S’il y a bien un sujet qui crée des disputes à répétition, c’est celui de l’argent dans le couple. Une fatalité ? Non. Comprendre notre rapport à l’argent, mieux valoriser le travail domestique des femmes, établir une bonne communication et définir ensemble un budget vous éviteront bien des prises de tête. On vous explique comment.
L’argent, on le sait, c’est le nerf de la guerre… mais surtout de la guerre au sein du couple ! Quelques années – parfois quelques mois – après avoir roucoulé nos premiers mots d’amour, le sujet revient en boucle dans les disputes. Pourtant, au début d’une relation, il y a des disparités qui agissent comme autant de red flags. Écarts de salaire entre l’homme et la femme, disparités de milieu socio-économique, différences de rapport à l’argent (fourmis vs cigales)… Mais le caractère tabou de l’argent fait qu’on ose rarement prendre le sujet à bras-le-corps quand on entame une love story.
La théorie du pot de yaourt vide
Si la question de l’argent dans le couple est si importante, c’est parce qu’elle va plus loin que les scènes de ménage à répétition : c’est un véritable enjeu social. Fondatrice du podcast “Rends l’argent”, la journaliste et essayiste française Titiou Lecoq a particulièrement étudié le sujet. Elle explique que le déséquilibre financier est loin d’être anodin et qu’il se retrouve exacerbé au sein du couple. Le partenaire qui gagne moins peut se sentir dépendant, tandis que celui qui gagne plus peut avoir l’impression de tout assumer seul. Bonjour les tensions dans le couple.
Pire, se mettre en couple est souvent un facteur d’appauvrissement pour les femmes. Dans son livre Le couple & l’argent, Titiou Lecoq emploie une métaphore pour expliquer ce phénomène : la théorie du pot de yaourt vide. Dans notre culture patriarcale, l’homme touche souvent le plus gros salaire et donc couvre les dépenses importantes (loyer ou crédit immo, voiture…). Tandis que le salaire de la femme sert à payer les frais du quotidien, a fortiori liés aux tâches qui lui incombent : courses, factures, achats pour les enfants, etc. Résultat, en cas de divorce, l’homme repart avec la maison ou la voiture qu’il a payée, et la femme… avec les pots de yaourt vides.
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Le travail des femmes invisibilisé
Le problème quand on évoque l’argent dans le couple, c’est que le travail domestique des femmes n’est pas quantifié du point de vue financier. Pourtant, au quotidien, ce sont elles qui se tapent tout le boulot, chiffres à l’appui. Au Maroc, les femmes consacrent plus de 90% de leur temps aux tâches domestiques, soit en moyenne 5 heures par jour, contre 43 minutes pour les hommes (source : HCP). Cet apport est occulté dans la comptabilité nationale, alors qu’il représente entre 285 et 513 milliards de dirhams, selon différentes estimations. C’est-à-dire 34,5 à 62% du PIB national, d’après une récente étude du chercheur Larabi Jaïdi pour le Policy Center For the New South (PCNS).
Ces chiffres sont obtenus en croisant le salaire moyen de professions équivalentes (aide-ménagère, cuisinière, garde d’enfants, infirmière, etc.) et le salaire que les femmes percevraient si elles étaient délestées des obligations du foyer. L’étude ne dit malheureusement pas à quel salaire mensuel correspond la valorisation de ce travail invisible. À titre d’exemple, plusieurs calculs menés en France aboutissent à un chiffre allant jusqu’à 6000 euros nets par mois, soit quatre fois le Smic !
Ce que dit notre rapport à l’argent
Mais prendre conscience des injustices liées à l’argent dans le couple ne suffit pas à les résoudre. Pourquoi ? Parce que cela active des ressorts bien plus profonds. Loin d’être un simple sujet pratique, la gestion de nos finances révèle surtout nos peurs et nos blessures. Notre rapport à l’argent a été façonné par notre éducation, nos traumas, notre histoire familiale… Divers schémas psychologiques sont à l’œuvre, comme lier l’argent au sentiment de sécurité intérieure : la peur de manquer pousse certains à économiser de façon compulsive. Ou à dépenser sans compter, pour exorciser les vieilles frustrations. D’autres confondent valeur financière avec valeur personnelle et estime de soi. Afficher des signes extérieurs de richesse est une façon de sentir accompli, alors que certains rechigneront au moindre achat, n’estimant pas le mériter.
