CANCER DU SEIN : ON DÉMÊLE LE VRAI DU FAUX

CANCER DU SEIN : ON DÉMÊLE LE VRAI DU FAUX

Le cancer du sein est à la fois le plus fréquent et le plus meurtrier chez la femme. Pourtant, les contrôles de suivi tout comme les gestes d’auto-palpation ne sont pas encore automatiques chez certaines patientes. Et de nombreuses idées reçues persistent. On fait le point avec le docteur Michel Mouly, gynécologue, chirurgien et cancérologue à Paris, auteur de plusieurs livres sur le sujet.

Chaque année, le début du mois d’octobre annonce le lancement de la campagne “Octobre rose”, destinée à sensibiliser les femmes au dépistage du cancer du sein. Il s’agit en effet du cancer le plus fréquemment observé chez la gent féminine dans le monde. Au Maroc, 40 000 nouveaux cas de cancers sont diagnostiqués chaque année, dont 36% sont des cas de femmes atteintes du cancer du sein. Une femme sur huit sera donc touchée par cette maladie au cours de sa vie. 

Sachant que cette maladie reste la première cause de décès par cancer chez les femmes, il est capital de pouvoir en détecter les premiers signes. Pour nous aider à démêler le vrai du faux, le Dr Mouly a accepté de répondre à nos questions. À la fois gynécologue, chirurgien et cancérologue, il s’évertue depuis des années à alerter les consciences à ce sujet, ainsi que sur les risques liés à une ménopause non traitée. Il a d’ailleurs sorti son deuxième ouvrage Ménopause, ne souffrez plus en silence en février 2024.


Le cancer du sein ne touche que les femmes : Faux

Bien qu’il concerne majoritairement les femmes, le cancer du sein peut aussi apparaître chez les hommes. Même si cette maladie ne touche que 500 hommes environ chaque année en France (1% du nombre total de cancers du sein), il est important de connaître son existence, les potentiels facteurs de risque et les symptômes précoces. En effet, comme il ne fait pas l’objet d’un dépistage organisé comme chez la femme, son diagnostic est parfois tardif et donc plus grave.

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Certaines femmes sont plus prédisposées que d’autres : Vrai

Il existe plusieurs facteurs qui peuvent accroître le risque de développer un cancer du sein. Tout d’abord l’âge. “80% des cas sont diagnostiqués chez des femmes âgées de 50 ans et plus. Si l’âge moyen est de 61 ans, 25% des cancers du sein surviennent après 70 ans. D’où l’importance de maintenir la mammographie au-delà de 75 ans”, explique le Dr Mouly. Les antécédents familiaux et les facteurs génétiques sont aussi à prendre en compte. Ainsi, avoir un membre de la famille (mère, sœur, fille) atteint du cancer du sein accroît les risques. Certaines mutations génétiques héréditaires, notamment celles des gènes BRCA1 et BRCA2 (qui contrôlent la division des cellules), augmentent de manière significative les possibilités de développer un cancer du sein ou des ovaires. 

 

La consommation d’alcool et de tabac, la sédentarité et le manque d’exercice, le surpoids et l’obésité ainsi que la pollution sont d’autres facteurs de risque. Sans oublier les causes hormonales. “Pendant longtemps, on considérait qu’une exposition prolongée aux œstrogènes (hormones sexuelles féminines), augmentait le risque de cancer du sein. Par exemple dans les cas de menstruations précoces (avant 12 ans), de ménopause tardive (après 55 ans) ou d’une absence de grossesse. Mais il a été démontré que les œstrogènes seuls réduisent la survenue du cancer du sein de 26% (étude américaine WHI de 2002 et étude Abenhaim, Obstetric Gynecol, 2022)”, déclare le gynécologue. 

Il ajoute : ”En revanche, certains contraceptifs oraux peuvent accroître le risque de développer un cancer du sein, notamment ceux utilisant des progestatifs de synthèse, surtout s’ils sont pris seuls entre 40 et 50 ans. Enfin, les femmes qui n’ont pas eu d’enfants ou qui ont eu leur premier enfant tardivement ont un risque accru. Cependant, il est important de noter que la présence d’un ou plusieurs de ces facteurs ne garantit pas l’apparition d’un cancer du sein, mais augmente simplement les probabilités”.


Le cancer du sein ne touche que les femmes de plus de 50 ans : Faux

Comme expliqué précédemment, à partir de 50 ans, les femmes ont plus de risques de développer un cancer du sein. Mais 20% des patientes ont moins de la cinquantaine. Généralement, la plupart de ces cas sont d’origine génétique (BRCA 1-2). On estime qu’environ 2 femmes sur 1000 sont porteuses d’une mutation du BRCA1 ou BRCA2. Selon le site e-cancer.fr, “ces deux gènes participent à la réparation des lésions que l’ADN subit régulièrement. La présence de mutations de l’un de ces gènes perturbe alors cette fonction et fait augmenter fortement le risque de cancer du sein et de l’ovaire”. 


La grossesse peut révéler un cancer du sein : Vrai

Qu’il s’agisse de la créatrice de contenus EmilieBrunette (de son vrai nom Emilie Daudin) ou de la candidate de télé-réalité Eloise Appelle, il semblerait que de plus en plus de jeunes femmes prennent la parole sur les réseaux sociaux pour mettre en lumière leur combat contre cette maladie. La première était âgée de 33 ans lorsqu’elle apprend être atteinte d’un cancer du sein triple négatif. La deuxième venait de souffler sa 26e bougie. Toutes deux sont de jeunes mamans, nous poussant à nous demander s’il y a un lien de causalité entre le chamboulement hormonal provoqué par l’arrivée d’un bébé et le cancer du sein. En effet, en France, sur les 800 000 grossesses annuelles, entre 200 et 300 femmes se voient diagnostiquer un cancer du sein pendant ou dans les mois qui suivent leur grossesse. Selon le Dr Mouly, cette question est complexe.

