GUILA CLARA KESSOUS : UNE AMBASSADRICE DE LA PAIX QUI CHANGE LES RÈGLES DU JEU

GUILA CLARA KESSOUS : UNE AMBASSADRICE DE LA PAIX QUI CHANGE LES RÈGLES DU JEU

À la croisée des arts et de la géopolitique, Guila Clara Kessous impose une vision nouvelle : celle d’une diplomatie inclusive où les femmes ne sont plus invitées mais décisionnaires. D’origine marocaine par son père, cette ambassadrice de la paix incarne un engagement rare, capable de transformer la scène internationale comme le destin de celles qu’elle défend.

Ce 10 septembre à Genève, à l’occasion des Peace Talks organisés aux Nations Unies pour célébrer la Journée internationale de la paix, Guila Clara Kessous a fait entendre une voix inédite. Ambassadrice de la paix, artiste de l’Unesco pour la paix et vice-présidente de l’United Nations Foundation, elle a proposé une résolution sans précédent : instaurer des quotas de femmes dans toutes les négociations internationales de paix. Une première mondiale portée par une conviction simple et implacable : sans les femmes, la paix ne se construit pas. Le Maroc sera d’ailleurs l’un des premiers pays que cette ambassadrice de la paix va consulter afin qu’il ratifie cette proposition. 

Les chiffres sont accablants. Entre 1992 et 2019, seuls 13 % des négociateurs, 6 % des médiateurs et 6 % des signataires d’accords de paix étaient des femmes. Et pourtant, ce sont elles qui représentent près de 80 % des déplacés par les conflits. Lorsque les femmes sont présentes aux pourparlers, les accords ont 35 % de chances supplémentaires de durer au moins 15 ans. Exclure les femmes, c’est condamner la paix à l’échec.

Si Shoelifer met en lumière cette ambassadrice de la paix, c’est parce qu’au-delà de sa stature internationale, Guila Clara Kessous est d’origine marocaine, par son père né à Meknès. Elle incarne une génération de femmes capables de porter haut l’héritage du royaume tout en révolutionnant la scène mondiale.


Une diplomate de l’inclusion

Ce combat n’est pas un hasard : Guila Clara Kessous incarne depuis plus de vingt ans une diplomatie qui conjugue humanisme et efficacité. Élue “Woman of the Decade” par le Women Economic Forum, fondatrice des Accords de Sarah et Hajar – équivalent féminin des Accords d’Abraham – ou encore du Forum international Femina Vox à l’Unesco, cette ambassadrice de la paix a fait de la place des femmes dans les négociations internationales une cause cardinale. Chaque 8 mars, à travers Femina Vox, elle réunit à Paris une trentaine d’intervenants de renom – de Malala Yousafzai au Dr Mukwege, de Leïla Slimani à Diane von Fürstenberg – pour dresser un baromètre des droits des femmes dans le monde. 

 

Mais c’est aussi une femme de terrain. Formée au théâtre, elle a développé des programmes de dramathérapie auprès de survivantes de violences sexuelles en zones de conflit – du Rwanda à la République démocratique du Congo, en passant par les camps rohingyas du Bangladesh. Cette pratique, qu’elle appelle “artivisme, aide les victimes à transformer la souffrance en énergie de reconstruction. Pour elle, l’art ne se limite pas à la scène : il devient un outil diplomatique, un levier de paix et un complément thérapeutique reconnu par l’Unesco et l’OMS.


Un héritage marocain, une fidélité assumée

Si son engagement est international, Guila Clara Kessous revendique avec force son attachement au Maroc, terre de ses origines paternelles. Née à Paris, elle est la fille d’un inspecteur de l’Éducation nationale originaire de Meknès et d’une mère française professeur de piano. “Je suis profondément marquée par ce double héritage, qui m’a toujours appris à conjuguer rigueur et ouverture, culture et transmission”, confie-t-elle.

 

En 2024, c’est d’ailleurs le Maroc que cette ambassadrice de la paix a choisi de mettre à l’honneur lors du colloque Femina Vox consacré aux droits des femmes, en soutien à la réforme de la Moudawana voulue par le roi Mohammed VI. Elle cite volontiers ce passage du discours royal : “L’esprit de la réforme ne consiste pas à octroyer à la femme des privilèges gracieux, mais à lui assurer la pleine jouissance des droits légitimes que lui confère la loi.”

Au Maroc, elle a également mené des actions d’art-thérapie dans plusieurs centres, et été honorée du prix spécial du jury lors du Trophée Fès Gates 2025 pour son engagement en faveur des femmes. Elle y reviendra en mai prochain, lors du Festival des musiques sacrées de Fès, où elle mêlera art et plaidoyer à travers une pièce de la Comtesse d’Astorg.

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Un parcours singulier, au carrefour de l’art et de la diplomatie

Passionnée de théâtre, Guila Clara Kessous s’est d’abord rebellée contre le rôle passif de l’actrice pour donner voix à celles qu’on n’entend pas. Son parcours l’a menée à l’ESSEC, puis à l’Université de Boston, où elle a travaillé sept ans aux côtés du prix Nobel de la paix Elie Wiesel. Ce dernier a dirigé sa thèse et l’a introduite dans les cercles de la diplomatie culturelle. Elle a ensuite enseigné à la Kennedy School de Harvard, où elle s’est formée au coaching en psychologie positive, en négociation et en intelligence émotionnelle, aux côtés de l’illustre Tal Ben-Shahar (entre autres). 

Sans réseaux sociaux, Guila Clara Kessous fonctionne par bouche-à-oreille et accompagne des décideurs de haut niveau – de l’ambassadrice de France aux Émirats aux dirigeants de la Société Générale, d’Orange ou de Saham. Son credo : “pour changer la société, il faut aussi transformer la manière dont les élites décident”. Elle intervient ainsi sur des thématiques clés : art de la négociation, prise de parole en public, gestion de crises, leadership féminin et intelligence situationnelle.


Une femme sur tous les fronts

En 2012, recommandée par Elie Wiesel à la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, Guila Clara Kessous est nommée artiste de l’Unesco pour la paix. Depuis, son mandat – renouvelé tous les cinq ans – en fait l’une des ambassadrices de la paix les plus actives de l’organisation. Elle jongle entre ses missions à l’ONU, son activité de coach et ses projets artistiques. Parmi ceux à venir : Women on Rope, une fresque sur l’histoire de l’émancipation féminine, un gala à Saint-Germain-en-Laye pour célébrer le 70e anniversaire du retour d’exil de Mohammed V, ou encore un partenariat avec l’Union des français de l’étranger pour défendre les droits des femmes franco-marocaines.

 

Qu’il s’agisse de négociations diplomatiques, de scènes de théâtre ou de colloques internationaux, Guila Clara Kessous poursuit une même mission : bâtir un monde plus juste, où les femmes ne sont pas spectatrices mais actrices des décisions. Elle le rappelle avec force : “La paix ne se décrète pas entre hommes de pouvoir. Elle se construit avec les femmes, ou elle ne se construit pas.” À l’heure où les tensions internationales se multiplient, la voix de cette ambassadrice de la paix résonne comme un appel : celui d’une diplomatie plus inclusive, plus humaine, et surtout plus durable.

Photo (c) : Guila Clara Kessous

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