VIRGIL ABLOH : LES 5 LEÇONS DU DESIGNER DE GÉNIE, PARTI TROP TÔT

Virgil Abloh

Le monde de la mode et du show-business est en deuil. Il vient de perdre l’un des siens. Le créateur de la marque Off-White et directeur artistique des collections homme chez Louis Vuitton s’est éteint subitement le 28 novembre, des suites d’un cancer. À seulement 41 ans, Virgil Abloh, a laissé son empreinte singulière sur la fashion industry, et bien au-delà. On vous dit pourquoi, en 5 points.

«Icône», «designer de génie», «visionnaire», «idole de la Génération Z», «styliste hors norme», «architecte du progrès»… les réseaux sociaux ne tarissaient pas d’éloges, dimanche dernier, à l’annonce de la mort de Virgil Abloh. Cette étoile filante de la mode, à l’ascension fulgurante, avait réussi, en 12 ans de carrière seulement, à s’imposer au firmament du monde très (très) fermé de la fashion industry. Comment ? En devenant le tout premier styliste afro-américain à la tête d’une grande maison de luxe (Louis Vuitton). Mais pas que. Qui était véritablement Virgil Abloh ? Et qu’a-t-il légué (selon nous) à la postérité ? Son style, sa vision, son état d’esprit… 


1/ Un style : le streetwear version luxe 

L’histoire d’amour entre Virgil Abloh et le streetwear remonte à loin, sans doute à son enfance passée dans l’Illinois. En 2009, il crée la RSVP Gallery à Chicago, en binôme avec Don-C, co-manager de Kanye West, qui le repère et le fait entrer dans sa garde rapprochée. Un espace mi galerie d’art, mi concept store ultra pointu, au sein duquel les créations de streetwear les plus hype côtoient des pièces vintage de grandes maisons de luxe. Il lance dans la foulée Pyrex Vision, un label dédié uniquement à la vente de tee-shirts Champion et Ralph Lauren dont il détourne les logos originaux, label qui connait un franc succès auprès des jeunes Américains en quête de «cool». Alors que la marque décolle, Virgil Abloh propose à plusieurs rappeurs d’imaginer des collections capsules, propulsant ainsi l’esthétique street au rang de must have.

Mais le véritable rapprochement entre culture de la rue et monde du luxe s’opère lorsqu’il crée, en 2012, un autre label, baptisé Off-White. Exit la simple customisation : cette fois-ci, Virgil Abloh endosse le costume du designer et dessine des collections de prêt-à-porter pour homme et pour femme… toujours inspirées directement de la rue. Leur signe distinctif ? De larges rayures blanches et noires,, qu’on retrouve sur les différentes pièces. Hoodies, doudounes, cagoules, sneakers, shorts et maillots de basketteurs, casquettes, joggings… Et même après avoir été propulsé à la tête des collections masculines de la maison Vuitton, en 2018, Virgil Abloh reste fidèle à son univers urbain, achevant ainsi d’imposer les codes vestimentaires de la rue sur les défilés des plus grandes fashion weeks internationales.

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2/ Un état d’esprit : plus on est de fous, plus on excelle

Dans un monde où, bien souvent, les stylistes préfèrent tirer la couverture à eux et régner sans partage sur leur univers, le très disruptif Virgil Abloha a très tôt développé des collaborations artistiques avec des marques ou des célébrités. Parmi ses associations les plus connues ? On retrouve un vestiaire pour les joueurs de la NBA, un SUV revisité pour Mercedes Benz, une collection capsule de douze pièces pour Levi’s, une valise couture Off-White x Rimowa, une paire de bottes en caoutchouc inspirée de Lady Diana pour Jimmy Choo, une bouteille écolo pour Evian et pas moins de… 10 modèles de chaussures Nike ! Le magazine Vogue a fait le compte, au total, le créatif aurait réalisé au moins 26 collaborations fructueuses. La force du collectif, ça vous parle ?


3/ Une victoire : la consécration de la figure de l’homme noir dans la mode 

Afro-américain d’origine ghanéenne, Virgil Abloh était donc le tout premier designer noir à la tête d’une grande maison de luxe. Si on l’a peu entendu (et parfois mal compris) au moment de l’émergence du mouvement Black Lives Matter, le designer-star a pourtant milité, à sa manière, pour les droits et la représentation des personnes de couleur noire. Comment ? En participant notamment à accroître leur visibilité sur les podiums et dans les campagnes de pub, mais aussi à la Une des magazines de mode, et en érigeant la figure du jeune « black » en quasi-muse dans certaines de ses collections chez Vuitton.

Défilé automne-hiver 2021 Louis Vuitton homme.


4/ Une conviction : miser sur les jeunes générations 

Et en 2020, Virgil Abloh, qui ne s’est jamais caché de vouloir utiliser son statut pour initier un changement dans le monde de la mode, lance «Post Modern», des bourses d’études destinées aux étudiants noirs, afro-américains ou de d’ascendance africaine. L’idée ? Favoriser l’égalité et l’inclusion de ces derniers en leur donnant l’opportunité financière d’intégrer de grandes écoles de mode aux États-Unis. Depuis sa création, «Post Modern» a ainsi levé un million de dollars, permettant de soutenir plus de 100 étudiants. Un engagement auprès des jeunes designers et une confiance dans les générations futures qu’il exprimait au quotidien, comme l’évoque Loïc Prigent dans un post Instagram: «Lorsque le lauréat du prix LVMH a été annoncé plus tôt cette année, Virgil Abloh s’est précipité vers les talentueux designers qui n’avaient pas gagné ce jour-là. Il leur a rappelé qu’il n’avait pas gagné le prix non plus.» De quoi leur donner envie d’y croire toujours plus fort.

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5/ Une conception : l’art total

Encensé pour son apport à l’industrie de la mode, Virgil Abloh était en réalité un artiste multidisciplinaire et touche-à-tout. Formé à l’architecture à l’Illinois Institute of Technology, c’est dans la musique, qu’il a fait ses premières armes, au sortir de ses études.Tout d’abord comme DJ, puis comme directeur artistique (il conceptualise des pochettes d’album pour Kid Cudi, Kanye West, Jay-Z… excusez du peu) ou encore comme producteur (avec des noms comme Boys Noize ou Lupe Fiasco). Après avoir séduit les podiums internationaux et gagné la confiance de Bernard Arnault, il poursuit sur une trajectoire plus plastique, exposant certains de ses looks et diverses installations au sein du très prestigieux Musée d’art contemporain de Chicago, et, plus récemment, certaines œuvres en béton au sein de la Galerie Kreo à Paris. L’art était pour lui un vaste terrain de jeu dont il fallait se jouer et se déjouer des codes. Chapeau bas !

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