Certaines études indiquent que les femmes peuvent être exposées à un risque accru de développer un cancer du sein dans les années qui suivent une grossesse. Pendant ces 9 mois, le corps subit des modifications hormonales significatives, notamment des niveaux élevés d’œstrogènes et de progestérone. Ces derniers peuvent alors influencer la croissance des cellules mammaires. Mais bien que ces changements puissent être préoccupants, de nombreuses femmes ne seront pas concernées. D’autres facteurs tels que l’âge et les antécédents médicaux sont également importants”, souligne-t-il. 

En effet, une grossesse tardive (après 30 ans), peut être associée à un risque légèrement plus élevé de cancer du sein, notamment à cause d’une exposition prolongée aux hormones. “La grossesse se comporte comme le traitement hormonal de la ménopause (THM) à la française (qui consiste à reproduire le fonctionnement de l’ovaire à l’aide d’hormones naturelles. contrairement au THM à l’américaine qui utilise des hormones de synthèse, ndlr). Elle ne provoque pas le cancer du sein mais le révèle plus tôt. Pendant la grossesse, les femmes bénéficient d’examens médicaux réguliers. Cela peut entraîner une détection précoce de problèmes de santé qui auraient pu passer inaperçus autrement”, ajoute le spécialiste. 

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Un dépistage précoce permet de mieux se soigner : Vrai

De manière générale, plus les cancers du sein sont décelés tôt, plus les chances de guérison sont importantes. Ainsi, la détection précoce permet à 99 femmes sur 100 d’être en vie 5 ans après le diagnostic. Par ailleurs, les cancers découverts rapidement nécessitent généralement des traitements moins lourds et agressifs, diminuant alors les séquelles. D’où l’importance du dépistage. À partir de 25 ans, il est recommandé de réaliser une auto-palpation mammaire une fois par mois, 7 à 10 jours après les règles. L’objectif étant de déceler tout changement au niveau de la poitrine (taille et forme des seins, boule, écoulement du mamelon, coloration anormale de la peau, etc). Puis, à partir de 50 ans, il est important de procéder à une mammographie tous les 2 ans.


Pratiquer une activité physique améliore le traitement du cancer : Vrai

Vous le savez, bouger est primordial pour être en bonne santé. Et cela est d’autant plus vrai lorsque l’on est atteint d’un cancer. Pendant le traitement, pratiquer une activité physique régulière contribue à une meilleure qualité de vie. Elle réduit la fatigue, la dépression, améliore le sommeil, l’image que l’on a de soi et permettrait même d’améliorer la tolérance des traitements en diminuant leurs éventuels effets secondaires. À plus long terme, la pratique d’une activité physique après le diagnostic d’un cancer du sein diminue de 24% le risque de récidive et de 28% le risque de décès par cancer. 

À Casablanca, le centre Bodypilates, ouvert au mois de mai 2024, offre une fois par semaine une séance de Pilates Reformer aux femmes souffrant ou en rémission d’un cancer du sein. Une initiative que l’on doit à Achraf Baba Hammou, fondatrice du centre et professeure de Pilates, formée à l’école de Martine Curtis à Paris. “J’ai moi-même récemment perdu ma meilleure amie d’un cancer du sein et cela a été très dur. En son hommage, j’ai souhaité ouvrir un cours entièrement gratuit aux femmes souffrant de cette maladie. C’est une manière pour moi de leur offrir la possibilité de se changer les idées et surtout de se sentir bien, tant sur le plan physique que moral”, nous confie-t-elle. 


Le traitement hormonal de la ménopause provoque le cancer du sein : Faux

En 2002, l’étude américaine “Women’s Health Initiative Study” accusait le traitement hormonal de la ménopause (THM) de donner le cancer du sein. Un argument aujourd’hui réfuté (on vous en dit plus sur notre article dédié à la préménopause). Pour le Dr Mouly, il est important de différencier le THM à la française, qui utilise des hormones naturelles, du THM à l’américaine où l’on retrouve des progestatifs de synthèse. “Le THM à la française n’augmente pas le risque de cancer du sein. Au contraire, il va permettre de le révéler plus tôt. Il sera ainsi plus petit et on aura moins d’atteintes ganglionnaires, moins de métastases, avec une mortalité réduite de 50% par rapport à une femme qui n’en prend pas”, déclare-t-il. 

Concernant les femmes qui ont subi une hystérectomie (ablation de l’utérus), le gynécologue explique que l’utilisation d’un THM composé d’œstrogènes seuls pourrait diminuer la survenue du cancer du sein de 25%. Enfin, les études montrent que le THM à la française n’a pas de limite de durée. Plus il est pris longtemps, plus le taux de récidive et la mortalité sont faibles par rapport à une courte durée. 

« Les facteurs personnels tels que l’hérédité, l’âge, le poids, la sédentarité, l’alcool, le tabac et les antécédents médicaux peuvent influencer le risque de développer un cancer du sein, que ce soit avec ou sans THM. Il n’existe donc pas de réponse simple à cette question. Le risque peut varier en fonction du type de traitement hormonal, de sa durée d’utilisation et des caractéristiques individuelles de chaque femme. Il faut garder en tête que le THM peut être efficace pour traiter les symptômes de la ménopause comme les bouffés de chaleur et l’inconfort. Il est donc important d’évaluer les bénéfices du traitement par rapport aux risques potentiels », conclut le Dr Mouly.

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Photo (c) : Vogue

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