Le lâcher-prise, un mot redouté par la plupart d’entre nous, et pour cause… Il ne s’agit pas de tout plaquer pour élever des chèvres dans la pampa. Le lâcher-prise, c’est plutôt une manière d’aborder la vie (et surtout ses emmerdes) avec un peu plus de lucidité, de souplesse et de justesse. Dit comme ça, ça a l’air simple. En pratique, c’est une autre histoire.
Le lâcher-prise serait, selon certains, la clé du bonheur. C’est en tout cas LE concept fétiche de l’univers tentaculaire du développement personnel, repris à toutes les sauces par des coachs 2.0, des psys, des vidéos TikTok et autres podcasts bien-être à la chaîne. Rigoureuse et méthodique (LOL), l’auteure de ces lignes a tapé “lâcher-prise” dans son moteur de recherche préféré. Résultat : une avalanche de livres, de méthodes, de programmes et de promesses disponibles en un clic, livrés demain, bonheur inclus ou remboursé.
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Lâcher-prise : entre abandonner et tenir bon
Petit florilège non exhaustif : Lâcher-prise, le plus court chemin pour se libérer des blocages du Dr David R. Hawkins, Foutez-vous la paix et commencez à vivre de Fabrice Midal, ou encore L’art subtil de s’en foutre de Mark Manson, best-seller mondial et chouchou des bouquinistes de Casa comme de Rabat.
Ne nous méprenons pas : un être humain est confronté à des événements, des échecs, des frustrations. Ressentir des émotions, y penser, parfois beaucoup, est parfaitement normal. Le lâcher-prise devient intéressant lorsque la machine s’emballe : quand les pensées tournent en boucle, deviennent anxiogènes, envahissantes, voire paralysantes.
Mais concrètement, ça veut dire quoi ? Renoncer à contrôler ce qui ne dépend pas de nous. Cesser de ruminer le passé ou de fantasmer un futur hypothétique. Être ancré dans le présent, sans sombrer ni dans le fatalisme ni dans le déni. Accepter les faits ( rien que les faits) et agir là où notre marge de manœuvre est réelle.
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À bas l’abstrait, vive le concret
Exemple n°1 : vous performez au boulot, vous demandez une augmentation, votre hiérarchie temporise. Ruminer ne changera rien. Se raconter des films non plus. Vous avez fait votre part, correctement. Le reste ne vous appartient pas. Lâcher prise, ici, c’est arrêter de vous flageller pour quelque chose que vous ne contrôlez plus.
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Exemple n°2 : vous aviez le sentiment d’une histoire inachevée avec un ex, vous lui avez parlé. Il est déjà avec quelqu’un d’autre ? Lâchez prise. Vous avez été aligné(e), honnête, courageux(se). Le reste ne dépend pas de vous. Mieux vaut des remords que des regrets. Mais, on en reparlera quand nous serons tous très, très âgés.
Exemple n°3 : votre mère vous exaspère. Vous la trouvez immature, égoïste, décevante. Lâcher prise, ce n’est pas excuser. C’est comprendre qu’elle n’est pas que votre mère, mais un individu avec ses propres failles et ses propres bagages. Aucun proche n’est un couteau suisse émotionnel. Prenez ce qu’elle peut offrir, allez chercher le reste ailleurs. Ou en vous.
Un processus, pas une recette miracle
Évidemment, le lâcher-prise est plus facile à théoriser qu’à pratiquer. Il n’existe ni mode d’emploi universel, ni déclic magique. C’est un processus. Il peut passer par un travail thérapeutique, par l’introspection, par la respiration (sous-cotée, vraiment), par le mouvement, par des projets qui redonnent de l’élan. On ne lâche pas prise une bonne fois pour toutes : on lâche, on reprend, on relâche.
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Certain(e)s trouvent aussi du sens dans la spiritualité ou l’ésotérisme. Le concept de lâcher-prise est d’ailleurs ancien, issu de traditions orientales avant d’être recyclé par les mouvements hippies puis le développement personnel occidental. On le retrouve symboliquement dans le Tarot de Marseille, avec le Mat, le Pendu ou encore l’Arcane sans Nom. Autant de figures de rupture, de bascule, de dépouillement.
Non aux injonctions, vraiment
Attention toutefois aux dérives. Dire à quelqu’un en souffrance de “lâcher prise” est souvent maladroit, parfois violent. Éviter ses émotions, les anesthésier par le travail, la fête ou l’alcool n’a jamais réglé grand-chose. Oui, on a le droit d’être triste, inquiet, en colère. Et non, cela ne fait pas de nous des personnes faibles ou pénibles.
Ces derniers temps, certains gourous relient le lâcher-prise à la fameuse loi de l’attraction : si vous n’y arrivez pas, ce serait de votre faute. Vous bloqueriez les opportunités. Vous attireriez le négatif. Autrement dit : culpabilité + peur, combo gagnant. Un conseil ? Fuyez.
Parfois, lâcher prise, c’est beaucoup plus simple que ça. Respirer. Prendre une douche. S’allonger sur son canapé. Regarder une bonne série. Et, surtout, arrêter de se faire violence.