LEADERS ON PURPOSE, LE PODCAST INSPIRANT DE MANAL BERNOUSSI

LEADERS ON PURPOSE, LE PODCAST INSPIRANT DE MANAL BERNOUSSI

Depuis quatre ans, Manal Bernoussi reçoit des leaders qui partagent leur parcours et leurs valeurs dans son podcast « Leaders on Purpose ». Un rendez-vous suivi aujourd’hui par des milliers d’auditeurs dans plus de 50 pays. La recette du succès ? Des personnalités inspirantes choisies par une femme inspirée, qui livre avec authenticité des leçons de vie, des outils pour avancer et sa vision d’un leadership engagé. Shoelifer l’a rencontrée. 

En 2021, après 18 ans de carrière en entreprise, Manal Bernoussi a choisi de tout quitter pour se consacrer à sa passion : le développement personnel et le partage d’expériences inspirantes. À travers son podcast « Leaders on Purpose », diffusé sur YouTube en français et en anglais, elle donne la parole à des leaders de divers horizons. Elle met en lumière leur humanité et leur quête de sens, au-delà de la réussite professionnelle. Dans des épisodes en solo, elle partage également le fruit de ses apprentissages, les challenges qu’elle a surmontés, les outils qui l’aident sur son chemin.

Quatre ans et une cinquantaine d’épisodes plus tard, le podcast a trouvé son public au Maroc et dans 57 pays, réunissant à chaque rendez-vous plusieurs milliers d’auditeurs. Dans cet entretien, cette « âme en quête de sens« , comme elle aime à se définir, revient sur son parcours. Elle nous livre sa réflexion sur l’importance du développement personnel, l’impact des mots et sa volonté de créer des ponts entre les cultures.

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Aujourd’hui médiatrice dans de grands évènements internationaux et fondatrice du podcast « Leaders on Purpose », vous avez effectué une belle carrière dans le privé. Pouvez-vous nous rappeler les grandes étapes de ce parcours ? 

Je suis née et j’ai grandi au Maroc, et je suis fière de dire que je suis un pur produit du système éducatif marocain. Après des études en école d’ingénieur à Lyon, j’ai travaillé en France pendant six ans. En 2010, j’ai pris la décision de rentrer au Maroc, à un moment clé où Casablanca Finance City (CFC), la place financière de Casablanca, se lançait. J’ai eu l’opportunité de rejoindre cette aventure entrepreneuriale dès ses débuts. Nous étions seulement trois au départ, ce qui donnait à cette expérience une dimension de start-up, où tout était à construire. J’ai passé près de 13 années au sein de CFC, occupant diverses fonctions et évoluant au gré des besoins et des opportunités.

Mes responsabilités m’ont amenée à établir des partenariats internationaux avec d’autres places financières, à représenter mon institution à l’échelle internationale et à promouvoir le Maroc et le continent africain. C’est à cette époque que j’ai commencé à ressentir une vocation pour la prise de parole en public et le partage d’idées. En parallèle, j’ai aussi entrepris un MBA avec Africa Business School et Columbia University, une formidable opportunité de revenir sur les bancs de l’école.


Après 18 ans de carrière en entreprise, vous décidez de tout quitter. Quel a été le déclic ?

J’ai toujours eu dans un coin de ma tête l’idée d’entreprendre et celle de laisser une empreinte différente. Le Covid a été un véritable déclencheur. Ce fut une période extrêmement lourde psychologiquement durant laquelle j’ai cherché du positif dans un océan de négativité. J’ai commencé à écouter énormément de podcasts, notamment anglo-saxons, mais aussi français. J’ai vu l’impact que cela avait sur moi, à quel point ça m’apaisait. L’idée a germé de proposer ce genre de contenu au Maroc.


Est-ce que vous pouvez nous éclairer sur le choix du titre du podcast « Leaders on Purpose » ?

