. Comment ? Avec une bonne dose d’empathie. Lui faire sentir que vous êtes à ses côtés, qu’il peut vous faire confiance, reste votre meilleure arme de parent. 


On évite la confrontation

Si votre adolescent se drogue, ce n’est donc pas la peine de le réprimander, il n’a plus l’âge d’écouter docilement ses parents. Le voilà entré dans un âge où il ne reconnaît que l’influence de ses pairs, et c’est tout à fait normal ! Même s’il est difficile de voir son enfant se détacher, rappelez-vous que réussir à vivre sans vous est justement tout l’enjeu de l’adolescence. « C’est une phase nécessaire d’individuation, de désengagement, les enfants s’autonomisent », rappelle Zineb Haïmeur. On comprend alors pourquoi poser une interdiction est non seulement stérile, mais risque au contraire de renforcer le comportement indésirable. 

Valorisez au contraire le fait qu’il est en train de devenir adulte et traitez-le comme tel. Ouvrez le dialogue, en lui disant que vous êtes conscient qu’il est désormais grand et que vous ne pouvez pas contrôler ses faits et gestes. Mais que vous tenez en revanche à discuter avec lui des risques de la drogue chez les adolescents. Pour ne pas le braquer (les adolescents détestent qu’on leur fasse la leçon), vous pouvez passer par le truchement de vidéos ou de livres qu’il pourra consulter seul, en proposant d’en discuter ensemble après. 

« Dire à un adolescent d’arrêter de consommer de la drogue ne marche pas. Si les facteurs de risques sont présents, il contournera le problème et continuera. Mais en l’absence de facteurs, l’expérimentation pourrait ne pas aller plus loin », assure Zineb Haïmeur. Pour faire changer ces facteurs, la psychiatre conseille d’abord d’évaluer le contexte psychologique et psychiatrique. Fait-il une dépression par exemple ? On peut aussi tenter de manœuvrer pour faire changer son environnement si l’on soupçonne une mauvaise influence. Ou lui proposer de l’inscrire à de nouvelles activités. « Mais sans y aller de manière frontale ! », enjoint-elle.

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Les leviers d’action

Que les parents inquiets à l’idée que leur adolescent se drogue se rassurent, il existe aussi des facteurs de protection face à la dépendance. Selon Zineb Haïmeur, un adolescent a moins de chances de tomber dans l’addiction quand il sait s’affirmer et dire non à bon escient, quand il a une bonne efficience verbale, quand il réussit ce qu’il entreprend. Savoir gérer son stress, réguler ses affects et avoir acquis une bonne stratégie de résolution des problèmes sont aussi des facteurs protecteurs, tout comme la réussite scolaire. La cohésion familiale s’avère particulièrement déterminante : une communication de qualité, des règles négociables et des parents impliqués protègent en grande partie nos enfants de la tentation. En un mot, l’éducation est primordiale.

Notre rôle de parent est donc de veiller à développer ces aptitudes chez nos enfants, face à la drogue, mais pas seulement. Renforcer sa puissance personnelle, éprouver ses propres capacités, avoir sa place au sein du groupe, cela s’acquiert dans toutes les situations du quotidien et à tous les âges. L’apprentissage d’un sport, de la danse, de la musique, des temps de vie collective pendant lesquels l’enfant se sent valorisé, les voyages, un contact régulier avec la nature sont parfaits pour cela. Ils ont en outre l’avantage de provoquer de vrais shoots de dopamine, le neurotransmetteur du plaisir qui entre en jeu dans le processus de l’addiction. Alors charge à nous de remplacer les mauvaises addictions par les bonnes, et gardons en tête que le cerveau arrive à maturité vers 25 ans. Tout n’est pas perdu !

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