DESIGN INTÉRIEUR AU MAROC : 6 PROFILS INSPIRANTS

DESIGN INTÉRIEUR AU MAROC : 6 PROFILS INSPIRANTS

Ça ne vous aura pas échappé, le design intérieur au Maroc rime désormais avec créativité foisonnante et signatures affirmées. Encore faut-il choisir celle ou celui qui pourrait traduire vos envies. Tour d’horizon de quelques figures établies, ou talents émergents, qui façonneront les espaces de demain. 

Dans le bouillonnement créatif du design intérieur au Maroc, qui sont ceux qui font bouger les lignes ? Organisés tout récemment par le groupe Archimedia, les MIDA – Moroccan Interior Design Awards –, ont justement vocation à mettre en lumière des créatifs aguerris, de même qu’une nouvelle génération de talents audacieux. Mieux encore, ce nouvel observatoire des usages et des esthétiques a non seulement présenté des projets réinventant nos espaces de vie, mais aussi de travail et de partage, allant des maisons aux hôtels, des restaurants aux lieux de soin et aux espaces culturels. 

Au total, 19 lauréats ont été récompensés par un jury de figures reconnues du design, de l’architecture et de l’enseignement, parmi 73 projets. Le tout répartis en 16 catégories, reflétant la richesse des typologies et des pratiques du design intérieur au Maroc. Ce palmarès était complété par trois distinctions spéciales : le Prix spécial du jury, le Prix Archimedia et le Prix du public. En somme, un lieu de réflexion et de reconnaissance pour le secteur, ainsi qu’une mine d’inspirations et de contacts pour le grand public.


Mehdi Benmoussa : le Musée de l’élégance marocaine

Lauréat catégorie Éducation et espaces culturels” 

À la tête de son agence depuis 2014, Mehdi Benmoussa s’est fait peu à peu un nom dans le résidentiel, les espaces pro et les retail contemporains. Sa touche ? Des ambiances immersives et intemporelles créées par des jeux de volumes, de matières nobles et de lumières. Mais ce n’est pas tout, soucieux d’élargir son champ créatif, il s’est aussi lancé dans la conception de mobilier sur-mesure et de design d’espaces culturels. Un exercice réussi au Musée de l’élégance marocaine. Un espace patrimonial du XVIIe siècle, niché au cœur de la médina de Marrakech, transformé en un lieu de mémoire et de transmission. 

Sa mission était d’y déployer une scénographie à la fois contemporaine et inspirante, valorisant le dialogue entre l’architecture et la collection de près de 200 miniatures illustrant treize siècles de mode marocaine. Chaque salle se vit comme une immersion sensorielle où se lisent la richesse et la diversité des héritages culturels des peuples qui façonnent l’identité du Maroc. On aime aussi l’extension du parcours sur la terrasse avec en prime une boutique conceptuelle. De quoi faire vibrer l’artisanat d’aujourd’hui  avec les savoir-faire d’hier.

MB Interior Architects Interior Architects & Designers, Casablanca.


Mohamed Mlouki : Afiach, un atelier de valorisation de l’argan

Lauréat catégorie Meilleur PFE Masculin” 

Qui sait si ce jeune designer ne deviendra pas dans l’avenir une figure du design intérieur au Maroc ? En attendant, il a déjà attiré l’attention avec son projet de fin d’études engagé, pensé pour soutenir l’autonomisation économique des femmes amazighes. Son point fort ?  Il s’agit d’un espace modulaire en trois strates, inspiré de la coque de l’argan, symbole de force, de protection et de richesse naturelle. 

Ce projet séduit autant par son esthétisme que par son nom évocateur : Afiach, désignant en berbère l’argan brut et ses trois couches. D’ailleurs, sa forme singulière a été conçue en vue de déployer une identité forte et facilement reconnaissable, pensée pour s’implanter dans plusieurs villages de la région. Mieux encore, cette structure démontable et durable présente l’avantage d’être polyvalente. Elle peut se transformer en espace d’alphabétisation, de formation ou de projets agricoles communautaires, au-delà de la récolte et de la transformation de l’argan. 

On a aussi repéré sur son Insta les formes du paravent Taddagt, qui mêlent les courbes allongées des noix d’argan aux compositions géométriques des moucharabiehs. Une autre démonstration de la volonté du jeune architecte d’intérieur et designer d’objets de créer des pièces et des espaces capables de transmettre une émotion et de raconter une histoire.

Medox.lab, Rabat.


