PHÉNOMÈNE : ÉNERGIE MASCULINE OU FÉMININE, ET SI ON ÉTAIT LES DEUX ?

PHÉNOMÈNE : ÉNERGIE MASCULINE OU FÉMININE, ET SI ON ÉTAIT LES DEUX ?

Comme nous, vous n’avez sûrement pas échappé aux théories des gourous virtuels qui fleurissent sur Instagram pour vous faire croire que vos déboires amoureux seraient dûs à un problème d’énergie masculine/féminine déséquilibrée. Mmm… un brin sceptiques, on a creusé l’affaire.

Déjà, pour croire –car il s’agit bien d’une croyance–  à l’énergie masculine/féminine, il faut adhérer à une certaine spiritualité,  très en vogue sur les réseaux sociaux. Tellement trending qu’on ne sait plus si on se fait brainwasher façon prosélytisme 2024… 

À l’origine de cette tendance, la philosophie taoïste chinoise, qui revendique toute une approche où le déséquilibre de deux éléments feraient danser une salsa désarticulée à l’univers, à nous-mêmes et à nos relations. Dans cette approche, l’univers est un tout, donc nous faisons partie, et une loi universelle donc, chapeaute le bazar.

Le principe fondateur est le Yin-Yang, dans lequel comme le définit ici le CNRTL “deux aspects opposés et complémentaires de tout ce qui existe dont l’alternance, l’interaction permanentes produisent la vie, forment le grand principe de l’Ordre universel ou Tao. Le yin correspondant à la terre, à la lune, à l’ombre, au froid, à l’eau, à l’humidité, à la passivité, à la féminité. Le yang correspondant lui, au soleil, à la lumière, à la chaleur, à la sécheresse, à l’activité, à la masculinité. Yang et yin, lorsqu’ils sont unis, sont représentés par le symbole (…) appelé yin-yang (…).” 

L’écueil ? Confondre genres féminin et masculin et énergies féminine et masculine. Pourtant, dans l’inconscient collectif, perdure une vision totalement manichéenne et dopée aux clichés. Dans celle-ci, il y a d’une part les hommes, représentés comme les chasseurs, les responsables, les performants, les forts, les protecteurs. Et, les femmes de l’autre, nourricières, créatrices, faibles, qui doivent être protégées. 

 Le taoïsme bouleverse en cela les convictions en affirmant que tout est mu par une dualité complémentaire, y compris en nous-même, et que l’énergie féminine créatrice et douce et l’énergie masculine responsable et performante s’activent selon les contextes dans chacun de nous. Si toutefois nous parvenons à les exprimer dans leurs caractères sacrés et non dans leurs pires travers. 


L’énergie féminine, l’énergie masculine et le genre 

Remontons à la préhistoire. Au moment de la chasse au bison, il fallait zigouiller de quoi dîner. Et surprise absolue ! Le préjugé de taille qui circule encore selon lequel les hommes étaient chasseurs pendant que madame cueillait des petits fruits ou attendait pour faire bouillir le bison crevé, est erroné. Selon cet article qui reprend les résultats d’une étude menée à l’Université de Californie-Davis, les femmes préhistoriques chassaient, elles aussi, le gros gibier. Mieux encore, “la participation des femmes à la chasse au gros gibier était à cette époque normale”,  peut-on lire dans ce même article. Pas de quota, de politique RSE, mais juste des femmes dans leurs énergies masculines au moment où il le fallait. 

Mais alors pourquoi en 2024, cela coince ? Mettons à la place du bison du flouss, avec ce que nous avons fait des genres et leurs attributions définis par le corps dans notre société. Si monsieur rentre à la maison tout penaud après la chasse, ou que madame chassant aussi se révèle bien plus performante que lui, il peut y avoir problème. Oui, car il va se sentir menacé dans sa virilité, construite de toutes pièces à partir de ce que le masculin et le féminin doivent être culturellement. S’il est un homme, il doit être performant, une femme ne peut pas chasser autant que lui. C’est l’idée. Une homme qui pleure, c’est à peu près pareil : on l’associe, à tort, à une faiblesse très “féminine”. 

Pire, sur TikTok, on assiste aux dérives de jeunes influenceuses qui n’ont pas trop compris la théorie taoïste et encouragent les femmes à devenir une potiche pour attirer l’homme. Cette approche rétrograde et réductrice reflète une vision patriarcale qui ne date, en réalité, que de l’Antiquité romaine où l’homme a été érigé en autorité au sein du foyer.


 Les grecs, la naissance du patriarcat et du cliché du genre masculin

Ainsi lit-on ici que c’est “dans la première pensée grecque que se situe l’émergence du masculin, mais elle se confond avec l’excellence, la perfection.” Attendez, ce n’est pas terminé, c’est encore pire chez les Romains : “Avec les Romains, le masculin devient une personne, garantie par le droit des personnes. Ainsi le pater familias acquiert sur les non-personnes (enfants, femmes, domestiques, esclaves, incapables, Barbares…) tous les droits de l’autoritas, la potestas et l’imperium ».  La raison ? Transmettre le nom à sa descendance et contrer des sociétés majoritairement matriarcales jusqu’alors. De là découlerait le déni forcé de la dualité énergétique qui habite tout être pour cantonner chaque genre à des rôles définis et hiérarchisés. 

