Encore méconnue et largement sous-diagnostiquée, l’andropause est pourtant un phénomène bien réel. Aussi appelée « déficit androgénique lié à l’âge » (DALA), elle désigne la baisse progressive du taux de testostérone chez l’homme vieillissant. Bien qu’elle ne soit pas systématique, l’andropause s’accompagne de plusieurs symptômes qui doivent être pris en charge pour éviter les complications. Le docteur Michel Mouly, gynécologue, chirurgien et cancérologue à Paris, nous en dit plus.
Si la ménopause est aujourd’hui un sujet qui fait de plus en plus parler de lui, l’andropause reste encore taboue. Et pour cause, celle-ci impacte la testostérone qui n’est autre que l’hormone sexuelle masculine. Or, accepter l’idée que celle-ci puisse baisser, c’est reconnaître que sa vigueur et sa puissance ne sont plus les mêmes, dans une société où l’importance de la virilité persiste. En réalité, l’andropause concernerait 10 à 20% des hommes après 50 ans, et 50 à 70% d’entre eux après 70 ans. Ainsi, le déficit en testostérone augmente avec l’âge. Néanmoins, tous les hommes ne sont pas touchés de la même manière.
Plusieurs facteurs influencent la survenue du DALA, notamment l’hygiène de vie. « Il faut garder en tête que l’espérance de vie masculine augmente. Elle est de 80 ans aujourd’hui, contre 73 ans en 2000. Cela implique que ce déficit hormonal concernera un nombre croissant d’hommes. Si l’on prolonge cette tendance, on pourrait donc considérer qu’à 90 ou 100 ans, 100% des hommes seront en DALA. De la même manière que 100% des femmes sont ménopausées à la cinquantaine », explique le Dr Mouly.
Un phénomène important dont on parle malheureusement encore peu. Pourtant, comme pour la femme, un déficit hormonal chez l’homme doit être suivi et pris en charge. Justement, le Dr Mouly s’apprête à sortir au mois de mai un nouvel ouvrage traitant de ce sujet. Intitulé Hormones : la vie commence à 50 ans !, il a été réalisé avec la participation du Dr Carol Burté, andrologue spécialisée en médecine sexuelle.

Andropause, la ménopause masculine ?
Si la ménopause est décrite pour la première fois en médecine en 1816, il faudra attendre les années 1940 pour que les premières recherches sur les effets du vieillissement hormonal masculin soient effectuées. C’est finalement dans les années 1980-1990 que le terme « andropause » est popularisé. Souvent comparés, les deux phénomènes diffèrent pourtant sur de nombreux points. « La ménopause, ou déficience œstrogénique liée à l’âge (DOLA), marque un arrêt brutal de la production d’œstrogènes chez la femme qui survient en quelques années seulement. À l’inverse, le déficit en testostérone (DT) ou déficit androgénique lié à l’âge (DALA) est un processus lent et progressif. Il peut s’étaler sur plusieurs décennies. Il ne s’agit donc pas d’un arrêt complet de la production hormonale comme chez la femme », détaille le gynécologue. « Le déclin de la testostérone commence dès 30 ans, avec une baisse annuelle moyenne de 1% par an. Cette diminution devient plus marquée après 50 ans et plus encore après 70 ans, où elle peut entraîner des symptômes plus visibles et invalidants », ajoute-t-il.

Pour autant, tous les hommes ne sont pas égaux face à la baisse hormonale et plusieurs facteurs entrent en jeu. Un mode de vie sédentaire, une alimentation déséquilibrée (tabac, alcool, malbouffe, excès de sucres et carences en vitamines), le surpoids, le stress oxydatif, le manque de sommeil ou encore les maladies chroniques accélèrent le processus. Des médicaments pris sur le long terme comme les corticoïdes ou certains antidépresseurs peuvent également réduire la production de testostérone. « Les sportifs de haut niveau, les hommes ayant une bonne hygiène de vie et une génétique favorable peuvent maintenir un taux optimal de testostérone jusqu’à 70-80 ans. À l’inverse, un homme en surpoids, stressé et inactif peut présenter un déficit dès 50 ans », détaille le professionnel.
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Signes et symptômes
Mais alors, comment savoir si l’on souffre d’andropause ? « Les symptômes ne sont pas toujours évidents à détecter car ils évoluent lentement. Pourtant, ils affectent profondément la qualité de vie et la dynamique du couple. Parmi les principaux signes d’alerte, on retrouve la disparition des érections matinales et les troubles de l’érection (moins ferme, plus lente à venir) ; une éjaculation plus faible et moins de plaisir ; une fatigue persistante et une récupération plus lente après l’effort ; une prise de ventre et une perte de masse musculaire ; une baisse du désir sexuel et la diminution des pensées érotiques ; une humeur morose et une irritabilité voire de l’anxiété ou de la dépression ; des troubles du sommeil, des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes », énumère le Dr Mouly.