Selma Laraqui : SHALA 

Lauréate  Aménagements sportifs & prix spécial du jury

Cap sur Marrakech, où cet espace de yoga illustre combien le design intérieur au Maroc peut souligner les intentions de lieux dédiés au bien-être et à la transmission. Signifiant  “maison” en sanskrit,  Shala a été pensé comme un refuge vibrant, associant respect et ancrage. Résultat: aucun arbre déraciné, un bâtiment confondu dans son paysage et l’utilisation de matériaux traditionnels  : terre cuite, pierre de Ouarzazate, écailles émaillées de Tamegroute. Ce qu’on aime aussi, c’est qu’elle met volontairement en lumière les imperfections et traces du temps et du relief, pour s’affranchir de la quête de perfection et assouplir l’esprit. 

Et ce n’est pas tout. Ici, tout converge vers une même recherche d’équilibre. Le corps et l’esprit sont portés par une harmonie maîtrisée des matières, des textures et des tonalités. On retient aussi le recours à la symbolique, notamment celle du serpent incarnant la transformation, qui inspire la façade avec ses écailles et le chemin ondulant menant à la salle. À l’intérieur, le zellige aléatoirement excisé suggère une envolée d’oiseaux. Selma Laraqui est un profil à suivre, surtout pour une villa ou un retail empreint de poésie et de références à la terre et au vivant, du côté de la ville ocre.

AQSEL, Marrakech.


Youssef Benhamou : Maison d’hôte Arabia

Lauréat catégorie Hôtellerie

Vous avez peut-être déjà croisé le travail de cet architecte d’intérieur qui oscille entre résidentiel et retail au minimalisme chaleureux. Youssef aime le mélange de styles, d’époques et d’influences. Son petit truc en plus ? Des choix assumés, des textures et des détails qui apportent de la personnalité. Ce qu’il aime aussi, c’est mettre en résonance les traditions locales et le langage contemporain. Une démarche qui s’incarne pleinement dans la Maison d’hôte Arabia, située au cœur de la Palmeraie de Marrakech. 

Les volumes, circulations et perspectives ont été pensés pour mettre en valeur la nature, l’histoire et les textures. Chaque détail tisse un lien sensible entre héritage et modernité. On adore les accents Art Déco des portes sculpturales, les finitions traditionnelles (bejmat, zellige et tadelakt) dont les textures dialoguent avec une palette contemporaine sobre et graphique.  Clin d’œil également aux luminaires sur mesure habillés de tissus marocains et aux tableaux et objets chinés au fil des voyages. 

Last but not least, on vous conseille de le suivre aussi pour sa collection de mobilier Mindmade. Jetez un coup d’œil sur sa dernière collab avec Soufiane Zarib, Orbit. Cette dernière témoigne d’une ambition commune, celle de sublimer l’artisanat marocain au sein des intérieurs contemporains les plus raffinés.

benhamoustudio, Casablanca.


Sammy Bernoussi : Batma, des luminaires géants

Lauréat catégorie Conception lumière

Et si on s’arrêtait sur un autre élément clé du design intérieur au Maroc, la lumière ? On a repéré ce designer en pleine ascension qui, avec Batma, combine un jeu de cordage ingénieux et de fûts XXL en céramique. Plus que le dialogue entre art et artisanat, la forte dimension symbolique de sa pratique retient l’attention. Ainsi, son concept est inspiré de la forme du petit tambour tbila, y compris le système de suspension en corde nouée qui contribue à tendre le cuir de chèvre sur le tam-tam. Quant au nom Batma, il rend hommage au chanteur emblématique de Nass El Ghiwane, Laarbi Batma. Un clin d’œil du designer à l’héritage culturel transmis par son père et ses oncles. 

Polyvalent, Sammy Bernoussi est aussi un profil à suivre pour qui s’intéresse aux innovations durables et à un design soucieux de trouver sa place dans la culture populaire. 

Co-fondateur des studios N Fiberz et Hall Haus, Paris.
www.sammybernoussi.com


Lyla Lemseffer : Villa Huit 

Lauréate Catégorie  Première oeuvre”

Il y a fort à parier que cette jeune architecte d’intérieur et designer fera parler d’elle. Sa signature singulière a été distinguée lors des MIDA pour sa première réalisation : Villa Huit. À travers cette œuvre manifeste, c’est sa pratique libre, à la croisée de l’architecture intérieure, du design, de l’artisanat et de la narration spatiale, que l’on découvre.  L’atout charme ? Un jeu audacieux de textures, de formes et de contrastes chromatiques. Le tout contrebalançant   la rigueur des volumes. 

La star du projet étant le béton, on apprécie son traitement brut avec ses strates et imperfections qui évoquent les processus de construction. L’œil est aussi happé par l’intégration harmonieuse de pièces Space Age – tendance stylistique évoquant l’ère spatiale – aux formes arrondies et futuristes des années 1970, associées au fameux orange flamboyant. On retient aussi le dialogue entre compositions artisanales (zellige, tadelakt, mosaïque) et lignes contemporaines. 

Lyla Lemseffer, Casablanca.

Photo (c) : Mohamed Mlouki

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