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Énergie masculine sacrée, le contraire du mâle dominant…  

Le cliché d’un masculin autoritaire, attribué au genre masculin, et l’énergie masculine sacrée apparaissent donc comme contradictoires. Dans cet article, la thèse d’une expression de l’énergie masculine à son comble, qui serait à l’opposé du patriarcat dominant, est posée. Le masculin sacré reconnaîtrait et honorerait le féminin et s’exprimerait ainsi : “Par essence je suis, je n’ai rien à prouver, je m’aime comme je suis, je suis aligné et je fais de mon mieux à chaque instant et je m’en satisfait”. Le masculin sacré est, on le rappelle, autant l’apanage des hommes que des femmes. 

Le syndrome de l’imposteur chez les femmes traduirait ce manque d’ancrage solide dans son masculin sacré, qui lui impliquerait une pleine confiance, de même qu’une jalousie maladive serait une expression d’une énergie féminine en souffrance qui peut être ressentie par un homme ou une femme. Édifiant.


Du sacré de l’énergie masculine/féminine

Dans le concept d’énergie masculine/féminine, chacune comporte des mauvais aspects et des caractères sacrés qui s’opposent. Violence et domination pour l’énergie masculine, jalousie et paresse pour la féminine, entre autres. Prendre possession du sacré de chacune garantirait une harmonie intérieure d’abord, puis une harmonie relationnelle. En somme, il s’agit de tirer parti de nos énergies pour atteindre notre plein potentiel. 

Car un homme ancré dans ses énergies masculines et féminines sacrées en proportions justes susciterait une pleine possession de ses énergies féminines. Et vice versa, en face. C’est ce qu’on appelle l’équilibre. Le symbole du Yin-Yang le démontre très simplement : pour s’emboîter parfaitement il faut du noir et du blanc, et un peu de l’un dans l’autre. 


Energie féminine et masculine : les lois de l’attraction 

La philosophie taoïste revendique donc un équilibre des énergies féminine et masculine en soi pour être…aligné (ça y est, on est devenu des auteurs de TedX de 30 secondes sur iPhone) avant d’aller prétendre s’unir à une autre énergie. Pour ne pas se planter, il faudrait donc d’abord observer l’élu(e) de notre cœur. Est-il(elle) à l’aise avec son énergie féminine et masculine dans leurs expressions sacrées ? Laquelle prédomine et laquelle avons-nous également ? En fait, est-il(elle) équilibré(e) ? Et que réveille-t-il(elle) en moi ? Le bon ou le mauvais de mes énergies ?  

Mais, et c’est là le piège, nous serions plus ou moins attiré(e)s par l’énergie que nous avons en proportion moindre. Ainsi, si je suis une femme, dans mon énergie masculine, je serais attirée par un homme à l’énergie féminine prépondérante et vice-versa. Dans ces contraires qui s’attirent, l’idéal serait de parvenir à susciter l’éclosion du sacré chez chacun, et donc se tirer vers le haut mutuellement. En plus clair, il faudrait que les deux personnes soient ouvertes à ce principe. Et donc disposées à travailler sur elles pour devenir les versions les plus abouties d’elles-mêmes. 

Car, attraction et relation réussie sont deux choses différentes. L’attirance peut être absolument alchimique. En revanche, si les convictions concernant le genre ne sont pas partagées, des énergies pourtant complémentaires ne pourront rien face à ce que les constructions mentales, les héritages transgénérationnels, les injonctions de la société vont provoquer en réponse chez l’un et l’autre. Le risque ? Réveiller le pire des énergies féminines et masculines chez chacun. 


 Quid de la compatibilité? 

L’harmonie dans cette approche ? C’est une codépendance vertueuse fondée sur un alignement de chacun, où énergies, pensées et valeurs sont cohérentes. Il faudrait donc que les deux soient accordés d’abord à l’intérieur d’eux-mêmes avant d’aller chercher l’âme-sœur (autre concept utopique ou non, selon les croyances). Surtout dans une société à deux vitesses où la vision patriarcale se heurte à une femme qui prend sa place à égalité avec le monsieur. “Connais-toi toi-même” : la devise inscrite au frontispice du Temple de Delphes, que Socrate reprend à son compte, est ici de mise. 

Résultat des courses, nous serions tous bipolaires si l’on en croit cette conception où femmes et hommes sont mus par une énergie masculine/féminine à équilibrer. Le(la) partenaire idéal serait celui(celle) qui constituerait cet équilibre suprême dans l’amour, l’égalité et l’harmonie. Une vision hypothétique mais néanmoins intéressante pour expliquer ce qui reste inexplicable : le mystère de la comptabilité amoureuse. 

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Photo (c) : WSG Magazine

Soraya Tadlaoui

Amoureuse de mode et d’(entre)chats, Soraya Tadlaoui a étudié à Paris la conception rédaction et la danse. Après une première expérience auprès du service de presse de Burberry, elle fait ses armes à la rédaction d’ABCLuxe, au Glamour, en tant que styliste photo auprès du Bureau de Victor agence de photographe, puis à L’Express.fr/Styles. En 2009, elle s’envole pour New York à la poursuite de ses deux passions, avant de tenter l’aventure casablancaise en 2011. Elle intègre alors la rédaction de L’Officiel Maroc. Depuis, professeur de danse, styliste, rédactrice freelance pour différents supports de presse, éditrice de contenus en communication éditoriale et rédactrice web pour le webzine nssnss.ma, elle surfe sur la tendance et sur les petites vagues de Dar Bouazza.

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