S’il y a bien un sujet qui stresse les parents, c’est celui du harcèlement scolaire. Et pour cause : il n’y a rien de pire que se sentir impuissant face à la souffrance de notre enfant. Bien souvent, notre réflexe sera de l’inciter à rendre coup pour coup, et pourtant ce n’est pas la meilleure façon de l’aider. On vous dit pourquoi.
Panique à bord ! Notre enfant est rentré de l’école en nous disant qu’il se fait “embêter” à la récré. Par réflexe, on s’empresse de lui dire de ne pas se laisser faire, de se montrer fort, tout en l’assommant de phrases à répliquer la prochaine fois. Mais un enfant ne devient pas fort en buvant nos paroles. Il devient fort en prenant confiance en lui… et aussi en nous, ses parents.
Lutter contre le harcèlement, c’est d’abord comprendre en quoi il consiste. La définition communément admise fait état d’une violence psychologique ou physique qui s’exerce sur le long terme par un ou plusieurs agresseurs à l’encontre d’un individu qui n’est pas en capacité de se défendre dans ce contexte précis. Ce qui est essentiel ici, c’est la notion de répétition dans le temps. Donc la première chose à faire est de réagir vite pour ne pas laisser la situation s’installer et empirer.
Le profil type de l’enfant harcelé n’existe pas
La notion de contexte permet aussi de relativiser. Comprendre qu’il n’est pas ostracisé partout permet à l’enfant de ne pas se dévaloriser. Être malmené à l’école ne l’empêche pas, par exemple, d’être tout à fait intégré dans son club de sport. C’est donc bien l’environnement qui est ici en cause : l’élève harcelé est victime de l’effet de groupe, bien connu pour favoriser l’émergence de la violence. Des études ont en effet démontré que pris individuellement, les auteurs de harcèlement ne sont pas forcément des brutes épaisses. Ils peuvent même se montrer sympathiques avec leurs victimes en dehors de l’école.
Le fait d’être harcelé ne signifie donc pas que votre enfant est “différent”. Personne n’est prédestiné à devenir une tête de Turc. Voilà déjà de quoi faire baisser le stress des parents, condition sine qua non pour accompagner son enfant sereinement. Le harcèlement scolaire, qu’il s’agisse des auteurs comme des victimes, peut toucher tout le monde sans distinction. C’est d’ailleurs pour cela que les camarades restent muets face aux agissements d’un élève violent, de peur d’en devenir un jour la cible à leur tour.
Maintenant qu’on a compris tout ça, on fait quoi ? Voici 4 choses à éviter si vous vous retrouvez dans cette situation.
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On évite de… contacter les parents
Quand notre enfant souffre de harcèlement, notre réflexe est d’appeler les parents de l’auteur des violences. Mais quand bien même on réussirait à présenter calmement les faits (ce qui n’est pas gagné !), le parent à l’autre bout du fil risque de se sentir attaqué dans l’éducation qu’il prodigue. Et il y a peu de chances qu’il réagisse bien, ce qui risque de venir grossir leproblème. Deuxièmement, régler ça entre parents prive l’enfant de son pouvoir personnel, qui est précisément la ressource dont il a besoin pour sortir de cette spirale. La thérapeute Emmanuelle Piquet, spécialisée dans l’accompagnement du harcèlement scolaire, est formelle : la solution réside dans la capacité de l’enfant à se défendre seul.

Ce qui se passe à l’école se règle à l’école. Si vous voyez que votre enfant ne parvient pas à gérer la situation seul malgré les outils que vous aurez mis à sa disposition (voir ci-dessous), contactez son enseignant, voire la direction de l’établissement. On l’a dit, l’effet de groupe favorise la violence. Le collectif provoque un effet d’entraînement et dépersonnalise les actes commis : on se sent moins responsable. C’est cette logique qu’il faut interroger dans le cadre de l’institution scolaire, qui est à l’origine de ces phénomènes de groupe.
On évite de… minimiser le phénomène
Le harcèlement scolaire n’est pas juste des “histoires de gosses”. L’implication des adultes est déterminante pour que l’enfant se sente pris au sérieux. Et pour cela, il a d’abord besoin d’être écouté, rejoint dans son émotion, validé dans ce qu’il ressent. Pourquoi ? Parce que ça va l’aider à se sentir plus sûr de lui, et dans le cas du harcèlement il en aura justement bien besoin. Car pour se faire respecter, il faut déjà se sentir respectable.
Lutter contre le harcèlement scolaire, ça se travaille tous les jours, dans toutes les situations du quotidien. À l’école, l’enseignant ne doit pas laisser un enfant en insulter un autre devant lui, cela instaurerait la règle tacite qu’il est acceptable d’agir de la sorte. L’enseignant peut même induire involontairement ce type de comportement en se moquant gentiment d’un élève devant toute la classe, par exemple. Implicitement, il désigne un bouc-émissaire et ouvre la brèche dans laquelle risquent de s’engouffrer certains élèves. Surtout quand on sait que l’éducation passe beaucoup plus par l’exemple que par les mots.
