TOUT CE QU’IL Y A À SAVOIR SUR L’AFFAIRE P.DIDDY (POUR LE MOMENT)

TOUT CE QU’IL Y A À SAVOIR SUR L’AFFAIRE P.DIDDY (POUR LE MOMENT)

Le rappeur et producteur P.Diddy a récemment été arrêté pour trafic sexuel. Depuis, cette affaire fait couler beaucoup d’encre et trembler le tout-Hollywood. La rédac’ décrypte les dessous de ce dossier complexe et tentaculaire. 

Après R. Kelly, c’est au tour de P. Diddy, un autre star planétaire de la scène hip-hop et RnB d’être dans le viseur de la justice américaine. Le rappeur, producteur et homme d’affaires, né Sean Combs le 4 novembre 1969, est poursuivi par la justice fédérale de New York depuis le 16 septembre dernier pour des faits liés au trafic sexuel. 

 

En attendant son procès, P. Diddy (autrefois Puff Daddy) a été placé dans  la prison fédérale de Brooklyn. Depuis quelques jours, “l’affaire P. Diddy” a pris une ampleur tentaculaire et internationale, au point d’être comparée au cas Jeffrey Epstein. Et de générer un #MeeToo dans l’industrie du hip-hop américain. 


L’homme à qui tout réussit 

D’abord, qui est P. Diddy ? Shoelifer vous le disait plus haut. C’est l’un des rappeurs et producteurs les plus importants du XXe siècle, dont l’apogée a eu lieu entre les années 1990 et  2010. En 1993, il fonde à New York le label Bad Boy Records, qui a produit les plus grands rappeurs de la côte est, dont le légendaire Notorious BIG, la pionnière Lil Kim ou encore NAS et Jay Z. 

 

À cette époque, P. Diddy est déjà un personnage sulfureux. Et probablement l’un des instigateurs de la rivalité entre Notorious BIG(côte est) et Tupac Shakur (côte ouest), qui leur a valu à tous les deux d’être assassinés entre 1996 et 1997, dans des conditions toujours troubles à ce jour. P. Diddy a énormément capitalisé sur la disparition brutale de son “meilleur ami” Notorious BIG : storytelling, réédition d’albums et compilations de titres inédits. C’est aussi ce qui lui a inspiré deux de ses plus grands tubes : I’ll be missing you (en duo avec Faith Evans, la veuve de Notorious) et Nasty Girl (avec une ribambelle de stars du hip-hop). 

 

À New York, il devient un acteur incontournable de l’industrie musicale et produit notamment Mary J Blige, Usher, R.Kelly, Mariah Carey, les TLC, Ice Cube ou encore Mario Winans (la liste est encore longue). Il vit même une idylle avec Jennifer Lopez, qu’il transforme en J-Lo. Jusqu’à ce que leur histoire s’arrête soudainement, lorsque P. Diddy se retrouve impliqué dans une fusillade et une affaire de corruption en 1999.

 

P.Diddy est l’incarnation du bling-bling et un homme d’affaires avisé, dont la fortune avait été estimée à 747 millions de dollars par Forbes en 2019. Il transforme tout ce qu’il touche en or : ligne de prêt-à-porter Sean John, marque de vodka Ciroc…. Tout en continuant à dominer les charts, avec des tubes planétaires comme Last night en featuring avec Keisha Cole (2006) ou Coming Home (2010). 

C’est également lui qui lance la carrière de Justin Bieber. Bref, P. Diddy est un homme influent, qui a réussi à se construire une image de respectable père de famille (7 enfants) et de grand philanthrope au fil du temps. Il incarne aussi la réussite afro-américaine, politisée et proche des démocrates américains, à l’image de Beyoncé

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Cassie et l’effet domino 

Mais alors, comment l’aura et le statut de cet homme a priori intouchable ont-ils volé en éclat ? Pour cela, il faut remonter au 16 novembre 2023. Ce jour-là, la mannequin et chanteuse Cassandra Ventura (connue sous le nom de Cassie), qui a été la compagne de P. Diddy pendant 13 ans (de 2005 à 2018), porte plainte contre lui pour “viol”, “violences” et “trafic sexuel”. 

 

Cassie raconte notamment aux autorités que P. Diddy l’aurait forcée pendant plusieurs années à avoir des relations sexuelles avec des travailleurs du sexe, filmées et sous soumission chimique (alcool, drogue…). Elle affirme avoir été victime de violences conjugales et d’un viol, commis par P. Diddy en 2018, l’année de leur séparation. Et révèle l’existence des Freak Offs, des soirées orgiaques organisées par P. Diddy, très connu pour son “sens de la fête” et ses “soirées blanches”. 