Autant de signes que beaucoup préfèrent ignorer, pensant qu’il s’agit simplement d’une baisse de vitalité liée à la fatigue et au stress du quotidien. Pour y remédier, certains hommes ne vont pas hésiter à compenser par du sport ou des stimulants érectiles (la fameuse pilule bleue !).
« L’andropose reste largement sous-estimée. Tout d’abord à cause du manque d’information des médecins qui évoquent rarement le sujet en consultation. Mais également parce qu’il s’agit d’un tabou culturel. La société valorise l’homme viril et fort. Admettre une baisse de testostérone, c’est reconnaître une vulnérabilité souvent perçue comme une atteinte à la masculinité. On parle aussi de ‘triche’ médicale. Alors que les femmes ressentent immédiatement leur déficit hormonal, les hommes compensent avec la pilule bleue qui masque le problème sans le traiter », relate Michel Mouly.
Quels traitements ?
Comme pour la ménopause, il existe un traitement permettant de remédier aux effets indésirables de la chute d’hormones. « L’objectif est de rétablir un taux de testostérone optimal pour redonner vitalité, force musculaire et désir sexuel. Deux options existent. Il y a tout d’abord le gel transdermique que l’on applique quotidiennement sur la peau, généralement au niveau de l’épaule. Puis les injections intramusculaires retard à faire toutes les 2 à 12 semaines », partage le médecin.
Avant de prendre quoi que ce soit, il est important de procéder, à deux reprises, à un dosage hormonal rigoureux comprenant la testostérone libre et biodisponible, le SHBG (Sex Hormone Binding Globulin), le dépistage du cancer de la prostate (PSA) et une hématocrite (surveillance du risque de polyglobulie). Les professionnels préconisent de réaliser un premier dosage autour de 40-45 ans afin d’avoir une valeur de référence.
On sait en effet que certains hommes ont une testostérone naturellement élevée. Une baisse hormonale modérée peut alors entraîner des symptômes cliniques, même si les chiffres restent dans la norme. À l’inverse, un homme qui a toujours eu une testostérone basse peut ne ressentir aucun symptôme et ne nécessite donc pas forcément de traitement.
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Et les effets secondaires dans tout ça ?
Vous l’aurez compris, une baisse de la testostérone n’est pas anodine. En plus de provoquer fatigue chronique, moral en berne et baisse de motivation, elle augmente le risque cardiovasculaire (hypertension, athérosclérose), diminue la densité osseuse (ostéoporose masculine), provoque la fonte musculaire avec une prise de masse grasse et altère les fonctions cognitives telles que la mémoire et la concentration. D’où l’importance de suivre un traitement quand cela est nécessaire. « Si l’on reste dans les valeurs de la normale, qu’on augmente progressivement et que l’on surveille régulièrement, il n’y pas de risques. Au contraire, après quelques semaines de traitement seulement, on se sent déjà mieux », rassure le gynécologue cancérologue.
« D’ailleurs, l’Association française d’urologie (AFU) recommande aujourd’hui un dépistage plus systématique du déficit en testostérone, souligne le Dr Mouly. Pourtant, la prise en charge reste encore limitée. Les médecins sont parfois frileux et hésitent à prescrire des traitements hormonaux par crainte de controverses. Mais contrairement aux idées reçues, la testostérone ne provoque pas le cancer de la prostate. L’AFU confirme même qu’elle peut être prescrite après ce type de cancer si le pronostic est bon. Il y a donc un cruel manque d’information du grand public et de campagnes de sensibilisation. Enfin, l’industrie pharmaceutique préfère vendre du Viagra plutôt que de traiter la cause avec de la testostérone ». Un homme devrait alors consulter dès la disparition de ses érections matinales plutôt que de se tourner vers des médicaments pro-érectiles, suggère le spécialiste.
« Avec une espérance de vie en augmentation, il est crucial de réconcilier les hommes avec leur physiologie et de leur offrir une prise en charge adaptée. Le déficit en testostérone n’est pas une fatalité, il existe des solutions pour préserver sa santé, son énergie, sa vie sexuelle et donc son couple. À 50 ans, tout commence ! », conclut Michel Mouly.
Photo (c) : kith