ILHAM MESTOUR, LA HAIRSTYLIST STAR MAROCAINE QUI CARTONNE À L’ÉTRANGER

ILHAM MESTOUR, LA HAIRSTYLIST STAR MAROCAINE QUI CARTONNE À L’ÉTRANGER

Habituée des défilés, shootings photo et red carpets, Ilham Mestour, la hairstylist star d’origine marocaine est un véritable ponte dans son domaine. Plus que ça, elle est une réelle artiste qui transforme chaque coiffure en œuvre d’art. D’ailleurs, plusieurs de ses réalisations sont actuellement exposées à la “MODA Moroccan Fashion Statements” à Utrecht, rien que ça ! Nous sommes partis à sa rencontre.

Vous le savez sans doute, chez Shoelifer, on aime les success stories inspirantes, notamment celles des Marocains qui réussissent à l’étranger. C’est donc tout naturellement que l’on a souhaité en savoir plus sur la hairstylist star Ilham Mestour. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais son parcours parle pour elle. Actuelle directrice artistique de Balmain Hair Couture, la Marocaine de 50 ans a travaillé sur les plus grands défilés du monde entier. Elle a ainsi conçu des coiffures en coulisses pour Gucci, Armani, Valentino, Burberry, Givenchy, Fendi, Rick Owens, pour ne citer que ceux-là. 

Réputée pour son sens créatif et ses coiffures volumineuses, Ilham Mestour est aussi régulièrement sollicitée pour coiffer les stars en Une de Vogue, Vanity Fair, Harper’s Bazaar, V Magazine, etc. Elle est d’ailleurs nominée dans la catégorie “Femme de l’année 2024” du magazine Harper’s Bazaar. Parmi ses fidèles clientes, on retrouve Naomi Campbell, Kate Moss, Doutzen Kroes, Imaan Hammam ou encore la reine Máxima des Pays-Bas. La hairstylist star est en effet installée en Hollande depuis plusieurs années. Mais c’est bien à Casablanca, sa ville natale, que sa passion pour la coiffure est née. Petite, elle aimait passer des heures dans les salons de beauté pendant la saison des mariages. C’est en voyant ces femmes se transformer et prendre confiance en elles une fois apprêtées que sa vocation s’est dessinée. 

Si Ilham a quitté le Maroc à l’adolescence, elle reste très attachée à son pays d’origine et ne rate pas une occasion de mettre en valeur son héritage. Pour preuve, son installation à l’exposition “MODA” s’inspire des coiffures traditionnelles marocaines. Elle travaille également depuis quatre ans avec le prix Fashion Trust Arabia où elle est en charge de toutes les mises en beauté coiffure. La Marocaine sera donc présente à la fin du mois à Marrakech pour la 6e édition. Enfin, Ilham organise tous les ans des stages destinés à la jeune génération de coiffeurs afin de leur permettre, à leur tour, de devenir de véritables hairstylist stars. Une carrière bien remplie !


Vous avez grandi entre Casablanca et les Pays-Bas, c’est bien ça ?

Exactement. Mes parents vivaient déjà aux Pays-Bas mais ma mère a décidé d’accoucher au Maroc, c’est pour ça que je suis née à Casablanca. Nous sommes ensuite retournés en Hollande alors que je n’étais qu’un nourrisson. Par la suite, nous venions en vacances au Maroc tous les ans. Puis, à l’âge de 8 ans, je n’ai pas eu envie de repartir. Ce qui devait être un voyage de 3 semaines a duré 6 ans. Je suis restée vivre chez mes grands-parents et je suis allée à l’école ici. Je ne voyais mes parents que deux ou trois fois par an mais j’aimais être là. 

J’ai eu la chance de vivre une enfance merveilleuse au Maroc. Cependant, à l’âge de 15 ans, mes parents ont pensé qu’il serait préférable que je retourne en Hollande pour poursuivre mes études et planifier mon avenir. Ils espéraient que je devienne avocate ou médecin alors que moi j’étais passionnée par la coiffure. Dans l’esprit de ma mère, le métier de coiffeuse était celui de personnes qui ne savaient pas quoi faire d’autre de leur vie. Je me suis donc battue pour lui prouver qu’un avenir dans ce domaine était possible et qu’elle pouvait être fière de moi.

