ANATOMIE D’UNE FRÉNÉSIE : LABUBU, LE DOUDOU FLUO QUI REND FOU

ANATOMIE D’UNE FRÉNÉSIE : LABUBU, LE DOUDOU FLUO QUI REND FOU

Peluche mutante, star de TikTok, objet de spéculation : Labubu, né en Chine, affole la Gen Z et enrichit les millenials. Décryptage d’un phénomène aussi mignon qu’irrationnel. 


C’est quoi un Labubu ?

 

Grandes oreilles, dents pointues, sourire de gremlin sous acide : voici Labubu, mi-lapin mi-monstre, 100% icône pop. Né en 2015 de l’imaginaire du dessinateur hongkongais Kasing Lung dans une série de livres illustrés pour enfants (The Monsters), Labubu était déjà un personnage hybride, à la fois régressif et malicieux. Dès 2019, la marque chinoise Pop Mart le transforme en figurine à collectionner. Mais c’est en 2023, avec le lancement des porte-clés en peluche, que le phénomène explose pour de bon. Faciles à clipser sur un sac, vendus autour de 30 €, ces petites créatures deviennent virales sur TikTok – et se transforment en trophée générationnel.


Qui dirige ce cirque fluo ?

Son nom : Wang Ning, 38 ans, fondateur et PDG de Pop Mart. Fin avril 2025, il a vu sa fortune augmenter de 1,6 milliard de dollars en une seule journée, grâce à la flambée de l’action Pop Mart portée par l’engouement international autour de Labubu. En 2024, l’entreprise a généré 1,8 milliard de chiffre d’affaires, dont près de 400 millions uniquement sur les produits dérivés Labubu. 

La stratégie de Pop Mart repose sur une recette simple et redoutablement efficace : vendre des figurines via des boîtes mystères. On ne sait pas ce qu’on achète, chaque série contient des modèles rares voire secrets, incitant les fans à multiplier les achats. C’est un jeu de hasard habillé en kawaii : addictif, frustrant, euphorisant. Ajoutez à ça des collections ultra-limitées, des collaborations avec des designers et une communication rôdée sur TikTok et Instagram, et vous obtenez le jackpot.

En 2023, Pop Mart est même allé jusqu’à habiller un Airbus A320 entier. En collaboration avec Loong Air, l’avion a été transformé en “POP LAND” volant, décoré des personnages phares de la marque, dont Labubu. Un coup marketing stratosphérique, qui prouve que Pop Mart vend bien plus que des figurines, mais une expérience globale, invasive, calibrée pour coloniser l’imaginaire autant que la mode. 

À lire aussi : LES TENDANCES CHAT GPT : NOS COUPS DE CŒUR CRÉATIFS


Et l’État chinois dans tout ça ?

 

Parce que oui, Labubu est un pur produit du soft power chinois : imaginé à Hong Kong, industrialisé par Pop Mart, viral grâce à TikTok (autre joyau made in China) et distribué en flux tendu sur des apps comme Temu ou AliExpress. Mais quand une peluche devient plus désirable qu’un sac de luxe, le Parti commence à tousser.

Depuis mai 2025, le gouvernement a imposé des limites : interdiction de vendre Labubu aux moins de 8 ans, et autorisation parentale obligatoire jusqu’à 16 ans. Officiellement pour “protéger la jeunesse”. Et officieusement ? Parce qu’en Chine, les entrepreneurs à succès, visibles, internationaux et très suivis par la jeunesse deviennent vite gênants. Wang Ning, 38 ans, milliardaire en baskets, pourrait bien découvrir que le succès démesuré est rarement durable… 


Comment TikTok a fabriqué un monstre

@abby.isaac

It was meant to be🤷🏼‍♀️ #rhianna #labubuthemonsters #labubu #fypシ #viral

♬ she cannot beat my outfit – ★

 

Ce n’est pas Pop Mart qui a imposé Labubu à la planète : c’est TikTok. Les vidéos d’unboxing (#labubu) cumulent 1,5 million de publications. Les « drops » provoquent des crises de nerfs et les plus jeunes vivent le lancement d’une nouvelle série comme un défilé Jacquemus. Même les stars s’y sont msies. Dua Lipa, Rihanna, Lisa de Blackpink, et même Jamie Chua à Singapour exhibent leurs Labubu comme des Birkin mutants.

