Parmi les marques de décoration d’intérieur au Maroc, Casatribana occupe une place tout à fait singulière. Produite et conçue ici, elle s’affranchit des frontières du design pour mélanger inspirations du bout du monde et trésors de l’artisanat marocain, dans un esprit bohème qui séduit. Rencontre avec la fondatrice de la marque, Zineb Boutaleb.
Elle a toujours su qu’un jour elle s’adonnerait à la création, dans la mode ou dans le design, peu importe. « C’était là, quelque part en moi », nous confie Zineb Boutaleb. Elle a touché un peu à tout avant de créer, il y a trois ans, l’enseigne de décoration d’intérieur et d’art de vivre Casatribana. À première vue, rien ne la destinait au design. Issue d’une famille de médecins et de financiers, cette Casablancaise pur jus s’envole, après une scolarité classique, vers la George Washington University de Washington pour faire des études de finances.
À 23 ans, son diplôme en poche, Zineb Boutaleb rentre au Maroc. Objectif : la banque. Les échelons de la hiérarchie n’ont plus qu’à être gravis, les attentes familiales sont comblées, la carrière de cadre se profile à l’horizon. Mais la petite fille qui récupérait des chutes de tissu pour confectionner des vêtements à ses poupées, à l’aide de sa petite machine à coudre, lui chuchote une autre musique à l’oreille. “Quand j’étais enfant, je passais mon temps à réorganiser les espaces de la maison de mes parents, changeant les meubles de place, les tableaux de mur”, explique-t-elle.
Une reconversion réussie
La transition vers le milieu de la création s’opère progressivement, avec une première étape dans l’univers des franchises de décoration et de mode. By Malene Birger ou Belair font partie des marques de prêt-à-porter qu’elle introduit à Casablanca. Des boutiques à son image, qui signent déjà le style Casatribana : bohème et chic. Car Zineb Boutaleb est aussi une modeuse aux goûts pointus dont son entourage s’inspire. ”Je me suis lancée dans la mode parce que les gens me disaient tout le temps qu’ils adoraient mes looks. J’ai toujours eu un style bien à moi, très éclectique. Je peux être bobo un jour et BCBG le lendemain. J’aime suivre mes coup de coeur, m’amuser à créer des mix inattendus, trouver comment tout assembler pour que le résultat soit intéressant. La clé de mon style, c’est le mélange, comme en déco avec Casatribana.”
C’est son entrée dans l’architecture d’intérieur, il y a quinze ans, qui a constitué l’étape clé de sa reconversion. Son expérience avec Maison de Famille, une entreprise de décoration française au concept immersif, dont elle introduit la franchise à Casablanca sera particulièrement formatrice. “Le showroom était conçu comme une maison dont on traverse les pièces. C’est sur ce modèle que j’aimerais voir évoluer ma propre marque un jour”. Durant cette période, elle collabore sur des projets hôteliers au Maroc, rénovant entre autres, des Sofitel aux côtés d’architectes chevronnés dont elle apprend beaucoup.
Au gré de ses expériences, guidée par son sens créatif, Zineb se forme sur le terrain, loin de l’académisme universitaire. Et fait confiance à son instinct : “Je ne marche qu’au feeling”. Le merchandising ? Elle l’acquiert au contact des professionnels envoyés par la marque dont elle s’occupe pour agencer les vitrines, y prend goût et finit par mettre ses compétences au service d’autres enseignes. Parallèlement à son apprentissage aux côtés des marques, la jeune femme crée sa propre agence de d’architecture d’intérieur, Studio Z, il y a neuf ans. “J’accompagne mes clients et les promoteurs immobiliers dans l’aménagement de leurs intérieurs, qu’il s’agisse de villas ou d’appartements témoins”.
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Tribal Quest
Guidée par un instinct décidément de bon conseil et poussée par ses proches, qui ont toujours su détecter son talent bien avant elle, l’idée de transposer son esprit bohème à l’univers de la décoration d’intérieur fait son chemin. C’est lors d’une promenade dans la médina de Marrakech que Zineb Boutaleb a le déclic. “Ce jour-là, j’ai redécouvert la richesse de nos savoir-faire locaux.” Pourquoi ne pas réinterpréter ces trésors à travers sa propre vision, en s’inspirant de ses voyages en Afrique du Sud, en Indonésie ou en Turquie ? Sans parler de son expérience avec les éditeurs de tissus avec lesquels elle a travaillé.
