Dédiée à la prévention et au dépistage du cancer du sein chez la femme, la campagne Octobre rose 2025 est aussi l’occasion de rappeler l’importance des soins de support. En plus des traitements médicaux, il existe en effet une multitude de méthodes complémentaires destinées à accompagner les patientes et leurs proches. On fait le point avec le Dr Myriam Nciri, médecin hypnothérapeute et présidente fondatrice de l’association Dar Zhor.
Chaque année, le mois d’octobre nous rappelle une triste réalité. Malgré des avancées en termes de dépistages et de traitements, le cancer du sein reste le cancer féminin le plus fréquent dans le monde. Ainsi, une femme sur huit sera touchée par cette maladie au cours de sa vie. Il est également le plus meurtrier. En 2022, on estimait à 2,3 millions le nombre de femmes chez qui un cancer du sein a été diagnostiqué, provoquant alors 670 000 décès dans le monde.
Au Maroc aussi, les chiffres sont tout aussi préoccupants puisque cette maladie représente environ 36% des cancers féminins. Pourtant, on le sait, une bonne prise en charge augmente significativement les chances de guérison, notamment si la pathologie est détectée tôt. C’est pour cela que la campagne Octobre rose 2025 insiste chaque année sur l’importance de l’auto-palpation et du dépistage précoce du cancer du sein.
Mais ce mois particulier permet aussi de mettre en lumière les différents accompagnements proposés aux patientes. Au-delà des traitements médicaux comme la chirurgie, la radiothérapie ou la chimiothérapie, les soins de support occupent une place centrale. Ces derniers regroupent l’ensemble des prises en charge complémentaires destinées à accompagner les patientes et leurs proches tout au long du parcours. Leur objectif étant de soulager les effets secondaires, améliorer le confort et soutenir le moral. Au Maroc, l’association Dar Zhor fait office de pionnière dans le domaine. Elle est aujourd’hui rejointe par de nouveaux centres qui voient le jour, comme Nisae, dont le credo est d’accompagner les femmes à chaque étape de leur vie.
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Des bienfaits prouvés
“Le terme soins de support nous vient de l’anglais supportive care. On parle également de médecine intégrative, c’est-à-dire que l’on va intégrer au traitement conventionnel du cancer des thérapies complémentaires qui sont reconnues pour leur efficacité. Notamment l’hypnose, l’activité physique adaptée, l’art thérapie, la sophrologie, les groupes de parole…”, explique Myriam Nciri. De nombreuses études démontrent en effet l’importance et les bienfaits des soins de support dans le parcours des patients. “Lorsque l’on combine le meilleur de la médecine conventionnelle et le meilleur des thérapies complémentaires, on offre le meilleur des traitements à un malade. Par exemple, lorsqu’une personne atteinte de cancer pratique régulièrement une activité physique adaptée, elle réduit de 30 à 40% le risque de récidives”, détaille l’hypnothérapeute. Mais attention, toutes les médecines douces ne sont pas reconnues scientifiquement pour leur efficacité.
À ce sujet, Dar Zhor a récemment mené une étude avec une chercheuse, professeure de sociologie à la faculté des Sciences de Fès, pour démontrer les bienfaits des activités proposées au sein de l’association. “Les résultats seront partagés le 30 octobre prochain lors d’une conférence de presse. Cette étude a déjà été présentée à la Multinational Association of Supportive Care in Cancer (MASCC) à Washington. Ainsi qu’à l’ASCO (American Society of Clinical Oncology), qui est l’un des plus grands congrès d’oncologie au monde”, énumère Myriam Nciri.
Deux reconnaissances internationales qui attestent que le parcours de soins proposé à Dar Zhor a un impact très positif sur les patients. Les soins de support se doivent alors d’être un objectif prioritaire dans le parcours d’une patiente atteinte de cancer du sein (ou autre d’ailleurs), afin de lui donner toutes les chances de traverser au mieux cette épreuve.
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Bénéficier d’un accompagnement adapté
Depuis 2016, l’association Dar Zhor offre un parcours de soins précis aux patients atteints de cancers (hommes et femmes) et à leurs proches. Celui-ci est basé sur quatre axes : le soutien psychologique, l’activité physique adaptée, la nutrition ainsi que des soins individuels de bien-être. Chaque accompagnement, proposé gratuitement, est entièrement personnalisé. Celui-ci démarre dès l’annonce du diagnostic et s’étend jusqu’à 6 mois après la fin des traitements.