Mais le 17 novembre, soit vingt-quatre heures à peine après son audition, Cassie retire sa plainte suite à un accord confidentiel et financier avec l’accusé. Autrement dit : P. Diddy a acheté son silence. Pour autant, tout s’enchaîne. 

 

Le 23 novembre 2023, le jour de la clôture de l’Adult Survivor Act (une loi new-yorkaise permettant aux victimes de violences sexuelles de porter plainte pour des faits prescrits), deux plaintes distinctes à l’encontre de P. Diddy sont déposées pour des faits remontant aux années 1990. La première émane de Liza Gardner, qui affirme avoir été violée et agressée à l’âge de 16 ans par le producteur ainsi que le chanteur Aaron Hall. La seconde plaignante, Joie Dickerson-Neal, relate avoir été droguée à son insu, avant d’être agressée sexuellement et filmée. 

Le 2 décembre 2023, une femme dépose plainte à son tour contre P. Diddy sous couvert d’anonymat. Selon elle, le musicien et deux acolytes l’auraient kidnappée en 2003, alors qu’elle n’avait que 17 ans, avant de la droguer et d’abuser d’elle dans le studio d’enregistrement de P. Diddy. 

Le 2 février 2024, c’est au tour de Rodney Lil’Rod (producteur de P. Diddy sur l’album Love) d’accuser le rappeur de l’avoir drogué, agressé et filmé. Rodney affirme même détenir des centaines d’heures d’enregistrement de soirées mêlant exploitations sexuelles (impliquant aussi des mineurs) et soumissions chimiques. Autrement dit, ce dernier décrit un système de prédation hors norme et rodé. Au passage, il incrimine aussi deux dirigeants de labels, Lucian Grainge (Universal Music) et Ethiopia Habtemariam (Motortown). 

 

Entre mai et septembre 2024, cinq autres plaintes sont déposées contre P. Diddy. Elles décrivent toutes des faits d’agressions sexuelles, de viols ou de maltraitances. 

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L’intervention des fédéraux et les révélations chocs de CNN 

C’est en mars 2024 que l’affaire prend un nouveau tournant. Le 25 mars, les enquêteurs du Département de la Sécurité intérieure des Etats-Unis (les Fédéraux donc) perquisitionnent de façon spectaculaire deux résidences de P.Diddy à Los Angeles et Miami. 

 

Les agents saisissent un millier de bouteilles de “lubrifiant” (en réalité de l’huile d’amande douce pour bébé) et d’autres preuves confirmant l’existence d’orgies sexuelles (les fameuses Freak Offs). Les enquêteurs auraient également mis la main sur de nombreuses sex-tapes, mais aucune information n’a filtré depuis. Pendant ce temps-là, P.Diddy nie toutes les accusations contre lui. Il prend même le temps de publier ce clip sur son compte Instagram, afin de laisser sous-entendre qu’il est désormais seul contre tous. 

 

En mai, nouvel élément à charge contre la “star”. CNN diffuse une séquence d’une violence insoutenable enregistrée en 2016 par la caméra de surveillance d’un hôtel, où l’on voit P. Diddy frapper et traîner par les cheveux sa compagne de l’époque : Cassie. Dans une vidéo, ce dernier reconnaît les faits et qualifie son comportement d’“inexcusable”. Il s’engage alors à se rendre à New York pour collaborer avec la justice et “répondre à toutes les questions”. 

Mais rien ne peut refermer la boîte de Pandore. Les plaintes à son encontre continuent de s’accumuler. Le 16 septembre, P.Diddy est arrêté et placé en détention provisoire à New York. Dans la foulée, Tony Buzbee, l’avocat des plaignantes, ouvre une ligne d’écoute téléphonique. Au total, 3285 personnes ont appelé, souvent de façon anonyme, en se disant victime ou témoin d’une agression sexuelle commise par P.Diddy. Ce qui a permis d’identifier 120 nouvelles victimes, dont 25 mineurs à l’époque des faits. Et près d’une centaine de plaintes sont susceptibles de tenir devant un tribunal. C’est tout simplement hors norme. 

Le parquet fédéral de Manhattan accuse pour l’instant le rappeur de trafic sexuel et d’extorsion. L’acte d’inculpation estime que P.Diddy a “abusé, menacé et contraint des femmes à satisfaire ses désirs sexuels, protéger sa réputation et cacher ses actes, pendant des décennies”. 