Idem à la maison : notre attitude à son égard doit lui montrer qu’il a droit au respect. On évitera donc de l’affubler de sobriquets, de stigmatiser ses faiblesses, de le ridiculiser, même sur un ton affectueux. Réfléchissez à la manière dont vous interagissez en famille, dont vous parlez à votre enfant, aux rapports au sein de la fratrie… Une phrase désobligeante, même déguisée sous un rire, reste une phrase désobligeante. Un “c’est pour rire” n’efface pas l’effet d’une moquerie. D’ailleurs a-t-on jamais vu quelqu’un s’esclaffer parce qu’on lui dit qu’il est trop gros/bête/timide/lent, etc. ?
On évite de… dramatiser la situation
À l’inverse, les parents de la victime doivent veiller à ne pas surréagir face au harcèlement scolaire. Plus facile à dire qu’à faire, nous direz-vous. Il est pourtant capital de distinguer ce qui appartient à l’enfant et ce qui appartient au parent. Notre progéniture n’a pas besoin de prendre en charge notre stress par-dessus le marché. Car le risque, c’est qu’il n’ose plus nous parler, de peur de nous alarmer. Plutôt que le culpabiliser en disant qu’on se fait du souci pour lui, on commence par le féliciter d’avoir eu le courage de s’exprimer et le remercier de nous faire confiance, car ça va nous permettre de l’aider.
Et puisque l’éducation passe par l’exemple –on ne le répétera jamais assez–, se laisser déborder par son stress devant l’enfant ne l’aidera certainement pas à gérer le sien. Si vraiment on se sent dépassé, on en profite pour utiliser devant lui les outils de retour au calme. En prenant soin de dire que nous ne sommes pas indifférents à sa souffrance, on peut formuler à voix haute le fait que nous ressentons du stress et que nous allons en prendre soin. Cela peut être avaler un verre d’eau, partir s’apaiser 5 minutes dans une autre pièce, faire un exercice de respiration… On revient ensuite en lui disant qu’on est à présent 100 % disponible pour l’écouter avec toute l’attention qu’il mérite.
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On évite de… rendre œil pour œil, dent pour dent
Alors, c’est certainement le plus difficile à admettre, surtout quand on veut protéger son enfant, mais la violence engendre la violence. Il ne sert donc à rien de lui conseiller de rendre mot pour mot et coup pour coup. L’auteur de harcèlement scolaire est généralement quelqu’un qui a besoin de prendre du pouvoir sur les autres pour ne pas mettre à nu ses faiblesses. Dans notre monde de brutes, il a compris que la meilleure défense, c’est l’attaque. Donc plus il se sentira menacé, plus il agressera. Cercle vicieux.

D’ailleurs, de manière générale, il vaut mieux éviter de conseiller à notre enfant ce qu’il doit dire ou faire. C’est à lui de trouver ses propres mots, toujours dans l’optique de renforcer son pouvoir personnel. Et aussi parce qu’il se les appropriera mieux si ça vient de lui. On peut toutefois l’aider en répétant avec lui des saynètes où l’on se met à la place de l’agresseur, afin qu’il s’entraîne à avoir de la répartie. Cela lui permettra d’avoir plus d’aplomb le moment venu. Pour s’exercer de façon ludique, le jeu de cartes “Takatakk à la récré” est parfait pour apprendre à ne pas se laisser marcher sur les pieds.
Parmi les pistes à explorer, celle de l’indifférence. Un “et alors ?” asséné avec assurance peut s’avérer fort utile pour fermer le clapet des enquiquineurs. Imaginons un enfant qui lance : “Elles sont trop moches tes lunettes !”. Et alors ? “Alors ça te donne l’air trop bête”. Et alors ? Ainsi de suite, jusqu’à ce que le “harceleur” ne trouve plus rien à répliquer. Jouer la carte de l’empathie, en allant dans le sens de celui qui agresse, peut également s’avérer payant, comme le suggère le psychiatre Philippe Aïm. S’il s’en prend au look d’un élève par exemple, ce dernier pourra par exemple lui répondre : “C’est vrai, je n’ai pas un aussi beau pull que toi, le mien est un peu ridicule. Tu as de la chance d’avoir de beaux vêtements comme ça”. Puis tout de suite enchaîner par une question marquant l’intérêt : “Il a été acheté où le tien ?”. L’idée étant de parvenir à engager un échange non violent.
Encore une fois, l’essentiel est d’amener l’enfant victime de harcèlement scolaire à trouver ses propres ressources. Courage les parents !