BÂTIMENTS MYTHIQUES DE CASABLANCA, 5 LIEUX À (RE)DÉCOUVRIR

BÂTIMENTS MYTHIQUES DE CASABLANCA, 5 LIEUX À (RE)DÉCOUVRIR

L’architecture ne se contente pas d’habiller une ville, elle la raconte. Mais combien connaissent vraiment l’histoire des bâtiments mythiques  de Casablanca ? Du boulevard Zerktouni aux collines d’Anfa, ces cinq adresses éparpillées dans la ville transforment une simple promenade en chasse au trésor urbaine.

Feu rouge sur Zerktouni. Le soleil cogne sur le pare-brise, le brouhaha des klaxons résonne, une moto se faufile entre deux files. La ville vibre et dans la tête aussi.  Puis le regard se lève vers le ciel. Au-dessus de ce chaos organisé, les façades ouvrent un autre horizon.

Les bâtiments mythiques de Casablanca semblent imperturbables. Ils sont disséminés dans toute la ville, sous nos yeux depuis des années. Pourtant, que sait-on d’eux? Connaît-on vraiment leur histoire, leur architecture, ce qu’ils ont changé dans le paysage urbain ? 

Casablanca a été un laboratoire architectural. Ces bâtiments mythiques en sont des repères clés, du modernisme des années 1920 aux expérimentations des années 60. Voici une balade à parcourir en voiture, à vélo ou à pied pour regarder la ville autrement.

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Immeuble Liberté, le paquebot vertical

Impossible de parler des bâtiments mythiques à Casablanca sans commencer par l’imposant immeuble Liberté. Situé sur le boulevard Zerktouni, ses 17 étages marquent fortement la silhouette de la ville. 

Construit entre 1949 et 1951 par Léonard René Morandi, il fut longtemps considéré comme le plus haut gratte-ciel d’Afrique. Il symbolise surtout l’entrée de Casablanca dans l’ère des immeubles résidentiels verticaux. Sa façade incurvée accompagne l’angle du boulevard et accentue l’effet de hauteur. 

Ascenseurs rapides, chauffage central, grands balcons ouverts sur l’horizon… le confort était révolutionnaire pour l’époque. Au dernier étage, un spectaculaire penthouse de 600 m2 offre une vue à 360° sur toute la ville. Il accueille aujourd’hui le musée du chanteur Abdelwahab Doukkali. L’immeuble étant privé, c’est actuellement la seule manière d’y entrer et de découvrir les parties communes. 

Infos pratiques :
Petit Musée Abdelwahab Doukkali
Place Lemaigre-Dubreuil
Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 19h
Tél. 07 13 16 70 19


Marché Commercy, petite halte gustative 

En quittant le boulevard Zerktouni, faites une halte rue Mustapha El Maâni, à Mers Sultan. Le Marché Commercy est conçu en 1972 par l’architecte casablancais Jean-François Zévaco. Passé par les Beaux-Arts de Paris et diplômé en 1945, il marque profondément l’architecture marocaine de l’après-indépendance. 

Zévaco imagine un marché alimentaire entièrement structuré par le béton brut. Le bâtiment se distingue par un jeu de préaux empilés et des boutiques circulaires. Rien de décoratif, tout est pensé pour l’usage et la ventilation naturelle.

Astuce gourmande : on commande une friture de poisson ou un jus à emporter, puis on marche à peine 200 mètres en traversant le boulevard Hassan II. Le parc de la Ligue Arabe, créé en 1918 et récemment réaménagé, offre une vraie respiration au cœur du centre-ville. On s’installe dans l’herbe, on fait une pause et avec un peu de recul, on aperçoit déjà la silhouette incurvée de l’IMCAMA, prochaine étape du parcours.


Immeuble IMCAMA, l’Art déco tout en courbe

À l’angle du boulevard Hassan II, l’immeuble IMCAMA épouse la courbe de l’ancien rond-point Lyautey. Construit en 1928 par Albert Greslin, sa façade répond à l’urbanisme de l’époque et accompagne le mouvement de la place. 

Il fait partie des premiers immeubles résidentiels luxueux de Casablanca. Greslin y combine éléments Art déco et motifs inspirés des arts traditionnels marocains. Ferronneries travaillées, marbres, granito, zelliges et galerie à arcades décorent le dernier étage face au parc. Une soixantaine d’appartements composent l’ensemble. 

Inscrit au patrimoine historique de la ville, il demeure un repère majeur de l’urbanisme de la période coloniale. L’immeuble est privé mais c’est justement depuis l’extérieur qu’il se découvre le mieux. En prenant un peu de recul depuis le parc ou à l’angle du boulevard, on saisit pleinement sa façade incurvée, ses ferronneries et le jeu de ses arcades.

