3 MAROCAINES ENTREPRENEURES RACONTENT LEUR “GRAND SAUT”

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Nous sommes le 8 mars, aka, la journée internationale des droits des femmes. Une date, on le rappelle, qui n’est pas sensée “célébrer” la gente féminine mais plutôt mesurer le chemin parcouru et surtout, celui qui reste à parcourir. Parmi les nombreuses batailles à mener, il y a celle de l’émancipation des femmes, ou plus précisément leur autonomisation ; ce que les anglo-saxons appellent le “women empowerment”. La piqûre de rappel version Shoelifer ? Vous présenter aujourd’hui trois Marocaines entrepreneures. Des femmes audacieuses, belles et intelligentes qui ont osé le grand saut (en prenant leurs précautions, of course). En espérant que leur parcours en inspire d’autres…


Un chiffre choc : les femmes représentent 10 à 12% du total des entrepreneurs au Maroc selon un rapport du Bureau international du travail, publié en 2018. Seulement 10 à 12% ! Imaginez tout le travail de sensibilisation et d’information qu’il y a encore à réaliser pour changer la donne. Rien de nouveau sous le plafonnier de la rédac. Car informer, pour nous, c’est aussi vous inspirer. Comment ? En mettant aujourd’hui un coup de projecteur sur trois Marocaines entrepreneures. Deux d’entre elles viennent de se lancer alors que la conjoncture économique en cette année 2021 est, disons… complicated ? La troisième ose un développement complémentaire. Elle aurait pu se contenter de faire le dos rond et d’attendre que les beaux jours reviennent. Eh bien non ! Pourquoi ? Car l’entrepreneuriat nécessite une bonne dose de passion, un petit grain de folie et certainement aussi un peu d’inconscience. Le conseil d’une rédac’ qui fonctionne en mode start-up : entretenez cette douce folie, c’est elle qui vous fera tenir durant les périodes difficiles. En attendant, Lamia, Katia et Chadine nous racontent leur parcours et ce qui leur a donné envie de se lancer. Produit d’hygiène écolo et féministe, mode ou déco florale pointue : à chacune son cheval de bataille, et à toutes, l’audace !


LAMIA LAHLOU : L’EXPLORATRICE

Lamia l’avoue volontiers, du haut de ses 32 ans, elle a déjà eu plusieurs vies. D’abord consultante en finance à Paris et à Londres, puis fondatrice d’une société de programmation immobilière au Maroc, elle conseille ensuite un ministre avant de se poser la question fatidique :  celle de rejoindre –ou pas– l’entreprise familiale. Fibretigroup –c’est son nom– opère dans le textile technique depuis 4 générations. Après quelques investigations sur la filière, le constat est sans équivoque pour Lamia : tout reste à faire. Mais il faut le faire autrement. Comment ? En diversifiant les produits en interne et en créant des synergies entre les savoir-faire. Persuadée que les petites sociétés familiales perpétuent l’expertise marocaine, elle décide de relever ce challenge et s’engage sur le chemin du textile utile. C’est ainsi qu’il y a un mois, après un an et demi de travail, Lamia lance Hurya, une marque de culottes menstruelles 100% marocaine. Son parti pris ? Proposer aux Marocaines un produit lavable et réutilisable, dont le prix de certains articles ne dépasse pas la barre psychologique des 200 dirhams. Une façon de répondre aussi aux enjeux écologiques et de santé publique, et d’offrir aux femmes la liberté de pouvoir (mieux) choisir leurs protections périodiques en démocratisant le produit et en luttant contre la précarité menstruelle. Pour réussir, il faut se montrer “proactive”, estime-t-elle. Et d’ajouter que si le marché marocain reste opaque, tout est à faire : “Il faut arrêter de se comparer à l’Europe, arrêter de se mettre des freins, et entreprendre. L’entrepreneuriat est inscrit dans l’ADN marocain.” A bon entendeur…

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KATIA BELHACHEMI : LA PASSIONNEE

