COMPRENDRE LA GENZ, CETTE GÉNÉRATION QUI BOUSCULE LA PLANÈTE

COMPRENDRE LA GENZ, CETTE GÉNÉRATION QUI BOUSCULE LA PLANÈTE

Depuis le 28 septembre, la GenZ 212 occupe la rue au Maroc, écho d’un phénomène mondial. Leurs attentes ? Leurs codes ? Leur humour parfois déconcertant ? Shoelifer a tenté une radiographie – forcément imparfaite – de cette jeunesse qui file plus vite que nos certitudes.

Depuis le 28 septembre, le Maroc voit défiler chaque jour une jeunesse qui s’organise en ligne avant de se retrouver dans la rue. Derrière ce mouvement, un collectif s’est imposé : GenZ 212, incarnation locale d’une génération mondiale en ébullition, qui compte aujourd’hui près de 175 000 membres sur Discord. Un phénomène qui résonne ailleurs – du Népal à Madagascar, du Pérou aux Philippines – mais qui prend ici une couleur bien particulière. Les codes, eux, sont communs : organisation horizontale, humour corrosif, créativité décuplée par le numérique. Le message ? Fin du vieux monde, place à une génération qui refuse de subir – avec son énergie, ses fulgurances et sa part de naïveté. Décryptage de la rédac’.


Portrait-robot : d’où parle la GenZ

Nés entre 1997 et 2010, les membres de la GenZ ont grandi dans Internet, devenu un environnement à part entière. Leur réflexe n’est pas “chercher un chef” mais ouvrir un serveur, lancer une FAQ, fixer une heure. Leur grammaire est visuelle et instantanée : formats courts, sous-titres, voix off, punchlines recyclables. Méfiance envers les partis et syndicats, préférence pour des collectifs fluides où les rôles tournent.

Valeurs phares : dignité, égalité des chances, méritocratie réelle, transparence.  Ils n’ont pas froid aux yeux, quitte parfois à frôler l’inconscience, mais c’est cette audace brute qui leur donne leur force de frappe médiatique et auprès de l’opinion publique. Au Maroc, ils ont ajouté une couche bien à eux : le code-switch permanent (darija, français, anglais) et une aisance à bricoler un langage compris partout, du quartier à TikTok global.

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Ce qui met le feu : urgences partagées, réalités locales

Partout, trois irritants : emploi et pouvoir d’achat (diplôme ≠ job), corruption (mérite verrouillé), injustice générationnelle (les aînés ont pris l’ascenseur social, il ne reste que l’escalier). Mais au Maroc, la mèche est encore plus claire : santé, éducation, et l’exigence de services publics dignes, vécue comme une urgence.

La culture du “tout, tout de suite” cristallise le débat : certains y voient un caprice générationnel. Mais peut-être est-il difficile de parler de patience quand l’inflation grignote, que l’avenir paraît bouché et que la planète s’échauffe ? Pour la GenZ, cette impatience n’est pas qu’un trait culturel, c’est un réflexe vital.


Organisation : “be water”, version maghrébine

Le mot d’ordre est emprunté aux mouvements de protestation de  Hong Kong en 2019 : be water – être fluide, insaisissable, apparaître, disparaître, recommencer. Ici, ça donne : Discord/Telegram pour la logistique, TikTok/Instagram pour l’impact. Horizontalité ne veut pas dire chaos, c’est une modularité : rôles qui tournent, comptes éphémères, documents partagés. On teste, on ajuste, on relance, comme une start-up qui affine son produit. Et grâce au double rail WhatsApp/Stories, un visuel efficace peut traverser le pays en un après-midi. Limite de cette stratégie : risquer de manquer de cohérence et de brouiller les pistes.


Langage, créativité et humour : quand la pop devient politique

La GenZ parle en références copiables. Drapeau pirate de One Piece, salut de Hunger Games, Pepe recontextualisé : des symboles globaux adoptés parce qu’ils sont immédiatement lisibles et se répliquent en un clin d’œil.

Au Maroc, ces icônes s’imbriquent à des codes locaux : darija, private jokes, sons familiers. Résultat : un langage hybride qui casse le jargon politique et rallie même des non-militants. Mais surtout, cette génération est un petit génie de la communication. Elle maîtrise l’art du mème comme d’autres manient l’éditorial. En deux heures, un montage vaut une tribune. Les mèmes démocratisent, dédramatisent et accélèrent. Au royaume, cette virtuosité est flagrante : détournements instantanés, audios remixés, faux tutos, sous-titres calibrés. “Derniers dans l’école publique, premiers en mèmes” : la blague dit vrai. L’humour est leur stratégie.

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Ce que veut la GenZ (au-delà du slogan)

Les demandes sont nettes : santé et éducation dignes, fin des portes dérobées, des institutions qui répondent au lieu de communiquer, des résultats mesurables et une voix audible. La GenZ ne rêve pas de “plus tard” : elle pose la question du maintenant. Autre trait fort : une approche intersectionnelle.

Climat, égalité des genres, justice sociale, diversité, libertés individuelles… les luttes se mêlent au lieu d’être hiérarchisées. Mais une fois ce socle posé, l’horizon se brouille : comment financer, qui gouverne, quelle architecture institutionnelle ? Les revendications sont précises, mais l’après reste flou. C’est la force et la limite de cette génération : une énergie claire, immédiate, mais une vision de long terme encore en construction.


Le clash : temps réel vs temps long

Le vrai fossé n’est pas idéologique mais temporel. Ce qu’ils appellent “le vieux monde” pense en temps long : procédures, prudence, étapes. La GenZ opère en temps réel : horizontal, clair, visible. Les premiers disent “attendez”, les seconds entendent “on vous balade”. Les deux ont une part de vérité : le long terme évite les erreurs structurelles, le temps réel empêche l’enlisement.

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