RELATION HOMME-FEMME : POURQUOI ON NE SAIT PLUS S’AIMER SANS IDÉOLOGIE ?

RELATION HOMME-FEMME : POURQUOI ON NE SAIT PLUS S’AIMER SANS IDÉOLOGIE ?

La relation homme-femme est devenue l’un des terrains les plus minés de notre époque. Entre MeToo, backlash masculiniste, TikTok culture et montée des discours identitaires, hommes et femmes semblent désormais se regarder comme des ennemis intimes plutôt que comme des partenaires possibles. Shoelifer décrypte. 

La guerre des sexes est devenue un thème ultra-bankable. Films, essais, pièces de théâtre, podcasts, tribunes, séries : tout le monde s’empare de la crise contemporaine de la relation homme-femme. Et ce n’est pas un hasard. Si ce sujet fait autant couler d’encre et vendre, c’est parce qu’il cristallise une angoisse intime et collective : quelque chose s’est déréglé dans la manière dont la gent féminine et la gent masculine se perçoivent, se désirent et se font confiance. 

À l’ère post-MeToo, la relation homme-femme est devenue un terrain miné, saturé de discours idéologiques, de soupçons réciproques et de narrations antagonistes. On ne parle plus seulement d’amour, de désir ou de compatibilité émotionnelle, mais de domination, de privilèges, de rapports de force, de “green flag” et de “red flag”. Comme si aimer était devenu un acte politique à haut risque.

@courrierinter

🚺🚹 Les jeunes femmes sont de plus en plus progressistes, tandis que les jeunes hommes penchent de plus en plus à droite, voire à l’extrême-droite, assure le Financial Times Journaliste : Mélanie Chenouard #sinformersurtiktok #genz #societe #politique

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Néo-féminisme et backlash masculiniste 

MeToo a été un séisme nécessaire, salutaire, profondément structurant. Il a mis fin à une omerta, redessiné des frontières. Mais surtout, ouvert les yeux de millions de femmes sur le caractère systémique des violences sexistes et sexuelles qu’elles subissent sans toujours pouvoir les nommer. Mais dans son sillage, un certain “néo-féminisme” s’est durci, parfois jusqu’à devenir punitif, soupçonneux, doctrinaire. 

 

En miroir, un backlash masculiniste massif s’est structuré, relayé par des influenceurs virilistes et porté politiquement par la montée des droites radicales un peu partout dans le monde. Et ce, jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir, incarné sans complexe par Donald Trump et sa rhétorique viriliste décomplexée. Il propose aux hommes une revanche identitaire fondée sur la peur, la colère et la nostalgie d’un ordre ancien. 

 

Résultat : deux camps radicalisés qui parlent de plus en plus de l’autre sexe comme d’un ennemi. On n’assiste pas tant à une guerre des sexes qu’à une guerre relationnelle mal comprise, où chacun projette ses angoisses existentielles sur l’autre. La relation homme-femme n’est plus vécue comme un espace de rencontre, mais comme un champ de bataille symbolique.

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Le vrai drame : les réseaux sociaux, plutôt que la vraie vie

 

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Dans la vraie vie, cette idéologisation permanente de la relation homme-femme produit surtout des dégâts silencieux. Des femmes qui n’osent plus désirer sans se sentir faibles ou naïves. Des hommes qui n’osent plus séduire sans se vivre comme potentiellement intrusifs ou suspects. Et, entre les deux, une avalanche de récits viraux qui reprogramment les imaginaires amoureux. Sur TikTok et Instagram, on explique aux femmes qu’elles doivent activer leur “énergie féminine”, rester mystérieuses et ne jamais courir après un homme. On leur rappelle aussi, obsessionnellement, que leur “valeur” décline avec l’âge, que passé 30 ou 35 ans, elles auraient “raté le coche”.

Aux hommes, qu’ils sont soit des “mâles alpha”, soit des “hommes princesses”, inutiles, immatures, indignes de désir. Et eux rétorquent avec le fameux “bodycount”, brandi comme indicateur de la valeur d’une femme.

 

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On martèle que le couple est un carcan violent, une institution oppressive où les femmes risquent leur vie (ce qui n’est pas faux statistiquement) . Jeté ainsi en boucle, sans nuance ni contexte, ce discours instille une peur structurelle de la relation homme-femme. L’an dernier, la séquence virale “je préfère l’ours” (sous-entendant qu’une femme serait moins en danger seule avec un ours qu’avec un homme) a cristallisé ce climat de défiance généralisée. Les relations deviennent ainsi de plus en plus méfiantes, sur-interprétées, minées par des scripts contradictoires, où chacun avance bardé de théories 2.0 comme autant de gilets pare-balles émotionnels.

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​​Ni tribunal féministe, ni revanche viriliste : une impasse commune

@pietonpinion

T’en penses quoi de la guerre des sexes toi ? enfin… si la question n’est pas trop mal formulée. #microtrottoir

♬ son original – PietonPinion 🎤

Oui, MeToo était indispensable. Oui, certaines femmes respirent enfin. Mais non, transformer toute relation homme-femme en rapport de domination permanente est contre-productif. Et non, répondre à cela par Andrew Tate, la virilité punitive ou le retour aux “vrais hommes” est une catastrophe civilisationnelle. On ne réglera pas une crise intime avec des slogans politiques. La sortie de crise ne passera ni par un retour en arrière nostalgique, ni par une fuite en avant idéologique. Elle suppose quelque chose de plus inconfortable et plus adulte : réapprendre à désirer sans dominer, poser des limites sans diaboliser, aimer sans se vivre comme un camp retranché. 

Peut-être que la vraie révolution de la relation homme-femme n’est pas d’avoir raison idéologiquement, mais de redevenir capables de se rencontrer sans se considérer mutuellement comme des menaces. Et sans doute aussi, couper un peu avec les réseaux sociaux et les échanges numériques. Internet n’a pas rapproché les hommes et les femmes, il les a éloignés, tout en générant des attentes et des frustrations. Alors, si on commençait déjà par se rencontrer à nouveau, dans la vraie vie ? Et à oser. Oser faire le premier pas. Être curieux.  Ne pas se braquer à la première différence.  Au lieu de se protéger continuellement derrière un écran (et ses propres certitudes).

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