Quid de la partie immergée de l’iceberg ? 

Voilà pour le résumé des faits (et rien que des faits) de l’affaire P.Diddy. Affaire n’ayant pas livré tous ses secrets et qui doit déboucher sur un procès (en espérant que l’accusé reste en vie, cf Jeffrey Epstein). Dans un premier temps, elle soulève de nombreuses questions sur la violence et la toxicité des industries liées au “divertissement”. Que ce soit la musique (P. Diddy, mais aussi R.Kelly, Michael Jackson ou encore Britney Spears), le cinéma (Harvey Weinstein, l’histoire de Judith Godrèche, Gérard Depardieu) ou la mode (l’affaire Élite). Mais aussi l’impunité des hommes puissants, l’ampleur des violences sexuelles systémiques, ou encore la prise en compte de la parole des femmes et des mineurs. 

 

Mais l’affaire P.Diddy va encore plus loin. C’est pourquoi les médias et l’opinion publique la qualifie de “tentaculaire” et la comparent à celle de Jeffrey Epstein. Ce dernier avait lui aussi mis en place un système de prédation sexuelle. Et disposait, selon son petit “carnet noir”, d’au moins 200 contacts de personnalités très influentes, plus ou moins proches de lui, allant de Bill Clinton à Rihanna. Pour la justice, toute la question a été de savoir si Epstein était un prédateur sexuel avec quelques complices ou bien s’il s’agissait d’un vaste réseau organisé par des gens puissants. La question se pose aussi pour P.Diddy. Quitte à alimenter les théories du complot les plus capillotractées. 

Premièrement, de nombreuses stars ont collaboré ou côtoyé P.Diddy, notamment lors de ses Freak Offs.  Plusieurs personnalités sont donc citées dans l’affaire, a priori malgré elles : le prince Harry, Barack Obama, Leonardo DiCaprio, Will Smith ou encore Beyoncé, par exemple. Enfin, comme à chaque scandale du genre, les internautes s’improvisent enquêteurs et scrutent les moindres vidéos, photos, interviews ou événements passés à l’aune de l’actualité. 

C’est ainsi qu’on se retrouve avec des théories selon lesquelles Tupac et Aaliyah (déjà victime de R.Kelly) auraient en fait été tuées par P. Diddy (dans le cas de Tupac, ça se discute LOL). Ou encore que la dépression et les addictions de Justin Bieber prouvent qu’il a subi des agressions de la part du producteur. Les internautes exhument, par exemple, des séquences où Justin Bieber semble vraiment mal à l’aise en présence de P.Diddy. Une autre rumeur (répandue sur TikTok) fait aussi état d’une liste fournie par P.Diddy au FBI mentionnant les stars complices de ces crimes. Là encore, cette fake news a été démentie par l’avocat Tony Buzbee. 

 

Les stars elles-même alimentent la complotite aiguë. C’est particulièrement le cas du rappeur 50 Cent, qui dénonce P.Diddy depuis des années. Et s’en prend maintenant à Jay Z, qui sera selon lui le prochain à tomber. 

Le 6 septembre dernier, Amazon a retiré de son site les faux mémoires de la défunte ex-femme de P.Diddy, Kim Porter, décédée en novembre 2018. Intitulé Kim’s lost words, l’ouvrage écrit par un faussaire est devenu un best-seller en quelques jours. À l’intérieur, de nombreux passages font état du mode de vie très glauque du rappeur (orgies sexuelles, drogues) et décrivent des relations sexuelles avec des mineurs, dont un “jeune chanteur”. 

Kim Porter a été l’épouse de P. Diddy de 1994 à 2007 et lui a donné trois enfants. De nombreuses rumeurs imputent son décès au rappeur, qui l’aurait tuée sous prétexte qu’elle s’apprêtait à dévoiler la vérité sur ces agissements. Mais selon une autopsie, celle-ci serait morte des suites d’une pneumonie. Les enfants de P.Diddy en personne ont démenti ces allégations, quant au rappeur il n’a jamais manqué une occasion de rendre hommage à Kim Porter (même si cela ne veut rien dire). 

En tout cas, il n’appartient pas à Shoelifer d’apporter la vérité judiciaire. Néanmoins, si P.Diddy n’avait pas pu agir en toute impunité pendant tant d’années, personne ne serait tenté de croire à un vaste complot des élites hollywoodiennes.

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