Le sacre des Lionceaux de l’Atlas au Mondial U20 n’a rien d’un miracle. Fruit d’un travail patient, d’une formation d’élite et d’une vision royale, il révèle les ressorts d’un modèle sportif désormais prêt à rivaliser avec les plus grandes nations. Shoelifer décrypte les dessous d’un triomphe.
Le 19 octobre 2025, à Santiago du Chili, les Lionceaux de l’Atlas U20 ont fait basculer l’histoire en battant l’Argentine, sextuple championne du monde. Un superbe 2–0 réalisé grâce à un doublé de Yassir Zabiri (12e et 29e minutes). Jamais le Maroc n’avait remporté de Coupe du monde, toutes catégories confondues.
Leur sélectionneur, Mohamed Ouahbi, avait pourtant annoncé la couleur avant même le début du tournoi : “Nous pouvons gagner”. Une déclaration passée quasi inaperçue. La presse nationale, elle, a même confondu son nom avec celui du ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi. Un lapsus révélateur : personne, ou presque, ne connaissait ce sélectionneur et ne s’attendait à ce que cette équipe aille aussi loin. Et pourtant, ces jeunes Lionceaux sont sortis premiers d’un groupe de la mort (Brésil, Espagne, Mexique) avant de balayer la France en demi-finale, puis l’Argentine en finale. Une victoire synonyme de deuxième sacre africain dans l’histoire du Mondial U20 – après celui du Ghana en 2009 – mais, surtout, d’un basculement symbolique : le Maroc forme désormais pour gagner.
Shoelifer vous livre trois clés pour comprendre comment le Maroc a réécrit l’histoire du football U20 – et ce que cela annonce pour la suite.
Lire aussi : KARIM TOUIJER, L’HOMME QUI REDÉFINIT L’UROLOGIE MONDIALE
Clé n°1 : Mohamed Ouahbi, l’homme qui a transformé les U20 en champions
Longtemps ignoré, Mohamed Ouahbi est aujourd’hui salué comme l’artisan de ce triomphe. Sélectionneur des U20 depuis 2022, il a méthodiquement reconstruit une équipe sur des valeurs simples : discipline, cohésion, confiance. Diplômé UEFA Pro (licence) et passé par l’Académie d’Anderlecht en Belgique, il connaît la science du jeu mais aussi la psychologie des jeunes talents. Son mantra, “pas d’excuses, pas de reproches”, signifie qu’aucun joueur n’a le droit de se réfugier derrière les circonstances. La défaite comme la victoire appartiennent à l’équipe entière. Pressing coordonné, transitions rapides, verticalité chirurgicale, les U20 marocains ont gagné moins par la magie que par la maîtrise.
Humilité et lucidité complètent le portrait. “Je ne suis pas le meilleur entraîneur, je suis celui de la meilleure équipe”, a-t-il confié à la FIFA. Le roi Mohammed VI, qui a suivi le tournoi “avec une immense joie et une profonde fierté”, lui a adressé ses félicitations, saluant “la confiance, la cohésion et le professionnalisme” des Lionceaux, qui font de cette réussite “un exploit historique”. À leur retour, Ouahbi et ses joueurs ont été acclamés par la foule et reçus en grande pompe au Palais royal.
Clé n°2 : L’Académie Mohammed VI, socle du renouveau marocain
Ce sacre n’est pas un miracle. C’est la conséquence d’une stratégie amorcée il y a quinze ans. Lancée en 2010 à Salé, l’Académie Mohammed VI de football s’étend sur 18 hectares et symbolise la vision royale d’un football marocain autosuffisant. Financée à titre personnel par le souverain à hauteur de 656 milliards de dirhams, elle a pour mission de former localement l’élite nationale, tout en assurant aux jeunes un cursus scolaire complet. Le journaliste Jassim Ahdani, passionné de football et auteur d’un reportage sur l’Académie en 2024, la décrit comme “l’équivalent de Clairefontaine en France”.
Douze antennes régionales repèrent les talents entre 9 et 12 ans. Sur près de 400 jeunes testés chaque année, seuls quatorze rejoignent le campus principal. La moitié de l’effectif U20 sacré à Santiago vient directement de l’Académie royale. Une réussite que l’on doit aussi à la Fédération, conduite depuis 2014 par Fouzi Lekjaa, qui a professionnalisé les clubs, restructuré les compétitions et instauré une culture de la performance à tous les niveaux.
En 2014, le football marocain était au plus bas avec trois participations manquées aux Coupes du monde depuis 1998. Puis est venu le sursaut : les Assises du sport à Skhirate (2015), la relance de la Fédération, et la conviction que le sport, et tout particulièrement le foot, est un instrument de soft power. Dix ans plus tard, le Maroc récolte les fruits avec les qualifications au Mondial 2018, la demi-finale historique au Qatar en 2022, la médaille de bronze olympique à Paris en 2024 et le titre mondial U20 en 2025. Cerise sur la gâteau : co-organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal.
Lire aussi : TENDANCE MODE HOMME : LE GUIDE ULTIME DES STYLES À ADOPTER CET HIVER
Clé n°3 : Une génération dorée déjà tournée vers 2030
Ce Mondial U20 a révélé une équipe exceptionnelle. Parmi les quatre noms à retenir, il y a bien-sûr Yassir Zabiri, meilleur buteur du tournoi et auteur d’une panenka mémorable contre la France avant son doublé en finale. Né à Marrakech, pur produit de l’Académie Mohammed VI, il joue aujourd’hui au Portugal.
Othmane Maamma, élu meilleur joueur du Mondial, séduit par sa vivacité et sa conduite de balle à la Eden Hazard. Fils d’un chef de tbourida à Khemisset, formé à Montpellier, il évolue à Watford (Londres). Naïm Biyar, ancien international français U17, est la sentinelle du groupe avec sa lecture du jeu, ses interceptions, et son sang-froid – un Deschamps moderne. Enfin, Yassine Gessime, dribbleur instinctif, joue actuellement à Dunkerque. Quatre styles, une même génération. Pour Jassim Ahdani, “ces joueurs seront les cadres des Lions de l’Atlas au Mondial 2030”. Et surtout, ils sont formés au Maroc, non plus exclusivement en Europe. Un renversement historique dans un débat qui a longtemps fait polémique.
Et maintenant ?
La victoire des U20 ne clôt pas un cycle, elle en ouvre un. Pour les supporters, elle symbolise un rêve collectif : “Si Dieu le veut, on va gagner la vraie Coupe du monde en 2030 !”, lançait un fan à Rabat après la finale. Déjà, lors de l’attribution de la CAN 2025, la CAF qualifiait le Maroc de “locomotive du football africain”. Un titre symbolique qui trouve aujourd’hui tout son sens.
Mais au-delà du terrain, c’est une autre image du royaume qui s’impose. Celle d’une nation qui croit en son talent, qui forme, qui bâtit, et qui fait du sport un langage d’influence. Les Lionceaux ont ouvert la voie. Aux Lions, désormais, de rugir plus fort encore lors de la CAN 2025, organisée à domicile, du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026.