DROITS DES FEMMES AU MAROC : CES AVANCÉES DISCRÈTES QUI CHANGENT DÉJÀ LA VIE

DROITS DES FEMMES AU MAROC : CES AVANCÉES DISCRÈTES QUI CHANGENT DÉJÀ LA VIE

Les droits des femmes au Maroc avancent parfois loin des grands débats politiques. Deux mesures administratives récentes permettent désormais aux mères d’obtenir seules certains documents essentiels pour leurs enfants mineurs. L’occasion de revenir sur ces avancées concrètes et de faire un état des lieux de la réforme de la Moudawana, toujours en suspens.

Alors que la réforme de la Moudawana est toujours bloquée au Parlement, deux nouvelles mesures en faveur des droits des femmes au Maroc ont pourtant déjà été mises en place. Des évolutions administratives discrètes, presque passées sous les radars, mais qui changent concrètement la vie de nombreuses mères. En cette veille du 8 mars, la rédaction a voulu faire circuler l’information.


Le sésame vert 

La première remonte à mars 2024. Le ministère de l’Intérieur a adressé une circulaire aux préfectures et aux provinces du royaume concernant les passeports des enfants mineurs. Désormais, la mère peut demander l’établissement du passeport de son enfant sans avoir à fournir l’autorisation du père, à condition qu’elle donne elle-même son accord.

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Une nouvelle circulaire émanant du ministère de l’Intérieur au Maroc a récemment mis fin à une pratique longtemps établie : l’exigence de l’autorisation paternelle pour les passeports des enfants mineurs. Désormais, les mères marocaines ne seront plus assujetties à cette exigence, signalant ainsi une avancée significative dans les droits parentaux. Cette décision a été confirmée par plusieurs consulats marocains à l’étranger, qui ont diffusé un avis officiel aux ressortissants marocains résidant à l’étranger. Datée du vendredi 15 mars. Il reste à déterminer si cette mesure sera restreinte aux services consulaires à l’étranger ou si elle sera étendue à tous les niveaux administratifs nationaux. #maroc #morocco #passeport

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Pour de nombreuses mères, cette mesure est loin d’être anecdotique. Jusqu’ici, l’obtention d’un passeport pour un enfant mineur pouvait vite se transformer en casse-tête administratif. En cas de divorce, de séparation ou simplement de relations tendues entre parents, certaines femmes se retrouvaient dépendantes d’une signature paternelle impossible à obtenir. Un simple document pouvait alors devenir une source de blocage, de stress et parfois même de rapport de force. 

Avec cette circulaire, ce verrou saute enfin. Les mères peuvent désormais effectuer la démarche seules, sans craindre qu’un désaccord ou un silence du père ne vienne paralyser la situation. Pour beaucoup, c’est tout simplement un poids administratif et psychologique en moins, et une avancée très concrète dans les droits des femmes au Maroc.

Dans la foulée, plusieurs consulats marocains ont rapidement appliqué cette évolution. À New York comme à Madrid, des notes officielles ont confirmé que les mères n’avaient plus à solliciter l’autorisation du père pour l’obtention ou le renouvellement du passeport de leurs enfants. Pour de nombreuses familles de la diaspora, cette simplification a immédiatement changé la donne ici et ailleurs. 

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CNIE, démarche simplifiée 

Début février 2026, une deuxième avancée est venue compléter ce mouvement. Cette fois-ci, la décision émane de la Direction générale de la Sûreté nationale. La DGSN a décidé d’assouplir les formalités liées à l’obtention de la carte nationale d’identité électronique pour les enfants mineurs, obligatoire dès 16 ans révolus, mais qu’on peut demander à tout âge. 

Concrètement, les mères peuvent désormais accomplir seules l’ensemble des démarches pour obtenir la CNIE de leurs enfants. Elles n’ont plus à fournir d’autorisation du père ni de justificatif de garde légale.

L’objectif est simple. Mettre fin à des situations administratives devenues absurdes dans certaines familles. Lorsque les parents sont séparés, vivent loin l’un de l’autre ou entretiennent des relations conflictuelles, l’exigence d’une autorisation paternelle retardait souvent l’établissement des documents d’identité. Or ces papiers sont indispensables pour l’école, les démarches administratives ou les voyages.

En levant ces contraintes, les autorités cherchent à adapter les services publics aux réalités familiales d’aujourd’hui. La CNIE s’inscrit désormais dans la même logique que le passeport. Une harmonisation qui devrait soulager de nombreuses familles et qui constitue une avancée supplémentaire pour les droits des femmes au Maroc.

La mesure n’est toutefois pas automatique dans toutes les situations. Lorsqu’une décision de justice ou une opposition formelle existe, les règles habituelles continuent de s’appliquer.


La réforme de la Moudawana toujours en attente

Ces évolutions administratives ne remplacent évidemment pas la réforme de la Moudawana, attendue depuis plusieurs années et présentée comme un tournant majeur pour les droits des femmes au Maroc. Mais pour l’instant, le texte n’a toujours pas été voté par le Parlement. Le 5 janvier 2026, lors d’une séance des questions orales à la Chambre des représentants, le sujet a de nouveau ravivé les clivages politiques. À l’approche de la fin de la législature, le calendrier d’adoption du texte divise majorité et opposition.

Au sein de la coalition gouvernementale, plusieurs responsables plaident pour avancer avec prudence. Selon eux, la refonte du Code de la famille nécessite un consensus national large compte tenu de la sensibilité du sujet. Le député istiqlalien Allal El Omraoui a rappelé que ce chantier se déroule sous l’égide royale en tant qu’Amir Al Mouminine, ce qui lui confère une dimension particulière.

L’opposition se montre plus sceptique. Le Parti du progrès et du socialisme estime que le texte pourrait finalement ne pas être adopté avant la fin de la législature. Pour son chef de groupe parlementaire Rachid Hamouni, ce dossier sensible pourrait être laissé au prochain gouvernement.

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Ce que la réforme pourrait changer

Selon Aïcha Sakhri, directrice de publication du média Égalité Mag, la future réforme ne devrait pas bouleverser totalement le droit de la famille. Mais elle pourrait introduire plusieurs évolutions importantes pour les droits des femmes au Maroc.

Parmi les pistes évoquées figure l’instauration d’une tutelle parentale partagée entre le père et la mère, alors qu’aujourd’hui la tutelle légale reste principalement attribuée au père. L’âge permettant d’obtenir une dérogation pour le mariage des mineurs serait relevé à 17 ans avec un encadrement plus strict des demandes.

Autre évolution envisagée, les mères divorcées qui se remarient ne perdraient plus automatiquement la garde de leurs enfants. Le texte devrait également introduire une reconnaissance du travail domestique et du rôle économique des femmes au foyer, même si la forme précise de cette reconnaissance reste encore à définir.

 

En revanche, plusieurs sujets sensibles ne devraient pas évoluer. L’abolition du taassib dans l’héritage n’est pas envisagée. La succession entre conjoints de religion différente resterait exclue. Quant à la filiation des enfants nés hors mariage, la reconnaissance par test ADN ne devrait pas être intégrée.

Pour Aïcha Sakhri, malgré ces limites, le débat autour de la réforme a déjà produit un effet important. Les discussions ont permis de mettre certains sujets tabous sur la table et d’ouvrir un débat public inédit. Autrement dit, même avant son adoption, la réforme a déjà semé des graines pour faire avancer les droits des femmes au Maroc.

Photo (c) : Moroccan Touch

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