@enjoyphoenix

mon tout premier unboxing labubu 👀✨ #labubumacarons #labubuunboxing #labubuthemonsters

♬ son original – EnjoyPhoenix

À lire aussi : LUNETTES DE SOLEIL 2025 : LES 11 MODÈLES LES PLUS DÉSIRABLES DU MOMENT


Gen Z + Millennials : le duo toxico-affectif derrière Labubu

La Gen Z en est folle, les Millennials l’ont fabriqué. D’un côté, une jeunesse anxieuse, bercée par les crises et TikTok, qui voit en Labubu un doudou mutant, mignon mais un peu flingué – comme elle. À 30 €, c’est un petit shoot de réconfort accessible. À 400 € en revente, c’est un actif spéculatif camouflé en peluche. Addictif, frustrant, potentiellement glorieux : le jouet de la précarité émotionnelle.

De l’autre côté, les millennials, un peu plus âgés, souvent du côté des manettes : Wang Ning (38 ans) en tête, mais aussi tout un écosystème de marketeux, DA, stylistes et stratèges qui ont monté la hype Labubu comme on construit une micro-religion. Ce sont eux qui ont codé la rareté, scénarisé le mystère, infiltré les sacs de stars. Pour eux, Labubu n’est pas une peluche – c’est un case study en storytelling affectif. 


Est-ce le nouveau Kiki ?

Oui et non. Oui parce que c’est une peluche transgénérationnelle, reconnaissable, aimée. Non parce que le contexte a changé. Kiki, c’était les seventies et la montée en puissance de la classe moyenne. Labubu, c’est l’ère de la précarité chic, des millennials sous anxiolytiques et de la dopamine algorithmique. Là où Kiki rassurait, Labubu console mal. Et rend un peu crétin, aussi, quand on le traque à 4h du matin sur une app saturée.


Jusqu’où ira la folie ?

À Londres, Pop Mart a fermé sa boutique après des émeutes. À Paris, les files d’attente remontent l’avenue de l’Opéra. Des tickets coupe-file se revendent au marché noir. L’engouement pour Labubu vire à la foire d’empoigne.  Le 23 mai 2025, Pop Mart a publié un message Instagram promettant de “travailler à une nouvelle approche qui permettra à tout le monde d’avoir de façon plus équitable la chance d’acheter ces peluches”. Traduction : burn-out numérique collectif, mais on continue.

 

Et comme si ça ne suffisait pas, Labubu s’empare aussi des ongles : les manucures à son effigie cartonnent sur Instagram. Prochaine étape : une cryptomonnaie Lububu ? 

À lire aussi : INVESTIR DANS LA CRYPTO : COMMENT ÇA MARCHE?


Peut-on encore acheter un vrai Labubu ?

Sur le site de Pop Mart ? Bonne chance. Amazon ? En rupture. StockX ? Peut-être, si vous êtes prêts à faire une hypothèque (LOL). Et gare aux contrefaçons : les faux Labubu, surnommés « Lafufu », pullulent sur AliExpress, Temu ou eBay. Pour les repérer : pas de QR code fiable, des couleurs criardes, des dents approximatives (il doit y en avoir exactement neuf), et pas de tampon UV sur le pied droit comme chez les modèles officiels depuis 2024. 

Et pourtant… certains adorent les Lafufu. Pourquoi ? Parce qu’ils sont moins chers, parfois plus drôles, et surtout libres d’être modifiés. Le sous-fandom Lafufu prospère : customisation, memes, remix DIY. Un pied de nez aux logiques du luxe collector. Et si le faux devenait plus cool que l’original ?

No Comments Yet

Comments are closed

@shoelifer

Instagram