Après des études en entrepreneuriat à Paris, Katia rejoint IBM en tant que commerciale dans le cloud. A la fin de son contrat, et avant d’aller poursuivre sa carrière à Montréal dans la même multinationale, elle rentre au Maroc pour voir ses parents et préparer ses affaires. Modeuse invétérée, elle se met en quête du parfait perfecto en cuir pour l’accompagner dans son épopée outre-Atlantique. N’ayant pas trouvé son bonheur à Paris, elle décide d’en faire réaliser un sur-mesure au Maroc. Très vite, cette pièce rencontre un franc succès, ce qui lui donne l’idée de créer une marque 100% cuir, qui proposerait plusieurs modèles de vestes, shorts, jupes, et pantalons avec des coupes à la fois contemporaines, structurées et intemporelles. Guidée par son intuition, elle abandonne la carrière à laquelle elle semblait promise pour lancer son projet. De là nait – il y a presque 7 ans – Katso Paris, une marque de prêt-à-porter exclusivement en cuir, faite main et made in Morocco. Destinée à l’export – principalement au B to B – la marque est distribuée dans une trentaine de points de vente à l’international. Pour oser cette reconversion, elle a dû dépasser ses peurs. Et persévérer, toujours. Ne rien lâcher. Heureusement, elle est épaulée par sa famille, qui rejoint l’aventure Katso côté management, et par son mari, son premier supporter. “J’ai rencontré beaucoup de personnes bienveillantes. L’État marocain fait aussi un superbe travail pour rendre le cuir national attractif et nous soutenir.” Son but? Mettre le cuir et le savoir-faire marocains en valeur à l’international. Mais aussi renouveler la filière, recréer des emplois, et former des jeunes aux métiers du cuir. Aujourd’hui, Katia est persuadée d’avoir trouvé sa voie. “Je suis véritablement passionnée par ce que je fais. C’est un plaisir chaque jour renouvelé. Je ne mets même plus de réveil le matin, alors que lorsque je travaillais chez IBM, j’avais du mal à sortir du lit. J’y crois à fond et je porte moi-même mes produits. Je crée avant tout pour moi.” Son conseil pour celles qui souhaiteraient entreprendre ? Suivre sa passion, croire à son produit et ne pas baisser les bras. Avec l’arrivée du Covid, la marque se retrouve freinée avec l’annulation des salons et la fermeture des boutiques en Europe. Plutôt que d’attendre que ça passe, Katia décide alors de penser local, en ouvrant les portes de son showroom marocain. Une clientèle loin d’être négligeable, puisque la jeune femme découvre que “les Marocaines sont très chic et adorent le cuir”. Comme quoi, être entrepreneure c’est aussi avoir la capacité de se réinventer en permanence.


CHADINE ALJ : LA STORY-TELLER

Consultante dans un café-restaurant casablancais, Chadine Alj lance en août dernier une nouvelle carte pour l’établissement dans lequel elle travaille. Plus fraîche et plus colorée, avec une touche plus healthy, elle s’inscrit dans l’air du temps. Pour l’accompagner, Chadine décide de décorer la coquette salle du restaurant de bord de mer avec quelques compositions florales. Elle demande alors à sa mère, décoratrice d’intérieur et grande amatrice de fleurs, de l’aider dans le choix des bouquets. Quelques jours plus tard, une amie passe commande de créations florales pour un évènement qu’elle organise dans un showroom. Et la machine s’emballe… Les appels de connaissances et amis de la famille se succèdent, demandant si le duo mère-fille est fleuriste. La jeune femme met son téléphone en mode mute et se tourne vers sa mère: “On est fleuristes, maman?”. “Apparemment, oui” répond cette dernière. Dans la chambre d’amis de leur appartement, les deux complices s’affairent du matin au soir, pour assembler fleurs et feuillages, et répondre aux commandes qui s’enchainent. Leila Kadi, sa mère, s’occupe de la partie créative, tandis que Chadine gère la communication, la relation-client et la logistique. En décembre 2020, elles lancent officiellement Atelier Nude, un studio floral créatif. Leur motto ? Surprendre chaque semaine. Que ce soit pour les particuliers ou les entreprises, Atelier Nude propose un abonnement mensuel à ses clients, pour renouveler leurs compositions florales selon la fréquence et le budget qu’ils souhaitent. La marque se veut non conventionnelle et ouverte d’esprit. Au-delà des simples bouquets, Nude – qui compte aujourd’hui une équipe de 8 personnes – fleurit des objets, utilise des chandeliers, joue avec les matériaux… En attendant l’ouverture prochaine d’un point de vente à Casablanca, Chadine se dit fière du chemin parcouru (en si peu de temps). “Je suis surtout fière de ma mère, car prendre des risques ne faisait pas partie de ses habitudes. Elle s’est fait confiance, elle m’a fait confiance et on a réussi à créer un business familial.”


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