MAMHKOUMCH, LA CAMPAGNE CHOC QUI DÉNONCE LES VIOLENCES NUMÉRIQUES CONTRE LES FEMMES

MAMHKOUMCH, LA CAMPAGNE CHOC QUI DÉNONCE LES VIOLENCES NUMÉRIQUES CONTRE LES FEMMES

Cyberharcèlement, raid de haine en ligne, doxxing… Les violences numériques contre les femmes se multiplient à travers le monde. Et le Maroc n’échappe pas à la règle. Pour sensibiliser l’opinion publique et les acteurs institutionnels, un collectif féministe a lancé la toute première campagne 2.0 sur le sujet. Les détails. 

Mamhkoumch (hors de contrôle). C’est le titre d’une campagne digitale dédiée aux violences numériques contre les femmes, lancée ce 25 novembre et prévue jusqu’au 10 décembre. Cette initiative, portée par plusieurs associations féministes dont l’ADFM, Médias et Culture, Kif Mama Kif Baba et Jat w Jabt – Génération libre, s’inscrit dans une campagne plus globale : “16 jours d’activisme contre les violences fondées sur le genre », portée par les Nations-Unies. L’objectif ? Empêcher les outils numériques, censés favoriser le progrès, de devenir des armes d’oppression et de domination, principalement tournées contre les femmes et les jeunes filles. 


Focus sur un phénomène de grande ampleur

 

Avant tout, il s’agit de sensibiliser les internautes marocain(e)s et les décideurs au fléau des violences numériques contre les femmes. Selon les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP), ce phénomène représente 19% des violences faites aux femmes dans le royaume. Un chiffre qui grimpe à 34% sur le segment des jeunes filles âgées de 15 à 19 ans. Les contenus de la campagne Mamhkoumch sont d’ailleurs essentiellement publiés sur Instagram, l’un des réseaux sociaux favorisant le plus la violence et la misogynie, avec TikTok auprès des adolescents.

En 2021, une enquête du Wall Street Journal révélait que les cadres de la plateforme Instagram avaient parfaitement conscience que celle-ci renvoyait une image négative à une jeune fille sur trois. Les algorithmes ne sont pas les seuls responsables de ce mal-être, le comportement de nombreux internautes y est aussi pour quelque chose. Car il faut le dire, les réseaux sociaux ne sont que le reflet de notre société et de ses dérives. 


Savoir nommer le mal et en parler 

Pour lutter contre les violences numériques faites aux femmes, encore faut-il savoir les reconnaître et les nommer. Et c’est exactement ce que fait la campagne Mamhkoumch. 

 

Parmi celles-ci, le piratage, la prédation, les insultes sexistes, le cyber-harcèlement, le revenge porn, la diffamation en ligne et la sextorsion. Mais aussi le doxxing, qui consiste à diffuser sur Internet des éléments sur l’identité et la vie privée d’une personne. Le tout dans le but de lui nuire. 

 

L’autre force de la campagne, ce sont les huit capsules vidéos basées sur le récit de personnalités marocaines qui témoignent des violences numériques subies. Le but étant, bien sûr, de libérer la parole et de créer un espace d’échanges et de soutien. Car, il faut le savoir, “les violences technologiques ne se limitent pas au monde virtuel. Elles ont des répercussions graves sur la santé mentale, la sécurité physique, les opportunités économiques et la participation publique des femmes. En sensibilisant aux conséquences telles que les traumatismes, l’isolement, l’autocensure ou la perte d’emploi, on souligne l’urgence d’agir et de protéger les survivantes”, souligne le collectif d’associations dans son dossier de presse. 


Agir pour protéger 

 

In fine, cette campagne est un plaidoyer pour inciter les responsables institutionnels et politiques à agir. Selon l’avocate Ghizlane Mamouni, cofondatrice de Kif Mama Kif Baba, “les dispositifs pour les victimes restent insuffisants.” Certes, les politiques de modération des plateformes sont désormais quasi-inexistantes (merci Elon Musk). Mais chaque gouvernement peut agir à son échelle. L’éducation à la citoyenneté numérique est primordiale, tout comme la multiplication des structures de prise en charge des plaignantes. Mais pour combattre les violences numériques faites aux femmes, le cadre législatif et juridique doit lui aussi évoluer.

Selon de nombreuses féministes, la révision de la loi 103-13 relative à la violence à l’égard des femmes est une priorité. Il s’agirait d’y intégrer des dispositions spécifiques adaptées aux violences basées sur le genre et facilitées par les nouvelles technologies. Certaines dispositions du Code Pénal sont elles aussi (encore) pointées du doigt. Notamment l’article 490 criminalisant les relations sexuelles hors mariage. Rappelez-vous, en 2021, une jeune femme de Tétouan avait été condamnée à un mois de prison ferme sur la base de cette loi, alors qu’elle était victime de revenge porn. Le chemin est encore long. 

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