CULTURE GÉ : DO YOU SPEAK PNL ?

Début avril, PNL sortait son quatrième album, Deux Frères. Succès hors norme, le duo formé par Ademo et NOS est définitivement entré dans la légende du rap. Oui mais voilà, vous ne comprenez strictement rien à leurs punchlines : ce n’est pourtant pas faute d’y mettre du vôtre. Pire, vous êtes même hermétique à leur univers. Pas de panique, Shoelifer vous explique tout. À vous la street cred(ibility) !
Par Nina Kozlowski



D’abord, un petit brief, histoire d’étaler votre culture urbaine en soirée. Entré dans la lumière en 2015, le groupe PNL a “cassé internet” à la fin de ce mois de mars 2019 avec le clip Au DD, filmé au sommet de la tour Eiffel. Résultat ? 12 millions de vues en 48h, du jamais vu dans le rap français. Dans la foulée sort Deux frères, leur quatrième album, certifié disque de platine en six jours. En l’espace de quatre ans donc, Ademo et NOS, respectivement Tarik et Nabil Andrieu, originaires de la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes (91), ont explosé tous les records. Connu et écouté au-delà des frontières françaises, PNL a même été invité au festival Coachella en 2017. C’est bien simple : du bobo aux hipsters à barbe, en passant par la “wanna be Kim K”, tout le monde a succombé à la PNL mania.


De l’audace, encore de l’audace ?

La recette de leur succès repose sur un triptyque redoutable : production 100% indépendante, storytelling (les deux frères redoublent d’imagination pour scénariser leur histoire personnelle) et mystère (aucune communication dans les médias). On pourrait rajouter l’audace. Affiche XXL à l’effigie du groupe sur le périph’, parade surprise en bus sur les Champs-Elysées et art du teasing à outrance. Peut-être aussi le physique des deux loubards : NOS, gueule d’ange, cheveux frisés, tracé comme une statut grecque, et Ademo, macho musclé et cheveux lissés. Voilà pour la forme. Sur le fond, les deux frères, fils d’un ponte du grand banditisme, racontent leur spleen de banlieusards, à coup de métaphores estampillées culture pop des années 1990 (Dragon Ball Z, Disney et Scarface sont tour à tour invoqués), portées par un vocodeur. Le résultat oscille entre poésie crue et égotrip lunaire, voire abscons.

Des textes cryptés

Maintenant que vous avez assimilé tout ça, passons à l’étape supérieure. Comprendre “l’argot PNL”, directement puisé de la rue. Âmes sensibles s’abstenir. Ah, et un petit rappel : non, PNL ne signifie pas “programmation neuro-linguistique” mais “Peace N’ Lovés” (paix et argent). Ça, c’est la base.

Mais, même si ça fait maintenant trois semaines que vous entendez en boucle Au DD, vous n’avez absolument aucune idée de ce que peuvent bien signifier les paroles. Non, ils ne chantent pas les louanges de Didier Deschamps (Ô DD). “Au DD”, cela veut dire “au détail”, ce qui décrirait leur manière de vendre des substances illicites (et non pas les cigarettes “au détail” du moul hanout du quartier). Le cannabis fait partie intégrante du monde de PNL, qui rivalise de synonymes pour désigner cette drogue. Nous avons donc, au choix, taga, niaks et bulle (utilisé pour désigner un produit de très grande qualité). Si jamais vous avez des enfants, vous êtes prévenus…

Igo, pourquoi toi, tu parles en Igo?”. En soirée, votre crush du moment se met soudainement à vous appeler “Igo” ? Igo, c’est le diminutif d’amigo en espagnol, et chez PNL on utilise cette appellation pour dire “poto”. Oups, désolée, vous vous êtes fait friend-zoner.

Dans la même veine, si votre crush (toujours) se dirige vers vous en chantonnant : “J’ai pas le temps de te séduire, faut que j’retourne charbonner. J’ai pas le temps de te mentir, QLF abonné”. Eh bien, c’est doublement mauvais signe : QLF, le mantra de PNL, signifiant “Que la famille”. Courage, ça arrive aux meilleures d’entre nous.

Vous voilà au déjeuner dominical. Votre cousin, Ghali, adolescent boutonneux et insupportable, vous traite de “cliquos” ou de “iencli”. Il faut réagir ! Pour PNL, et dans le rap en général, cliquos et iencli désignent des consommateurs de drogue. Ça, c’est la définition brute. De façon abstraite cela veut dire que vous êtes littéralement une looseuse, dépourvue de street-credibility. Aouch, ça pique, n’est-ce pas ?

Et pour finir en beauté, si jamais votre copine, appelons-là Meryem, vous passe un coup de “bigo”, un samedi soir de déshérence, alors que vous zonez dans votre canapé, dites-lui : “j‘suis en mode survie dans le bando” ou “j’suis dans mon ounga”  deux expressions pour évoquer le “quartier”.

Vous voilà bilingue en PNL.

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