Le transhumanisme propulse l’humanité augmentée vers un futur où technologie et biologie repoussent les limites du corps et de la vie. Promesse révolutionnaire ou fantasme de milliardaires en quête d’immortalité ? Éléments de réponse.
Ne pas mourir. C’est le pitch du documentaire Don’t Die sur Netflix. Et le credo de Bryan Johnson, ex-entrepreneur tech devenu le cobaye ultime du transhumanisme, dont l’objectif n’est autre que de créer une humanité augmentée. Autrement dit : inverser le vieillissement et, tant qu’à faire, atteindre l’immortalité.
Il dépense des millions par an, s’injecte le plasma de son fils, suit un protocole strict de nutrition, sport et compléments limentaires. Verdict ? Un foie de gamin de 18 ans et un ego boosté à la DHEA (un androgène connu pour ses effets anti-vieillissement). De quoi susciter fascination et moqueries. Parce que oui, son obsession confine à la névrose. Sa peur de la mort est un tantinet excessive et son visage légèrement inquiétant (vous en jugerez par vous-même).
L’humanité augmentée : entre fantasme et réalité
Mais au-delà du spectacle, le transhumanisme est une idéologie sérieuse. Née dans les années 80, elle vise à améliorer l’humain via la technologie. L’humanité augmentée est en marche, avec des prothèses neuronales, des nanotechnologies et des modifications de l’ADN. La finalité de cette course technologique est claire : repousser la mort, voire l’éliminer définitivement.
Les prothèses neuronales constituent l’un des domaines les plus spectaculaires du transhumanisme. Elles permettent de restaurer des fonctions perdues en reliant directement le cerveau à des dispositifs électroniques. Des startups comme Neuralink veulent aller encore plus loin en fusionnant l’intelligence humaine et artificielle. L’objectif : doper nos capacités cognitives et nous connecter directement à des machines.
Le transhumanisme n’est pas qu’une lubie de scientifiques illuminés, c’est aussi un marché colossal en pleine expansion. Selon Allied Market Research, le marché de la longévité, qui englobe des aspects liés au transhumanisme, était évalué à 25,1 milliards de dollars en 2020. Il pourrait atteindre près de 45 milliards de dollars d’ici 2030, avec un taux de croissance annuel de 6,1 %.
La Big Tech à l’assaut de l’humanité augmentée
Les grandes fortunes de la tech – qui sont d’ailleurs devenues les copains de Donald Trump entre-temps – ont flairé le filon et investissent massivement en faveur de l’humanité augmentée. Jeff Bezos finance Altos Labs, une entreprise qui planche sur la reprogrammation cellulaire. Une technique qui vise à inverser le vieillissement en réinitialisant les cellules à un état plus jeune.
Elon Musk, quant à lui (qui ambitionne déjà de coloniser Mars), mise sur Neuralink pour fusionner le cerveau humain avec l’intelligence artificielle. De son côté, Larry Page, cofondateur de Google, soutient Calico, une société qui traque les causes biologiques du vieillissement. Aubrey de Grey, l’une des figures majeures du mouvement, travaille sur la médecine régénérative avec la SENS Research Foundation.
Bryan Johnson lui-même ne se contente pas d’être un cobaye. Il investit dans Blueprint, un programme basé sur l’analyse des biomarqueurs et l’optimisation des fonctions corporelles pour ralentir le vieillissement. D’autres startups comme Retro Biosciences se concentrent sur la réjuvénation cellulaire, ou encore Unity Biotechnology, qui développe des thérapies contre la sénescence, attirent aussi des financements colossaux.
Si les États-Unis sont les leaders de cette industrie et de cette idéologie, l’Europe n’est pas en reste. Des laboratoires en Allemagne et en Suisse développent des thérapies anti-âge basées sur la génétique et l’intelligence artificielle. En Afrique, des projets commencent à émerger autour de la médecine régénérative, souvent soutenus par des financements étrangers.
Des promesses et beaucoup d’effets d’annonce
L’idée de l’homme bionique, longtemps cantonnée à la science-fiction, devient peu à peu une réalité. Des scientifiques travaillent sur des membres artificiels connectés au système nerveux, permettant à des amputés de retrouver des sensations et des mouvements naturels. Des yeux bioniques capables de redonner la vue à des personnes aveugles sont également en phase de développement. L’homme augmenté, autrefois fantasme, est en train de naître sous nos yeux.
Mais entre ambition et réalité, l’écart est parfois immense. Certains effets d’annonce ne visent qu’à lever des fonds et attiser l’engouement. La cryogénisation en est l’exemple parfait. Des entreprises comme Alcor Life Extension Foundation proposent de congeler un corps pour 200 000 dollars ou un cerveau pour 80 000. Le problème, c’est qu’aucune technologie ne permet encore de réanimer un organisme ni de sauvegarder une conscience. Pour l’instant, il ne s’agit que d’un pari sur le futur, destiné à séduire des investisseurs en quête de projets futuristes.
Et l’éthique dans tout ça ?
Au-delà des obstacles technologiques, le transhumanisme soulève aussi des questions éthiques majeures. Modifier l’humain, est-ce une démarche légitime ou une tentative de jouer à Dieu ? Si ces avancées sont réservées à une élite fortunée, vont-elles creuser encore plus les inégalités ? L’humanité augmentée pose enfin la question du rapport entre la nature et la technologie. Peut-on encore parler d’être humain lorsque notre biologie est entièrement transformée ?
Malgré ces débats vertigineux, certaines avancées transhumanistes pourraient réellement changer nos vies. L’intelligence artificielle pourrait, par exemple, permettre de prédire des maladies bien avant leur apparition. La thérapie génique pourrait un jour effacer certaines pathologies héréditaires. L’humanité augmentée n’est donc pas qu’une lubie futuriste ou un rêve de milliardaires excentriques. C’est aussi une révolution scientifique qui pourrait, un jour, améliorer l’existence de tous. Mais avant de défier la mort, il faudra d’abord surmonter nos propres illusions.
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