Une première collection naît, presque sur un coup de tête. “On m’avait proposé de faire un pop-up à Casablanca. J’ai dispersé mes coussins sur une grande table, comme si j’étais dans un souk. Et j’ai tout vendu ! Je n’en revenais pas. Ça m’a donné envie de continuer.” En 2022, elle donne naissance à Casatribana. “Le mot casa (maison en espagnol) évoque un lieu familier. Tribana l’imprègne d’éléments artisanaux et d’influences tribales. Ce mix suggère que chaque article n’est pas simplement un produit, mais une pièce soigneusement élaborée, qui raconte une histoire et apporte à chaque intérieur chaleur, tradition et une note d’exotisme”, commente la créatrice qui se définit elle-même comme une “nomade”.
L’identité de la marque ? Un véritable art de vivre. Un mélange audacieux de tissus sourcés sur tous les continents : des ikats d’Indonésie et d’Ouzbékistan, des wax de Côte d’Ivoire, de la laine marocaine, superposés dans un joyeux mélange de matières, de couleurs et de motifs. Zineb tient à proposer des éditions limitées, répondant à une demande de singularité du public. “Chaque collection de coussins, par exemple, ne compte que six pièces, confectionnées à partir de matières naturelles et artisanales en petite quantité, rendant chaque article presque unique”.
La créatrice met en avant l’histoire que raconte chaque pièce, un véritable voyage à travers les cultures. Une identité qui offre aux clients la possibilité de créer leurs propres combinaisons, toujours dans des matières brutes et naturelles. Raphia, laine, velours et coton se déclinent ainsi en motifs artisanaux et tribaux. Un processus qu’elle duplique pour ses collections de sets de table, de vaisselle ou encore d’abat-jour.
Quant au processus créatif, il est, comme le reste, question de feeling. “J’achète des coups de cœur et une fois au showroom je réalise le mélange des tissus.” L’évolution des couleurs de la marque, passée d’une palette sourde et earthy à des teintes plus vives, se fait au gré de ses découvertes textiles.
Une aventure marocaine
Mais les inspirations de la créatrice ont beau s’affranchir des frontières, Casatribana n’en reste pas moins une marque aux racines marocaines assumées. “C’est un hommage à l’artisanat local, dont l’inspiration et la production sont ancrées au Maroc”. Zineb Boutaleb a à cœur de valoriser le savoir-faire des artisans marocains : brodeuses, céramistes, tapissiers… “Chaque pièce comporte une référence à la culture marocaine et célèbre la diversité culturelle”. L’originalité de Casatribana, c’est ce mélange unique de styles, à la fois “bohémien chic, marocain et tribal”. Un positionnement audacieux et singulier, quand les enseignes de décoration d’intérieur au Maroc s’en tiennent encore souvent à une relecture des classiques.
Depuis la collection de coussins présentée dans le pop-up casablancais, la marque a élargi son univers. Notamment avec des céramiques dont Zineb Boutaleb dessine les motifs à la main. Une nouvelle collection est d’ailleurs prévue pour janvier 2026. Autre innovation importante pour Casatribana : le développement de sa propre collection de tissus en collaboration avec un éditeur européen, destinée aux arts de la table et au petit ameublement, avec comme fil conducteur les motifs déclinés sur les différentes pièces de la collection.
Trois ans après le lancement de Casatribana, née “d’un désir” et avant tout “pour s’amuser”, la designer a prouvé ses talents de créatrice mais également d’entrepreneure. Grâce à un positionnement à l’international axé sur les professionnels du design, la griffe a su répondre à l’engouement mondial pour l’esprit hippie chic en décoration, en proposant des pièces exclusives et haut de gamme. Installée à Marrakech depuis deux ans, Zineb Boutaleb bénéficie de l’ouverture internationale de la ville comme source d’inspiration et lieu d’échanges. “Je vends surtout à des clients européens via des plateformes comme El Fenn à Marrakech et j’exporte aussi au Portugal”.
Après un lancement intuitif, la créatrice est désormais bien entourée pour développer sa présence sur le marché européen à travers la participation à des salons et la maîtrise de la production et de la logistique. Les États-Unis sont envisagés comme prochaine étape. En attendant, Zineb Boutaleb focalise son énergie sur la conception de son catalogue et l’organisation de shootings pour soutenir son expansion à l’étranger. Et reçoit dans son showroom de Marrakech, uniquement sur rendez-vous. À bon entendeur…
Casatribana
N° 304, Q. Industriel Sidi Ghanem. Bâtiment Maison Nicole, 2ème étage, Marrakech
Uniquement sur rendez-vous.
Photo (c) : Zineb Boutaleb