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Justement, qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir hairstylist ? 

Le pouvoir de transformation m’a toujours fascinée. Quand j’étais jeune, j’aimais brosser et sécher les cheveux de mes tantes. Je les regardais alors changer d’apparence mais aussi gagner en confiance. Les cheveux ont la capacité de donner du pouvoir, d’élever la personne et de la faire se sentir belle. C’est là que ma passion a commencé. Savoir qu’il était possible de procurer à quelqu’un ce sentiment d’assurance, ça m’a tout de suite attiré. 

Après avoir déménagé aux Pays-Bas, j’ai souhaité suivre cette voie, malgré les réticences de ma famille. Je savais au fond de moi que la coiffure était ma vocation. J’ai donc commencé par suivre une formation de quatre ans. Puis, j’ai travaillé auprès de professionnels du secteur pour continuer à progresser. J’ai vraiment cherché toutes les occasions qui me permettaient de mettre en valeur mon talent, jusqu’à devenir hairstylist star.


Vous avez participé à de nombreux défilés, réalisé plusieurs couvertures de magazines, coiffé les plus grandes stars et êtes actuellement directrice artistique de Balmain Hair Couture. Comment en êtes-vous arrivée là ? 

Je dirai que c’est un mélange de travail acharné, de résilience et de passion. J’ai eu le privilège de travailler avec certains des plus grands noms de la mode et de la coiffure pour de nombreuses couvertures de magazines. Mais au-delà de ça, devenir directrice artistique de Balmain Hair Couture a été un moment déterminant pour moi. C’est en effet le résultat de nombreuses années de dévouement et de perfectionnement. J’ai toujours cherché à apprendre et à grandir. 

De manière générale, je crois qu’il faut créer ses propres opportunités. Rien ne tombe du ciel. Pour la petite histoire, lors de mon tout premier défilé à Paris, j’ai été étonnée d’apprendre que je ne pouvais pas toucher les cheveux des mannequins. Je devais simplement donner les pinces et la laque aux hairstylists seniors. Mais dès que l’un deux s’est éloigné, j’en ai profité pour réaliser un chignon sur un modèle. Mon travail a été salué et j’ai été autorisée à coiffer d’autres mannequins.


À qui ou à quoi devez-vous votre succès ?  

Je dois une grande partie de mon succès à ma famille qui, malgré ses doutes, a toujours été mon plus grand soutien. L’éthique de travail de mon grand-père, la joie qu’il éprouvait dans ce qu’il faisait, m’ont également profondément influencée. Et bien sûr, les incroyables mentors que j’ai eu tout au long de mon parcours. Qu’il s’agisse des coiffeurs ou des créateurs de mode, tous ont largement contribué à ma réussite. Mais je dois aussi ce succès à moi-même, à ma détermination et à mon refus d’abandonner quand les choses se sont compliquées. Le succès ne se résume pas au talent, il s’agit de persévérance et de volonté de continuer, même lorsque le chemin n’est pas clair.

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Y a-t-il eu des obstacles à surmonter en cours de route ?

Absolument, il y en a eu beaucoup. Le déménagement du Maroc aux Pays-Bas était un défi en soi. J’ai dû laisser derrière moi la vie et la famille que je connaissais. Poursuivre une carrière dans la coiffure a également été difficile. Mais chaque obstacle ne faisait que me rendre plus déterminée à réussir. Je me souviens avoir travaillé de longues heures, avoir multiplié les petits boulots pour payer mes cours et ressentir constamment la pression de prouver ma valeur, surtout à mes parents. Je savais que je suivais mon cœur, et cela m’a donné la force de surmonter tout ce qui se trouvait sur mon chemin.


Des rencontres décisives ?  