Adresse : Boulevard Hassan II, angle boulevard Moulay Youssef


Cinéma Rialto, mémoire lumineuse

Sur le boulevard Mohammed V, le Cinéma Rialto reste l’un des bâtiments mythiques de l’âge d’or du spectacle marocain. Construit en 1930 par Pierre Jabin, il incarne le Casablanca Art déco dans sa version la plus théâtrale. À l’origine baptisé “Splendid”, il déploie une salle de 1350 places sous une coupole en béton armé, prouesse technique pour l’époque. Le hall monumental, les moulures géométriques, les vitraux et les luminaires structurent un décor typique de cette architecture.

Dans les années 1930 à 1950, le Rialto est un haut lieu de la vie culturelle. Les films y sont projetés presque simultanément avec Paris, parfois même avant Rabat. Concerts, opérettes, premières de films rythment la vie mondaine du centre-ville. Joséphine Baker y donne un récital devant des officiers américains en 1943. Plus tard, Édith Piaf ou Charles Aznavour feront vibrer ces mêmes murs. 

Aujourd’hui inscrit à l’inventaire des monuments historiques, le bâtiment ne peut être ni détruit ni reconstruit. Mis en vente depuis 2022, il reste protégé. Selon les périodes, il peut encore accueillir projections ou événements culturels.

En face, le cinéma Ritz, plus discret, possède une entrée en retrait qui ouvre sur un petit jardin, vestige du Riad Rouissi. Le lieu accueille aujourd’hui des rencontres et rendez-vous culturels ponctuels, ce qui en fait une adresse à surveiller lors de votre passage dans le centre-ville.

Bâtiments mythiques de Casablanca Adresse : 20 rue Mohammed-El-Qorri


Ateliers Timsit, l’audace industrielle

Cap vers Roches Noires. Les Ateliers Vété, plus connus sous le nom d’Ateliers Timsit, sont créés en 1952 par Jean-François Zévaco pour l’industriel Vincent Timsit, spécialisé dans la miroiterie et la serrurerie. Le bâtiment regroupe ateliers, bureaux et un appartement au dernier étage. Zévaco en dessine chaque détail, des volumes aux revêtements, jusqu’aux boîtes aux lettres et au logo de l’entreprise fixé au sommet.

La structure repose sur deux poutres monumentales formant un pont qui supporte les deux premiers niveaux. Ce dispositif libère le rez-de-chaussée et donne l’impression que les étages supérieurs flottent au-dessus de l’espace d’atelier. Les façades sont rythmées par des fenêtres en plexiglas orange en demi-sphère qui filtrent la lumière tout en affirmant l’identité du lieu.

Aujourd’hui, l’entreprise fonctionne toujours. Le bâtiment n’est pas ouvert au public mais s’observe depuis la rue. Parmi les bâtiments mythiques de Casablanca, celui-ci fait partie des découvertes proposées par CitizOn, fondée par Mahja Nait Barka, qui organise des visites culturelles notamment autour de cette architecture moderniste.

Depuis Roches Noires, on longe la côte pour revenir vers l’ouest. Le décor change progressivement. On quitte l’architecture industrielle pour rejoindre les hauteurs résidentielles de la ville.

Adresse : 188 bd Moulay Ismaïl


 Villa du Docteur B., ronde futuriste

Perchée sur la colline d’Anfa, se trouve la villa du Docteur Benkirane, consul honoraire du Japon au Maroc. Il voulait une maison futuriste et unique en son genre. C’est chose faite ! On observe depuis la rue une sorte d’ovni posé face à l’Atlantique. Conçue en 1962 par l’architecte allemand Wolfgang Ewerth, elle est surnommée par les Casablancais la “Villa Camembert”.

Oubliez les lignes droites ou les façades classiques, cette maison tourne le dos aux conventions. Elle s’organise autour d’un patio central circulaire qui structure la distribution des pièces et capte la lumière. Le plan rompt avec la logique rectangulaire dominante. Au rez-de-chaussée, un salon marocain structuré de stuc et de bois sculptés prend place et propose une acoustique exceptionnelle. À l’étage, les ouvertures panoramiques cadrent l’océan et le jardin. L’influence du modernisme allemand et du Bauhaus se lit dans les lignes épurées, la circulation fluide et l’intégration du mobilier à l’architecture. L’ensemble joue sur la géométrie, les couleurs, la lumière et la vue plutôt que sur l’ornement.

Ce bâtiment mythique illustre une autre facette du Casablanca des années 1960, celle d’une élite qui expérimente des formes nouvelles et affirme une modernité internationale. Depuis la fin des années 2000, date de son changement de propriétaire, la villa a été ouverte de rares fois au public. Restez à l’affût d’une nouvelle ouverture, la découverte vaut véritablement le détour.

Adresse : Croisement bd du Lido et rue d’Anfa Supérieur. Taper “Villa Camembert” sur Maps.

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Photo (c) : Ateliers Timsit

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