Le terme « leader » est très inclusif. Il a cette connotation « empowering » qui permet de redonner le pouvoir à chacun. On peut tous être leader. On est leader d’une famille, d’une entreprise, de sa propre équipe ou à minima, on est leader de soi-même. Ce podcast met en avant des dirigeants, des entrepreneurs, des acteurs du changement. Dans les mots « on purpose », il y a cette idée d’intention, de vision qui va au-delà du succès personnel. Ces leaders sont alignés avec leurs propres valeurs, avec l’être humain qui est en chacun de nous. Ils incarnent cette idée puissante d’un leadership conscient, authentique, engagé.


Quels sont les critères sur lesquels vous sélectionnez vos invités ?

Selon ma définition, ce sont des leaders qui essayent, au-delà de leur réussite professionnelle, de laisser une empreinte et de contribuer à quelque chose de plus grand que leur petite personne. J’ai commencé par recevoir des gens qui ont eu un impact dans ma vie, dans mon parcours, et que je souhaitais partager avec une plus grande audience. Je suis quelqu’un de très intuitif. Il y a des choses qui ne sont pas explicables. Chaque invitation est motivée par une connexion humaine, une inspiration ou un moment significatif.

Quant à la ligne éditoriale, je fais très attention à alterner hommes et femmes, Marocains et figures internationales. In fine, j’aspire à ce que ce partage se poursuive ensuite dans chaque groupe, chaque communauté, chaque famille, en créant un effet d’entraînement.


Comment expliquez-vous le succès de ce podcast ?

Nous avons tous besoin d’authenticité. On a tous envie de baisser les masques, d’arrêter de jouer des rôles, de vivre en paix. Je crois que c’est ce qui nous réunit. Quand on échange, on tombe les masques, on accepte d’être vulnérable, de s’ouvrir sur ses échecs. Ce qui nous permet de nous ancrer dans ce monde imprévisible, c’est cette humanité en chacun de nous. Je pense que ça fait du bien de voir l’humain en l’autre, ça nourrit quelque chose de profond. C’est peut-être ce qui explique le succès du podcast. J’en suis très reconnaissante.


Avez-vous réussi à devenir ce leader ?

C’est le chemin d’une vie, c’est un apprentissage continu, sans point d’arrivée défini. Au tout début, j’instaurais une véritable muraille entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. Je ne sais pas par quelle construction intellectuelle j’étais arrivée à cette posture du leader en tailleur et talons, qui serrait des mains, travaillait puis rentrait chez lui vivre son autre vie. Quand je me compare avec celle que je suis aujourd’hui, je réalise le chemin parcouru. J’adresse ces mots avec beaucoup de bienveillance et d’amour à cette version de moi-même de l’époque.

Avec le temps, j’ai compris que l’impact véritable, c’est l’authenticité. Les gens vont davantage vous suivre si vous êtes entiers et non pas en jouant le rôle du petit chef. C’est aussi une évolution sociétale : avant, assurer les besoins de base et la sécurité de l’emploi primaient. Aujourd’hui, on recherche un accomplissement de soi. On attend du leader qu’il nous apporte une vision, qu’il donne du sens à ce que l’on fait. Dans ce cas, nous allons le respecter et l’écouter.


Vous êtes aussi une citoyenne engagée à travers le projet 40 Together pour les orphelins et dans la promotion des femmes dans l’entreprise à travers l’association Mentor’elles et We4She. Le fait d’être une femme a-t-il été un frein dans votre trajectoire ?

L’obstacle, ce sont nos croyances limitantes. Jamais on ne m’a refusé d’opportunité parce que j’étais une femme. J’ai toujours eu des mentors masculins qui ont cru en moi. Mon engagement pour la diversité du genre vient de la conviction que notre pays ne peut se priver de la moitié de ses forces vives. C’est comme un avion dont un des moteurs serait cassé. Il est impensable que nous soyons classés 136e sur 146 pays dans l’indice sur l’égalité des genres. Il y a un paradoxe entre un Maroc de plus en plus visible à l’international, mais qui peine à mobiliser ses femmes.