L’argent est aussi associé au pouvoir et au contrôle, notamment dans les relations de couple où les écarts de revenus peuvent créer des dynamiques de dépendance. Dépenser, c’est pour d’autres un catalyseur d’émotions fortes – peur, honte ou culpabilité – conduisant à des comportements excessifs comme la restriction totale ou les achats compulsifs. Enfin, l’argent peut refléter notre identité et les valeurs que nous voulons incarner. Privilégier des dépenses éthiques et/ou écologiques témoigne ainsi d’un certain degré d’engagement. De même, investir uniquement dans des marques de luxe permet de construire une image de réussite et de statut social élevé. Bref, avant de parvenir à une gestion saine de l’argent dans le couple, il est nécessaire de comprendre ce qui a façonné notre profil financier.
Briser le cercle vicieux des disputes sans fin
Comment alors s’organiser pour que l’argent ne devienne pas une source de conflit, mais un véritable moteur de la vie à deux ? Dans son dernier livre au titre volontairement ironique, Comment rater son couple à coup sûr, Emmanuelle Piquet décortique les dynamiques destructrices qui alimentent les disputes sans fin. Prônant l’approche de l’école de Palo Alto, la psychologue française dépasse l’aspect symbolique de l’argent pour se concentrer sur les interactions que ce sujet génère. Si un couple se dispute toujours de la même façon pour la même raison, les recherches de solution risquent fort d’être inefficaces, au contraire, elles entretiennent le conflit en matérialisant son existence.

Comment faire alors pour briser ce cercle vicieux ? Analyser le problème du point de vue de la relation. La question ne serait donc pas “pourquoi avons-nous un problème avec l’argent ?”, mais plutôt “qu’est-ce qui nous empêche de régler ce problème ?”. Quand se manifeste-t-il concrètement ? Que se passe-t-il exactement ? C’est sur cette interaction qu’Emmanuelle Piquet nous invite à travailler, afin de briser le schéma qui mine la relation. Autrement dit, ce n’est pas la façon de gérer l’argent qui est ici en cause, mais la façon dont le couple gère ses désaccords. Peut-être est-il temps d’envisager une thérapie de couple ?
Poser un cadre clair, avec des règles précises
Pour harmoniser la gestion de l’argent dans le couple, comme en toute chose, une bonne communication est indispensable. Chacun doit pouvoir exprimer calmement ses peurs et ses attentes, sans se sentir critiqué ou jugé. Taire ses dettes ou son addiction pathologique au shopping, laisser la gestion du budget à un seul membre du couple. Tout comme cacher certaines dépenses sont autant de bombes à retardement qui finiront par éclater. Pas idéal pour maintenir la confiance dans le couple.
Avant de dégainer votre tableau Excel pour catégoriser les revenus et les dépenses, il va falloir d’abord se mettre d’accord sur votre projet de vie. Qu’est-ce qui est le plus important pour vous ? Capitaliser pour bâtir un patrimoine ? Prioriser les voyages pour faire le plein de souvenirs à deux ou en famille ? Financer la scolarité des enfants ou votre retraite ? Cette approche permet de passer d’une logique de dépenses à une logique de construction qui renforce le sentiment d’équipe.
Une fois votre projet défini, vous pourrez discuter ensemble du meilleur modèle financier à choisir. Compte joint ou comptes séparés ? Le plus pratique étant un système hybride avec un compte commun pour les charges et des comptes individuels pour les dépenses personnelles. L’étape suivante consiste à établir un budget qui pose les bases d’une saine gestion de l’argent dans le couple. S’asseoir et faire l’inventaire de toutes (absolument toutes !) les dépenses communes permet dès le départ de clarifier la situation et d’éviter les surprises.
Malgré ce qui se pratique couramment, partager les dépenses à 50/50 n’est pas une bonne idée, surtout quand les salaires sont très inégaux. Une répartition au prorata des revenus est plus équitable et permet d’éviter les ressentiments. Tout comme le fait de valoriser les contributions non financières. On l’a vu, dans les couples où il y a des écarts de salaires, il est capital de reconnaître l’apport que représente la gestion du foyer ou la charge mentale. Cela peut se traduire par un contrat de mariage qui prévoit que les biens seront partagés à égalité quelle que soit la contribution à leur achat. Ou un acte notarié au moment de l’acquisition d’un bien.
En somme, si l’argent reste le nerf de la guerre, le respect, la communication et des règles clairement définies sont le nerf de la paix !
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