Bombardés de conseils contradictoires par des influenceurs autoproclamés experts en bien-être, les internautes peinent à discerner le vrai du faux. L’impact des influenceurs sur la santé et l’anti-aging est devenu un phénomène massif, où la quête du corps parfait et la peur de vieillir alimentent un business très lucratif.
Un jour, le vinaigre de cidre est un remède miracle pour purifier l’organisme. Le lendemain, il attaque l’estomac et provoque des carences. Cette avalanche d’informations contradictoires sature les réseaux sociaux, portée par une armée d’influenceurs autoproclamés experts en alimentation, sport ou anti-âge.
La série Apple Cider Vinegar sur Netflix illustre parfaitement cette dérive, en s’inspirant de l’histoire vraie de Belle Gibson, une Australienne qui a prétendu guérir d’un cancer du cerveau inexistant grâce à des remèdes naturels. Son mensonge, révélé en 2015, a trompé des milliers de personnes et mis en lumière l’impact des influenceurs sur notre perception de la santé.
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Money, money, money
Le marché du bien-être et de l’anti-âge est une véritable mine d’or pour ces gourous 2.0. En 2023, la taille du marché mondial des produits anti-âge était estimée à 55,1 milliards de dollars et devrait atteindre 79,3 milliards de dollars d’ici 2030.
Cette croissance exponentielle est alimentée par des influenceurs qui, grâce à leur présence en ligne, peuvent empocher des dizaines de milliers d’euros par publication sponsorisée. Le docteur Jimmy Mohamed (2 millions de followers sur Instagram), bien qu’étant un véritable médecin, illustre cette tendance en étant plus souvent présent sur les plateaux télévisés que dans les hôpitaux, démontrant l’impact des influenceurs sur la médiatisation de la santé.
L’exemple de Pierre Dukan est tout aussi éloquent : son régime, créé en 2001, a fait le tour du monde avant de lui valoir une radiation de l’ordre des médecins français, en 2014. Non seulement, ses pairs ont considéré qu’il faisait la promotion de son régime à des fins commerciales (ce qui est interdit en France), mais l’Agence nationale de sécurité alimentaire a aussi estimé que ses préconisations étaient dangereuses.
Aujourd’hui encore, de nombreux « docteurs » transforment leur expertise en best-sellers sans toujours garantir une rigueur scientifique… Un exemple édifiant : l’ouvrage du cardiologue-nutritionniste Frédéric Saldmann (Le meilleur médicament, c’est vous, 2013) s’est vendu à 500 000 exemplaires. En France, un prix Goncourt ne dépasse pas les 400 000, et la vente moyenne d’un livre atteint péniblement les 4000 exemplaires.
Injonctions paradoxales
Nous vivons un paradoxe saisissant : jamais la médecine et la technologie n’ont été aussi avancées, offrant des diagnostics plus rapides et des traitements personnalisés. Pourtant, nous sommes confrontés à un environnement de plus en plus pollué, avec une augmentation alarmante de certaines maladies. Selon une étude publiée en 2023 dans le BMJ Oncology, l’incidence mondiale des cancers chez les moins de 50 ans a augmenté de près de 80 % entre 1990 et 2019. Ce contraste entre progrès médical et dégradation environnementale alimente une quête individuelle de solutions alternatives et accroît significativement l’impact des influenceurs.
Ainsi, cette fascination pour les conseils bien-être n’est pas anodine. Dans une société où tout va trop vite, le besoin de reprendre le contrôle de son corps devient primordial. Les réseaux sociaux offrent une illusion de proximité, et dans un quotidien saturé d’informations anxiogènes, un message simple et rassurant devient un refuge. La santé et l’anti-âge sont des terrains fertiles pour ces promesses, exploitant le désir collectif de devenir la meilleure version de soi-même.
Cependant, ce flot incessant de conseils souvent contradictoires plonge les consommateurs dans une confusion totale. Faut-il arrêter le gluten ou non ? Le rétinol est-il un élixir de jouvence ou un danger pour la peau ? Le jeûne intermittent est-il bénéfique ou nocif ? Cette surabondance d’avis pousse à adopter des comportements extrêmes, souvent sans discernement.
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Face à l’impact des influenceurs : récupérer sa souveraineté !
L’impact des influenceurs ne se limite pas au partage d’expériences personnelles. En orientant les tendances, ils transforment le marché de la santé en une arène de consommation massive, où chaque nouveauté est érigée en vérité absolue jusqu’à ce qu’un autre discours vienne la contredire. Hier le thé vert était un allié minceur imparable; aujourd’hui il est accusé d’être bourré d’aluminium. Auparavant, le collagène en poudre était en passe de devenir l’anti-âge numéro 1, désormais on a appris que le corps n’arrivait pas à l’assimiler.
Bien évidemment, des milliers de gourous 2.0 réfutent ces conclusions scientifiques, en pointant du doigt le lobby de l’industrie scientifique. D’ailleurs, depuis la pandémie de 2020, la santé et surtout l’alimentation sont devenus des sujets aussi touchy et propices à la polarisation que la religion. Tout le monde (ou presque) a des croyances alimentaires et des avis tranchés sur la médecine (vaccins, pilules, antibiotiques…).
Certains lancent des produits « miracles », vantent des compléments alimentaires ou des routines de soins coûteuses, souvent sans validation scientifique. La conséquence ? Une génération d’internautes perdus, oscillant entre le désir d’améliorer leur vie et la peur constante de mal faire.
Pour reprendre le contrôle, il est essentiel de questionner ces figures médiatiques. Qui sont-elles réellement ? Quels sont leurs intérêts financiers ? Sont-elles prêtes à reconnaître leurs erreurs ? L’impact des influenceurs est tel qu’il devient indispensable de diversifier ses sources d’information et de se fier à la science avant de succomber à la dernière tendance en vogue. Faites appel à votre bon sens, parlez-en à votre médecin, et n’utilisez que ce qui semble fonctionner pour vous (et votre corps) !
Photo (c) : Vogue