À Paris, le Musée des Arts Décoratifs consacre une rétrospective majeure à Christofle, orfèvre d’excellence depuis 1830. Un hommage également célébré à Casablanca, où l’enseigne Fenêtre sur Cour met en lumière cet héritage intemporel.

Depuis près de deux siècles, Christofle révolutionne l’orfèvrerie tout en incarnant l’art de vivre à la française. À Paris, le Musée des Arts Décoratifs (MAD), niché dans le Palais du Louvre, consacre à cette prestigieuse manufacture une exposition exceptionnelle intitulée “Christofle, une brillante histoire”.
Jusqu’au 20 avril 2025, cette rétrospective majeure retrace l’évolution de Christofle, de sa fondation en 1830 à nos jours. Avec plus de 600 pièces d’orfèvrerie, tableaux, dessins et affiches, issues du Conservatoire Bouilhet-Christofle et des grandes collections nationales, l’exposition révèle comment ses fondateurs Charles Christofle et Henri Bouilhet ont transformé l’argent en un art à part entière.
Entre innovations techniques, collaborations artistiques et chefs-d’œuvre patrimoniaux, ce parcours immersif met en lumière une maison de génie qui a su, au fil des décennies, sublimer les arts de la table tout en mettant littéralement l’art sur la table. In fine, il s’agit-là d’un très bel hommage du MAD, dont les liens étroits avec Christofle remontent à la seconde moitié du XIXe siècle.
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La maison des tables mythiques
L’exposition s’articule autour de plusieurs espaces thématiques, chacun illustrant une facette du savoir-faire de Christofle. Le parcours débute par une restitution des coulisses des manufactures de la maison, aujourd’hui installée en Normandie, et ultra-confidentielle. S’ensuit une reconstitution fidèle d’une boutique Christofle du XIXe siècle. Une plongée dans l’ambiance feutrée, où l’artisanat d’excellence rencontre les goûts de l’époque, annonçant déjà la naissance de l’Art Nouveau, en plus d’un tropisme pour le japonisme et le naturalisme.
Parmi les créations emblématiques de cette période, le “Vase forme Poisson”, dessiné par Émile Reiber, le chef de l’atelier de dessin et de composition de Christofle de 1865 à 1878. Cette pièce, inspirée de l’art de l’époque Edo au Japon (1603-1868), est aujourd’hui rééditée en métal argenté, préservant son esthétique unique et ses détails minutieusement travaillés. Toujours dans les courants japonistes et naturalistes, Christofle a aussi réédité ses soliflores emblématiques : le vase oignon, le vase céleri et le vase botte de carottes.
Un autre espace met à l’honneur les prouesses techniques de la maison, notamment l’argenture électrochimique, un procédé révolutionnaire breveté par Charles Christofle qui permit de démocratiser l’orfèvrerie de luxe. Tout au long du parcours, le visiteur peut aussi admirer les ménagères, couverts et autres services à thé ayant paré les tables les plus prestigieuses : la Tour d’Argent, le paquebot Normandie et le train Orient Express. Sans compter les créations plus contemporaines, conçues pour les “Expositions Universelles”.
La grande épopée Surtout
Justement, afin de perpétuer la tradition des grandes Expositions Universelles, le très talentueux Jean-Pierre Cottet-Dubreuil, orfèvre et créateur, a conçu une pièce unique : le “Surtout Ode aux origines”. C’est sans conteste le clou du spectacle de l’exposition. Une œuvre spectaculaire, qui impressionne par sa modernité et son ampleur. Cette composition, réalisée en argent massif, cristal de roche et miroirs, évoque la genèse du monde à travers des formes géologiques inspirées de la pyrite. Avec ses quatre mètres de long et plus de mille heures de travail nécessaires à sa création, cette pièce incarne l’excellence et l’audace de Christofle.
Petite anecdote historique : arrivé au pouvoir en 1852, Napoléon III souhaite réintroduire une vie de cours aux Tuileries, afin de consolider son aura et sa légitimité. Pour ce faire, il mise sur les grands banquets, et commande à la maison Christofle un service de 4000 pièces, comprenant un monumental Surtout. Il s’agit d’une pièce ornementale, placée au centre d’une table, rassemblant sculptures, salière, poivrière, boîte à épices, candélabre, vase, etc.
Très impliqué dans la construction de ce Surtout, Napoléon III rend régulièrement visite aux orfèvres de la maison. La pièce est finalement livrée en 1856, mais elle est réduite en cendre en 1871 dans l’incendie des Tuileries par les Communards. Malgré ce tragique incident, le destin de Christofle est scellé : au cours des années suivantes, le palais de l’Elysée, les ministères, les ambassades et les cours européennes se dotent tous de leur propre service Christofle. Une tradition qui perdure encore aujourd’hui.
L’art de la réinvention
L’audace est l’une des marques de fabrique de Christofle. Pour se réinventer, la maison amorce à partir des années 1920 une métamorphose, en embrassant notamment les principes de l’Art déco. Ce mouvement, avec ses lignes épurées et ses motifs géométriques, inspire des créations remarquables telles que les services de table imaginés par le designer Luc Lanel.
Christofle s’illustre aussi par ses collaborations avec des designers de renom. Gio Ponti, célèbre architecte et créateur italien, a apporté sa vision avant-gardiste aux pièces d’orfèvrerie dans les années 1950. Plus tard, des figures comme Andrée Putman et Martin Szekely ont permis à Christofle de perpétuer son esprit d’innovation en intégrant des designs audacieux et minimalistes.
Pour rester dans cette dynamique et à l’occasion de l’exposition, le Studio Christofle a créé une seconde pièce : le broc à eau Affinités, qui revisite l’amphore Antique, en mariant l’acier et l’argent. Et pour ramener chez soi un peu de l’univers Christofle, la maison propose plusieurs objets à la vente au sein du Musée des Arts Décoratifs. Parmi eux, la bougie Miel d’Argent ou le jeu de cartes Duel de Thé, illustré à la main par le studio.
Christofle à Casablanca
Si jamais vous n’avez pas l’occasion de vous rendre à Paris, n’hésitez pas à faire un tour chez Fenêtre sur Cour. Cette enseigne dédiée aux arts de la table et au design d’intérieur est la distributrice exclusive de la maison Christofle depuis 27 ans. Elle n’allait donc pas manquer l’occasion de célébrer la rétrospective et l’héritage de l’un de ses plus fidèles partenaires. L’une des vitrines du showroom rassemble les pièces les plus iconiques de l’exposition. Parmi lesquelles une réédition du trio de soliflores naturalistes (vase oignon, vase céleri et vase botte de carottes), la réédition du vase Poisson et la dernière création de la maison : le broc à eau Affinités.
Pour rester dans la vibe et s’offrir une pause chic & chill, Fenêtre sur Cour a aménagé un café Christofle. L’occasion (rêvée) de déguster une gourmandise et boire un café dans la vaisselle de cette maison. Un joli lot de consolation à défaut de voir l’expo !
Photo (c) : Christofle