Une des rencontres les plus décisives de ma carrière a été avec Luigi Murenu, un véritable maître dans le monde de la coiffure. Travailler sous ses ordres pendant près d’une décennie a été transformateur. Il ne m’a pas seulement enseigné des compétences techniques, il m’a appris à voir les cheveux comme une forme d’art, à comprendre leur mouvement, leur texture et comment ils pouvaient être utilisés pour raconter une histoire. C’est un véritable mentor qui m’a permis de faire évoluer mon travail de coiffure vers quelque chose de beaucoup plus créatif et expressif.


Votre style est en effet plus orienté vers l’art que la coiffure classique. D’où vous vient cette inspiration ?  

Je trouve l’inspiration un peu partout, mais mon héritage joue un rôle important dans ma créativité. La culture marocaine, avec ses traditions profondes et son art complexe, m’inspire pour repousser les limites de ce que peuvent être les cheveux. Je ne les vois pas simplement comme quelque chose à coiffer mais comme un moyen de créer de l’art. Mon travail tend à se concentrer sur la fusion des techniques traditionnelles avec des concepts modernes et avant-gardistes. Il s’agit de créer quelque chose qui touche les gens, comme toute autre forme d’art.


Vous venez d’ailleurs de réaliser une installation dédiée au cheveu pour l’exposition marocaine “MODA” qui se tient actuellement à Utrecht. La transition vers une carrière artistique est-elle la prochaine étape logique pour vous ?

Oui, je pense que la transition vers une expression plus artistique de la coiffure me semble naturelle. L’exposition “MODA” au Centraal Museum d’Utrecht est un parfait exemple de la façon dont je fusionne le passé avec le présent. L’installation que j’ai créée est une ode à mon héritage et aux coiffures traditionnelles marocaines qui m’ont inspiré tout au long de ma carrière. Pour moi, il ne s’agit plus seulement de créer de beaux looks pour des mannequins ou des défilés ; mais de raconter une histoire à travers les cheveux et de partager ma culture avec le monde.


Vos origines marocaines ont-elles été un atout dans votre carrière ? Comment influencent-elles votre travail ?  

Absolument. Mes racines marocaines sont au cœur de qui je suis et de la façon dont j’aborde mon travail. Les traditions, la place accordée à la beauté, le lien fort que j’entretiens avec ma famille et mon héritage, tout cela m’a beaucoup influencée. Quand je coiffe des cheveux, que ce soit pour un défilé ou un client personnel, je suis toujours inspirée par les coiffures complexes et artistiques qui font partie de la culture marocaine. Mes origines m’ont donné une perspective unique dans le monde de la mode, et je suis fière d’apporter cette influence dans mon travail.

 

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Quels sont vos projets pour l’avenir ? 

Le futur est très excitant ! Je travaille sur plusieurs projets qui mêlent mode et art, et j’étends mon travail à des expressions plus créatives de la coiffure. Je suis aussi concentrée sur mon académie, où je veux transmettre tout ce que j’ai appris à la prochaine génération de hairstylist stars. Je ne dirige pas cette école toute l’année. Une fois par an, je propose un stage de trois mois aux coiffeurs qui veulent évoluer dans le secteur de la mode. Je leur transmets alors toutes mes connaissances et ma passion. 

À la fin, ils ont la chance de rejoindre mon équipe et de travailler avec moi en tant que hairstylist dans les coulisses à Paris. Quand j’ai commencé dans l’industrie de la mode, c’était vraiment difficile. Je n’avais personne pour me guider ou me dire comment les choses fonctionnaient, j’ai dû tout comprendre seule. Par le biais de mon programme, je guide des jeunes talents et leur offre la possibilité de poursuivre leur passion et de réaliser leurs rêves. Il s’agit de passer le flambeau, de les aider à grandir et de leur faciliter la vie en partageant tout mon savoir.


Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent vivre de leur passion ? 

Mon conseil est simple : suivez votre cœur, et ne renoncez jamais. Plus important encore, croyez en vous et en votre vision. Si vous restez fidèle à cela, vous pouvez tout réaliser.

Photo (c) : Tara Levy

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