“Un premier entretien de 30 à 45 minutes permet d’étudier l’état psychologique du patient, le stade du traitement où il se trouve et donc de tracer un parcours adapté. Certains préféreront bénéficier de soutiens individuels avec des psychologues, d’autres souhaiteront s’exprimer à travers l’art ou des groupes de paroles, etc.”, détaille Majda Gharbi, directrice de l’association Dar Zhor.
Le soutien psychologique est en effet indispensable face à l’anxiété et à l’impact émotionnel de la maladie. Il est toujours plus facile de partager ce que l’on traverse avec des personnes qui vivent la même chose plutôt qu’avec ses proches. “Le groupe de parole créé du lien et permet de sortir de l’isolement. Il y a d’ailleurs de multiples études scientifiques qui démontrent son efficacité. Notamment dans un cancer du sein métastatique. Il est prouvé qu’assister à un groupe de parole régulièrement augmente les chances de survie de 18 mois. Dans la vie d’une femme, c’est énorme”, ajoute le Dr Nciri. L’hypnose est également un outil thérapeutique très intéressant pour agir sur la dépression, l’anxiété, la douleur, le sommeil…
Un éventail d’activités pour prendre soin de soi
En plus du soutien psychologique, l’art thérapie occupe une place importante à Dar Zhor. Des séances de découpage, de peinture, de danse ou encore de musique y sont régulièrement proposées. D’ailleurs, plusieurs femmes atteintes de cancer du sein ont mis sur pied une pièce de théâtre traitant de leur vécu de la maladie. Un spectacle riche de sens qu’il est possible de découvrir au cours de deux représentations prévues les 3 et 5 octobre prochains.
L’activité physique adaptée regroupe elle aussi plusieurs disciplines qui agissent sur la respiration, les mouvements du corps, l’équilibre. On y retrouve des séances de yoga, de sophrologie, de Qi Gong (pratique de bien-être chinoise ancestrale combinant mouvements lents, exercices de respiration et concentration) ou encore de Tenchi Tessen. Cette activité originaire du Portugal puise ses racines dans les arts japonais du Iaido et de l’aïkido. Il permet, à l’aide d’éventails, de trouver la sérénité et de se déconnecter de la maladie.
Enfin, l’alimentation et le bien-être esthétique viennent compléter ce parcours de soins. “La nutrition est essentielle dans le chemin de la guérison. On sait qu’une bonne alimentation va aider le patient à mieux supporter ses traitements. On les aide alors à savoir quoi manger, comment…”, détaille l’hypnothérapeute. Tout comme l’onco-esthétique, pratiquée par des esthéticiennes dotées d’une formation spécifique. Elles proposent des massages, apprennent aux patientes comment se maquiller, tracer leurs sourcils, prendre soin de leur cuir chevelu et de leur peau desséchée.
L’association cherche également à proposer dans un futur proche des séances de dermo-pigmentation afin d’offrir la possibilité de redessiner le mamelon à l’aide d’un tatouage suite à une ablation du sein. D’ailleurs, à l’occasion d’Octobre rose 2025, Dar Zhor organise un atelier sur la reconstruction mammaire.
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Le bien-être avant tout
Si Dar Zhor ainsi que la MoASCC (Moroccan Association of Supportive Care in Cancer) sont des références dans les soins de support au Maroc, d’autres centres se proposent d’accompagner les femmes durant toutes les étapes de leur vie. C’est le cas de Nisae, maison de santé et de bien-être imaginée par Salma Ksikes, gynécologue obstétricienne, et Kenza Lahrech, consultante. Ce centre d’un genre nouveau allie soins du corps, soutien thérapeutique et pratique physique. On y retrouve toutes sortes de soins (massages, drainages lymphatique, yoga du visage…), ainsi que des activités aquatiques (dont de l’ostéopathie aquatique). Mais aussi des consultations en gynécologie, kinésithérapie et nutrition, ainsi que diverses activités sportives (Pilates, yoga, Reformer…).
À l’occasion d’Octobre rose 2025, le centre organise un événement spécifique qui inclura un cours de yoga doux, l’intervention d’une gynécologue formée en cancérologie pour un atelier de sensibilisation et de formation à l’auto-palpation, ainsi qu’un atelier de fabrication d’un déodorant naturel en partenariat avec une marque de cosmétique bio.
À Casablanca, le centre Bodypilates est lui aussi très engagé dans la campagne Octobre rose 2025. À cette occasion, toutes les séances de Pilates Reformer du 19 octobre seront offertes. “C’est une manière de rendre hommage aux femmes touchées par le cancer du sein mais aussi de sensibiliser mes clientes à ce sujet”, explique Achraf Baba Hammou, fondatrice du centre. Autant de façons de prendre soin de soi et de se faire du bien.