Pourtant, il est établi que si nous mobilisions femmes et hommes, le PIB augmenterait de 20-25%. Ce sont les stéréotypes sur le rôle des femmes qui posent problème. Le pire est qu’elles-mêmes croient devoir choisir entre famille et travail. C’est aussi pour cette raison que le podcast est inspirant pour beaucoup de jeunes femmes. Il propose des « role models » qui montrent que cela est possible.


Vous parlez souvent du pouvoir des mots. Y a-t-il des mots qui ont été déterminants dans votre cheminement ?

Quand j’avais environ 5 ou 6 ans, j’étais chez mon grand-père, une figure très importante pour moi. Un patriarche à la marocaine, plein de dignité et de sagesse, qui parlait peu, mais dont les mots étaient toujours percutants. Je l’ai entendu dire à mon père : « Écoute, cette petite, prend bien soin d’elle. Elle a quelque chose de spécial, elle va faire de grandes choses dans sa vie. » J’ai réalisé l’impact des mots, comment ils peuvent insuffler la confiance ou au contraire détruire. Ces mots m’ont aidée à me sentir soutenue. J’ai cette confiance intérieure que rien n’est inaccessible, il suffit d’y mettre l’intention et le travail.


J’imagine qu’on n’atteint pas ce niveau de conscience sans effectuer d’introspection…

Le plus beau cadeau qu’on puisse se faire, c’est de démarrer un travail sur soi-même. Une fois qu’on s’engage sur ce chemin, il est difficile d’en sortir. J’ai démarré le développement personnel vers 2014. Vous savez, ça commence par un petit séminaire de communication non violente, puis un stage de respiration, puis une formation de coaching en entreprise. De fil en aiguille, c’est un monde qui s’ouvre, avec l’humain comme fil conducteur. Il s’agit de cultiver son empathie, son écoute… Ces soft skills peu développées dans nos cursus académiques mais qui sont essentielles pour avancer dans la vie. Le parcours académique, aussi brillant soit-il, n’est pas suffisant pour naviguer dans les difficultés de la vie. Le monde de l’entreprise peut être dur.

En situation de conflit, on a deux choix : rester focalisé sur l’erreur de l’autre, ou reprendre son pouvoir et décider de voir la situation autrement en dépassant son ego. C’est un apprentissage continu. D’ailleurs, chaque année, je m’inscris à une formation. Mon podcast cultive aussi cet état d’esprit : comment se reconditionner pour être la meilleure version de soi-même. C’est pourquoi j’alterne les épisodes en solo et les interviews. Quand je suis seule, je développe la façon dont m’impacte le développement personnel. 


Après ce long travail, qui est Manal Bernoussi aujourd’hui ?

C’est amusant, car je réfléchis beaucoup à cette question. Je crois au pouvoir des mots, et je fais attention à ce qui suit le « je suis ». Je suis maman, entrepreneure, ex-dirigeante et fière de l’être. Je suis aussi épouse, sœur, amie. Ces « casquettes » sont des facettes de ma personnalité. Pourquoi la société nous oblige-t-elle à en privilégier une ? Je ne veux ni choisir ni être mise dans une case. Cela limite mon potentiel. Les rôles changent et évoluent, mais ma volonté de créer, d’apprendre, reste immuable. Je suis un être en quête de sens et en apprentissage continu. C’est ma conviction profonde. 


Quel est votre ancrage, la force qui vous permet de surmonter les obstacles ? 

Je suis très croyante. J’ai la conviction que chaque événement s’inscrit dans un plan plus vaste, même si nous n’en saisissons pas toujours les raisons. Cette croyance m’apporte une grande sérénité. Ma foi est mon pilier.


Selon vous, nous avons tous besoin d’un point d’ancrage pour traverser les épreuves ?

