HIND LAHRICHI, PEINTRE MAROCAINE CONTRE VENTS ET MARÉES

HIND LAHRICHI, PEINTRE MAROCAINE CONTRE VENTS ET MARÉES

Et si certaines vocations avaient besoin d’une vie entière pour remonter à la surface ? Pionnière dans les affaires, navigatrice intrépide, Hind Lahrichi s’impose aujourd’hui comme une peintre marocaine habitée par le large, transformant les rêves différés en une œuvre libre, puissante et profondément inspirante.

Le 12 juillet, la peintre marocaine Hind Lahrichi dévoilera à Tanger “Transatlantique d’une vie”, une exposition inspirée de ses traversées en voilier, de ses expéditions polaires et de son parcours singulier. Longtemps cheffe d’entreprise avant d’embrasser pleinement sa vocation artistique, l’artiste présente aujourd’hui une œuvre où la mer devient mémoire, lumière et émotion. Derrière ces grands formats baignés de crépuscules se cache pourtant une histoire peu commune. Celle d’une femme qui a construit sa liberté en plusieurs vies, dans les affaires, sur l’océan puis devant une toile. Une trajectoire qui explique pourquoi cette exposition résonne comme l’aboutissement d’une aspiration longtemps tenue en réserve.

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Une vocation artistique qui a attendu son heure

Enfant, Hind Lahrichi voulait savoir où s’arrêtait la mer. L’idée l’obsédait. Elle s’imaginait déjà ramer jusqu’au bout de l’océan pour toucher cette frontière invisible. Cette fascination pour le large ne la quittera jamais.

Née à Casablanca en 1955, la future peintre marocaine grandit dans une famille où le travail, l’indépendance et l’exigence occupent une place centrale. Son père, industriel et self made man, lui transmet très tôt une conviction simple. Il ne faut jamais faire comme tout le monde. Après des études à l’ISCAE, elle se lance dans l’entrepreneuriat et développe progressivement une holding aux activités multiples.

Pendant plusieurs décennies, Hind Lahrichi construit son entreprise avec une discipline de fer. Dans le Maroc des années 1980 et 1990, les femmes sont encore très rares autour des tables où se négocient les grands contrats. Elle s’impose pourtant dans cet univers grâce à son travail, son endurance et une autorité naturelle. Boss lady avant l’heure, elle avance sans chercher l’autorisation de personne. 

En parallèle, la peinture ne cesse jamais de l’accompagner. Elle dessine, peint pour le plaisir, fréquente les artistes, achète leurs œuvres et nourrit une passion qu’elle garde longtemps pour elle. En 2000, une amie peintre l’encourage enfin à franchir le pas. Les galeristes saluent rapidement son travail. Le syndrome de l’imposteur continue pourtant de freiner celle qui ne s’autorise pas encore à se définir comme artiste. Pendant ce temps, un autre rêve mûrit en silence.

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Quand l’Atlantique change son regard

La navigation, Hind Lahrichi l’avait préparée de longue date. Permis bateau, apprentissage des vents, Yachtmaster, heures passées dans les marinas à observer ceux qui vivaient à bord. Après son divorce, la peintre marocaine passe un cap. Elle commande son voilier et cesse enfin de vivre la mer par procuration.

 

Elle raconte souvent cette période comme une véritable naissance. En 2020, après avoir navigué en mer Baltique et en mer du Nord en plein hiver, elle entreprend enfin la traversée de l’Atlantique dont elle rêvait depuis toujours.

Pendant trente cinq jours en mer, son équipage relie les côtes marocaines aux Canaries, puis le Cap-Vert et Sainte Lucie. Rien ne se déroule comme prévu. Une voile se déchire, le moteur tombe en panne, la houle atteint près de six mètres. La navigatrice avoue avoir cru, à plusieurs reprises, qu’elle ne reverrait jamais ses trois filles. Cette traversée n’a rien d’une parenthèse idyllique. Elle la compare volontiers à un accouchement. Une expérience dont on retient la beauté une fois la douleur passée.

Chaque soir pourtant, Hind Lahrichi photographie les couchers de soleil dans une lumière dépourvue de toute pollution. Les bleus profonds, les gris nocturnes, les horizons mouvants et les silences de l’océan s’impriment durablement dans sa mémoire. Après cette aventure, la peintre marocaine poursuit son voyage pendant six mois dans les Caraïbes avant de mettre le cap vers le Groenland, le pôle Nord puis l’Antarctique. Toutes ces expériences deviendront le socle de son langage pictural.

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Reprendre le chemin de l’école à près de soixante dix ans

À son retour, une évidence s’impose. Hind Lahrichi souhaite donner toute sa place à la peinture. En 2023, la peintre marocaine intègre la Barcelona Academy of Art. Pendant deux années, elle retrouve les bancs de l’école aux côtés d’étudiants d’une vingtaine d’années. Les journées s’étirent de dix heures à dix-neuf heures trente. Elle travaille sans relâche, doute, recommence, apprend. La réception de la liste des fournitures scolaires lui procure la même joie qu’à une enfant le jour de sa rentrée.

Depuis son retour en 2025, Hind Lahrichi peint quotidiennement dans son atelier. Elle travaille l’huile sur toile de lin avec une matière généreuse et instinctive. Son œuvre ne représente pas la mer comme un simple paysage. Elle cherche à traduire ce que les éléments déposent en elle, puis à faire circuler cette émotion dans le regard de ceux qui découvrent ses toiles. Les lumières de la transatlantique, les crépuscules, les sensations éprouvées au Groenland ou en Antarctique deviennent la matière première de sa peinture. 

Déjà présente dans l’ouvrage 60 ans de peinture au Maroc, soutenue par des artistes, des galeristes et des collectionneurs, la peintre marocaine voit aujourd’hui son travail rejoindre plusieurs collections privées. L’exposition “Transatlantique d’une vie”, présentée à la galerie Dar D’art à Tanger, marque une nouvelle étape dans ce parcours. Hind Lahrichi prépare également un livre attendu à la fin de l’année, consacré à la persévérance, aux rêves et à cette conviction que l’on peut toujours réinventer sa trajectoire.

Photo (c) : Hind Lahrichi

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