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LIVRE 2021 : POURQUOI ON KIFFE LE TEMPS TRAVERSÉ D’AHLAM CHAIERI

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Écrire pour intégrer, écrire pour guérir, écrire pour traverser… Ahlam Chaieri, anesthésiste-réanimatrice, a dû faire face à la mort – omniprésente – durant la deuxième vague de Covid-19 au Maroc. Refuge ou échappatoire, elle s’est plongée dans l’écriture et vient de publier son tout premier recueil de poèmes. Un livre 2021 qui va intégrer votre bucket list après avoir lu notre interview.  

Quand on a demandé à Ahlam Chaieri si le métier d’anesthésiste était une vocation, elle nous a répondu que non. Que c’était un métier qu’elle aime beaucoup, mais que la vocation s’apparente davantage, pour elle, à quelque chose qu’on fait avec facilité, dans le confort. Sa vocation, c’est donc l’écriture, qu’elle pratique depuis l’âge de 8 ans et qui ne lui a jamais couté le moindre effort. Une pratique tellement fluide qu’elle en est venue à ne pas vraiment la prendre au sérieux. Il aura fallu une épidémie mondiale et l’encouragement de ses proches, pour qu’elle publie, à 42 ans, son premier ouvrage, Le temps traversé en autoédition. Ce livre 2021, sorte de chronique de la pandémie, nous a touché : nous nous devions de vous en parler avant de clore cette année. Rencontre avec son autrice.


Quel est votre parcours ? 

Je suis médecin anesthésiste-réanimatrice, et j’ai vécu la pandémie de Covid-19 dans un premier temps chez moi, comme beaucoup, puisque je venais d’accoucher, puis à l’hôpital où je suis retournée travailler lors de la seconde vague. Tout le long de cette période mouvementée, j’ai écrit en vers libres, des textes poétiques que je présente aujourd’hui dans mon recueil Le temps traversé

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Pouvez-vous nous parler de votre processus d’écriture ? 

C’était vraiment assez chaotique : comme ça pouvait, quand ça pouvait. Je n’avais pas de temps structuré pour l’écriture, c’est le livre qui m’a imposé de lui trouver des endroits de gribouillage : dans des parkings très souvent, dans des chambres, dans des trains, au milieu de la nuit… Ça a été un accouchement au forceps. Des phrases s’assemblaient dans ma tête au cours de la journée, et dès que j’avais un moment, il fallait que je les griffonne quelque part ou que je les tape sur un clavier. D’ailleurs, la connexion main-cerveau est très spéciale : dès qu’on écrit à la main, on assiste à un phénomène d’aspiration très impressionnant, ça n’a rien à voir avec le fait d’écrire sur un ordinateur. Donc, à la fin, mon rituel c’était d’écrire avec un stylo plume sur du papier rugueux (sourires). 

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Est-ce que vous en parliez à vos collègues, à vos proches ? 

Non, j’en ai très peu parlé car je ne savais pas bien ce que j’allais en faire : était-ce un geste thérapeutique pour moi seule, ou avait-il vocation à être partagé ? J’y ai pensé tous les jours mais au début je l’ai porté pour moi seule. La majorité de mes proches ont appris que j’écrivais au moment de la publication du recueil.  

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Qu’est-ce qui vous a poussée à publier vos écrits ? 

Durant cette année 2021, une amie m’a contactée pour me dire qu’elle lançait un incubateur d’auteurs. Elle cherchait à constituer un groupe de personnes qui portaient un livre en elles. Je me suis laissée embarquer dans cette aventure : cela a beaucoup accéléré mon processus d’écriture mais a aussi permis à mon intention de se manifester dans quelque chose de concret. J’ai donc produit une cinquantaine de textes, sur une période assez courte, de juin à septembre environ, ce qui correspondait exactement à mon retour en service de réanimation Covid. J’ai ressenti l’urgence de le publier maintenant, pour participer à ce processus d’intégration collective au niveau sociétal. J’ai voulu partager ces textes car ils vont, je pense, résonner avec des personnes qui ont besoin de les lire. 

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Vous avez toujours eu une fibre littéraire ? Parlez-nous de vos inspirations. 

Oui, j’ai toujours aimé lire, c’est sans doute le syndrome de la fille aînée qui aime se réfugier dans des mondes où l’enfance devient magique. Lewis Caroll m’a beaucoup inspirée en général et Alice au pays des merveilles en particulier : on m’a d’ailleurs fait remarquer  qu’elle apparaissait souvent dans mon ouvrage. J’aime ces mondes oniriques où l’on a du mal à distinguer le rêve de la réalité, comme dans le cinéma de David Lynch par exemple. Je m’intéresse beaucoup aux mondes parallèles et aux états de conscience parallèles. Ces univers me fascinent car j’ai un attrait pour ce qui fait notre unité au-delà de notre apparence de singularité. 

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Pourquoi avoir choisi le vers libre ? 

Je n’ai aucune formation littéraire à proprement parler, mais j’ai toujours eu beaucoup d’attrait pour la musicalité des mots. J’ai d’ailleurs été une des premières fans du rap et du slam : j’aime les beaux textes, leur diction, leur cadence. Mais je suis aujourd’hui incapable de définir mon style, il s’est imposé à moi de lui-même. J’aimerais d’ailleurs beaucoup traduire mon livre en format audio, car je pense qu’il doit surtout être entendu. 


Et le titre, Le temps retrouvé ? 

Cela m’a pris énormément de temps de trouver un titre avec lequel je me sente alignée. C’est une référence proustienne (Proust ayant écrit 7 ouvrages rassemblés sous le titre À la recherche du temps perdu ndlr), mais surtout quantique. Dans le sens où l’écriture a représenté pour moi un temps de connexion à une certaine entité : j’entendais cette musique à l’intérieur de moi, mais je n’avais pas l’impression d’être en train d’écrire moi-même. L’écriture m’a fait traverser différents espaces temps, elle m’a fait questionner la certitude selon laquelle ce qui se déroule sous nos yeux est la seule et unique réalité tangible. J’ai senti la petite fille en moi, j’ai aussi beaucoup rêvé, reconnecté avec des souvenirs ou eu des intuitions de choses à venir. L’écriture est comme une flèche qui traverse des couches spatio-temporelles et vient nous sortir de l’écoulement linéaire du temps. 


Qu’est-ce qui a été le plus difficile ? 

Le plus difficile n’est pas forcément d’écrire son livre, mais c’est plutôt tout ce qu’il y’a autour. Grâce à l’incubateur de mon amie Nargisse Saadi, j’ai pu travailler sur ces différentes résistances, notamment liées à l’édition et à la publication de mon ouvrage. 


Et qu’est-ce qui vous a donné le plus de plaisir dans cette aventure littéraire ? 

C’est le fait de l’avoir fait. À partir de maintenant, le livre va faire sa vie et je l’accompagnerai de mon mieux, mais mon petit bout de satisfaction personnelle vient du fait que je l’ai concrétisé. Je pense que le jour le plus agréable a été celui où j’ai récupéré mes copies de l’imprimerie et où en rentrant à la maison, mes enfants se sont mis à sauter sur les cartons en disant “c’est maman !” en voyant mon visage sur la couverture. 


Prix: 100 DH

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