Peu importe vos croyances, il vous faut un repère stable dans un monde en mouvement. Votre ancrage ne peut reposer sur des rôles ou des biens éphémères. Il faut trouver un ancrage profond qui, quelles que soient les fluctuations de la vie, vous rappelle qui vous êtes vraiment. 

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Qu’en sera-t-il de l’humain à l’ère de l’intelligence artificielle ?

Je comprends les craintes qu’elle peut susciter. En tant qu’éternelle optimiste mais aussi réaliste, je fais le choix de me dire qu’il faut utiliser les forces de l’intelligence artificielle pour augmenter la puissance de l’humain. Jamais un robot ne pourra remplacer ce que nous faisons là, échanger, se connecter. Jusqu’à preuve du contraire, l’essence même de l’être humain, ce sont ses émotions.


En parallèle, vous êtes modératrice et maîtresse de cérémonie dans des événements marocains et internationaux. Vos deux activités sont-elles complémentaires ?

Cette activité participe pleinement de ma mission de créer des liens. Des liens entre les idées, des liens entre les personnes, des liens entre le Maroc et l’international. Et puis, j’ai aussi une expertise, une expérience qui vient de ces vingt années en entreprise, qui me permet de débattre de différentes thématiques avec des chefs d’entreprise dans des événements. Je nourris donc ces deux aspects en moi, qui sont à la fois le contenu qui vient de ma formation et de mon expérience, et cette autre partie de moi qui est très fortement connectée au développement personnel. Mon objectif, c’est de créer un pont entre ces deux mondes.


Quels sont vos projets en 2025 ? 

L’évolution de mon podcast est intimement liée à mon développement personnel et professionnel. En 2025, de très belles rencontres sont prévues. Je suis ravie d’annoncer la venue de Thierry Jansen, un auteur belge reconnu, ancien chirurgien, qui parlera de cette posture juste. En parallèle, je travaille également sur des projets d’entrepreneuriat dans la tech.


Vous finissez toujours vos entretiens par trois questions à vos invités. J’aimerais vous les poser. Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné ?

Le meilleur conseil qu’on m’ait jamais donné, c’est de me faire confiance et de rester moi-même, de ne pas chercher à jouer un rôle car tous les rôles sont déjà pris. Le mien est unique. C’est en étant soi-même qu’on peut avoir de l’impact. 


Et qui vous l’a donné ?

Mon père, son âme repose en paix, avait une confiance à toute épreuve dans les idées folles que je lui soumettais. Et donc il m’encourageait énormément à rester moi-même et authentique. L’authenticité est un mot clé pour moi. C’est un mot qui m’est très cher.


Le pire conseil qu’on vous ait donné ?

Reste là où tu es, tu as déjà un super poste, tu sembles tout avoir. Pourquoi te lancer dans l’entrepreneuriat ? S’il y a une petite voix à l’intérieur qui vous parle, écoutez-la. Elle est là pour une raison, elle est là pour vous guider. Heureusement, j’ai écouté cette voix intérieure qui m’a demandé d’aller de l’avant et d’ouvrir un nouveau chapitre de ma vie.


Et la dernière question, si vous pouviez imposer une loi à tous ? 

Ce serait d’inviter les gens à s’engager sur le chemin du développement personnel. J’ai longtemps suivi l’autoroute tracée, le bac S, la prépa, l’école d’ingénieur. Un jour on se réveille et on se dit : « Ok, tout ça c’est bien, mais qu’est-ce que je veux réellement ? ». Il faut avoir le courage de se poser cette question. La vie passe trop vite. Ce n’est pas toujours facile, car il faut parfois faire face à des choses que l’on n’a pas envie de voir, mais on en ressort plus fort, grandi. Et ce faisant, on comprend mieux les autres, on développe plus d’empathie. Nous n’aurions pas ces guerres, ce chaos mondial si nous développions plus de conscience de nous-mêmes et des gens qui nous entourent.

Photo (c) : Manal Bernoussi 

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