Un jour férié approche, et, avouons-le, on s’en réjouit tous. Mais sait-on vraiment ce que cette date raconte et transmet ? À l’approche de Yennayer 2026, la rédac’ vous propose de tenter de mieux comprendre les origines, les symboles et les enjeux du nouvel an amazigh, à travers l’éclairage d’experts.
Partagée par les communautés amazighes d’Afrique du Nord, Yennayer est une fête ancestrale honorant le cycle agricole, la fertilité et le renouveau. Correspondant au Nouvel An amazigh 2976, Yennayer 2026 est célébré officiellement au Maroc pour la deuxième fois. À cette occasion, de riches programmations culturelles sont d’ailleurs déployées à travers plusieurs régions du royaume. Des temps forts – dont une sélection figure en fin d’article – qui mettent en valeur la culture amazighe et favorisent la transmission de la mémoire collective.

Une affirmation de l’identité plurielle du royaume
Décrété jour férié par Mohammed VI le 23 mai 2024, Yennayer représente un symbole fort de la reconnaissance et de l’intégration de l’identité amazighe comme composante essentielle de l’identité nationale, comme le souligne Driss Aissaoui, analyste politique. Chômé et rémunéré au même titre que Ra’s as-Sana al-Hijriya et le nouvel an du calendrier grégorien, Yennayer n’est plus seulement un moment célébré dans les cercles privés et foyers de certaines régions. Il devient un événement collectif et national, visible et partagé à travers tout le territoire.
Ce processus témoigne d’une transition réussie de l’espace privé au public. Toujours selon l’analyste, cette décision s’inscrit dans la continuité de la réforme constitutionnelle de 2011, qui a consacré la langue amazighe aux côtés de l’arabe. Elle témoigne d’une volonté politique de promouvoir la langue et la culture amazighes dans l’espace public et les institutions, renforçant ainsi la cohésion identitaire du pays.
Une temporalité lié au rythme de la nature et des activités agricoles
Si on comprend l’importance de l’héritage culturel de cette célébration, qu’en est-t-il de sa signification? Composé de deux termes amazighs – yan (“premier”) et ayyur (“mois”) – Yennayer marque le premier jour du calendrier agraire, lié aux activités agricoles comme les saisons, les semailles et les récoltes. Mais alors, comment expliquer la date du 14 janvier ? Tout simplement car ce calendrier a la particularité de se calquer sur l’ancien calendrier julien, introduit dans la Rome antique par Jules César et utilisé jusqu’au XVIᵉ siècle.
C’est le décalage imposé par le calendrier grégorien actuel qui explique que Yennayer 2026 soit célébré le 14 janvier. Le calendrier julien accumulant environ un jour de décalage tous les 128 ans par rapport au cycle solaire réel, soit treize jours de différence avec le calendrier grégorien. Enfin, pourquoi l’année 2976 ? Le calendrier agraire amazigh prend pour référence un jalon chronologique, 950 av. J.-C., année de l’accession au trône de Sheshonq Ier, pharaon berbère de la XXIIᵉ dynastie d’Égypte.
Des rites symboliques en héritage
Après ces quelques repères temporels, passons au déroulement patrimonial des célébrations. Si Yennayer repose sur un socle commun au Maroc et en Afrique du Nord, il convient également de souligner les singularités régionales, tant dans la composition des mets de fête que dans l’établissement des rituels. Pour mieux appréhender Yennayer 2026 et sa richesse culturelle et historique, nous avons consulté l’anthropologue Hassan Rachik, auteur d’un chapitre consacré à cette fête dans Le Maroc rural – Dictionnaire socio-anthropologique. Il y fait référence à plusieurs chercheurs anciens, parmi lesquels Laoust, Doutté, Westermarck et Biarnay.

Il ressort de cette description trois phases essentielles de la fête. Un repas copieux, des rites fournissant des pronostics et des présages sur l’année nouvelle, et enfin des rites de renouvellement ainsi que le nettoyage de l’habitation. Dans ce dictionnaire socio-anthropologique, plusieurs symboles de la célébration sont également mis en lumière. Parmi eux, on retient la composition minutieuse du plat de fête : le couscous aux sept légumes. L’auteur indique en effet que la croyance consiste à le préparer avec un nombre conséquent de graines, de céréales et d’épices afin que l’année suivante soit abondante.
Apparaît également le contraste entre la veille et le jour de l’an, souligné par l’auteur Edmond Doutté (1905) : “La veille de la fête a le caractère d’un jour de deuil. On mange des choses sèches à base de blé, de fèves et de pois chiche. Ceci contraste avec le lendemain, qui est un jour de réjouissance.” Outre les rituels de présage, Hassan Rachik précise aussi que Yennayer, autrement appelé “la nuit de janvier”, “l’an neuf”, “la nuit de la vieille”, est étroitement lié à la notion de renouvellement. Ceci induit que traditionnellement on change tout de ce qui est vieux ou usé et on accorde un soin tout particulier au ménage de la maison.
Aujourd’hui, toujours selon Hassan Rachik, Yennayer est surtout associé sur le plan rituel à la célébration de la terre et de ses produits. “En famille ou en groupe, on partage le couscous avec tous les légumes disponibles ou la bouillie dite ourekmine, avec les produits de l’année passée, les céréales et les féculents. D’une fête agraire, la fête du nouvel an est devenue le symbole identitaire de l’attachement de l’Amazigh à la terre.”
Hassan Rachik, Le Maroc rural : Dictionnaire socio-anthropologique, La Croisée des Chemins, 2022.
Au programme :
Parmi les temps forts annoncés, la rédac’ a sélectionné plusieurs événements pour vivre Yennayer 2026 comme un voyage au cœur de la culture amazighe. Entre musique, artisanat et traditions partagées, les festivités sont prévues dans diverses villes du royaume :
- À Casablanca, le Winter Casablanca célèbre Yennayer 2026 le 14 janvier au Parc de la Ligue Arabe.
- À Rabat, La nuit des rythmes du Moyen Atlas, est organisée par l’Association des arts, de la culture et du sport en partenariat avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, le 14 janvier au Théâtre Mohammed V.
- À Agadir, un programme riche et varié en animations et activités est proposé, en partenariat avec la wilaya de la région de Souss-Massa, le conseil régional de Souss-Massa, le conseil régional du tourisme et l’association du festival Timitar, du 11 au 14 janvier.
- À Marrakech, Yennayer 2026 est célébrée au son du groupe de rock amazigh Meteor Airlines, le 13 janvier au Meydene.
Plus qu’une simple célébration, Yennayer 2026 invite chacun à explorer un pan de notre patrimoine et à se reconnecter à un héritage ancestral, tout en profitant de moments de convivialité entre traditions et modernité, inscrit dans l’air du temps.
Photo (c) : Vogue Arabia