HUMEUR : CRÉER L’EXPLOIT, LE FÉMINISME, LES LIONNES DE L’ATLAS ET MOI

Il y a une actualité qui nous a donné pas mal de frissons cet été : la participation des Lionnes de l’Atlas à la Coupe du monde de football féminin. Car oui, à la rédac’ on aime de plus en plus parler foot, surtout si les joueurs sont des joueuses et qu’elles créent aussi l’exploit. Parce qu’il faut bien admettre qu’en plus de marquer l’Histoire, nos Lionnes ont su faire de leur présence à ce Mondial féminin tout un symbole. En prouvant qu’elles avaient toute leur place sur la scène sportive internationale, comme ailleurs. Le féminisme peut-il (aussi ) se jouer avec des crampons ? L’humeur (supportrice) du mois, c’est par ici.

Niya ! En renversant les pronostics, les Lionnes de l’Atlas marquaient jeudi dernier face à la Colombie et accèdaient aux huitièmes de finale de ce Mondial féminin. Un exploit historique pour cette équipe que l’on n’attendait pas : celle d’être la première sélection nord-africaine féminine à s’être qualifiée à un tel niveau de compétition. Partout, l’onde de choc est palpable. Dans le royaume entier mais aussi à l’international, on célèbre désormais avec fierté les joueuses marocaines, portées par l’aura de l’équipe nationale masculine lors de la Coupe du monde au Qatar.

Et une fois de plus, à l’image d’un scénario qui se répète, ce sera face à la France qu’il faudra rugir sur la pelouse demain. Un match aux allures de rendez-vous du destin qui nous fait poser la question : la revanche de nos Lions serait-elle finalement féminine ? Quoi qu’il en soit et quelle que soit l’issue du match, nous on pense déjà que sur le papier et dans nos cœurs, les Lionnes ont déjà fait bouger pas mal de lignes. 


Tir au but

Il faut dire que le symbole est fort. Tant au niveau sportif que culturel. Et signifie beaucoup pour la jeune génération de marocaines qui rêvent de devenir joueuses pro. Pour toutes les autres aussi, d’ailleurs. Dans les clubs de football, elles seraient aujourd’hui 5 fois plus nombreuses à s’entraîner… Mais au-delà de bousculer les mentalités, ce Mondial aura aussi été celui de l’inclusivité. Marqué par le geste de l’une de ses défenseuses, Nouhaila Benzina, première femme ever à jouer voilée depuis la levée de l’interdiction par la FIFA en 2014.

Une information relayée partout dans la presse mondiale et une action que le président de la FIFA, Gianni Infantino, a lui-même saluée. Oui, en devenant la première équipe à fouler le terrain d’une Coupe du monde avec une joueuse en hijab, les Lionnes se font aussi le nouvel étendard de l’inclusion dans le milieu sportif. N’en déplaisent à certains. 


Carton rouge 

Of course, ce match-là n’est encore pas gagné. Car, qu’on se le dise, les préjugés sont toujours bien ancrés chez nos homonymes masculins, surtout lorsque l’on touche au domaine du sport de haut niveau… Comme ce journaliste de la BBC qui n’a pas hésité à demander, lors d’une interview avec une joueuse, qui étaient ses « coéquipières homosexuelles ». Seriously ? Certains de nos congénères devraient y penser à deux fois avant de provoquer des femmes avec des crampons. Bien placé, le coup de pied d’une femme peut faire autant de dégâts que celui d’un homme vous savez.

Et non, jouer au football ne nous fera pas ressembler à Maradona. Comme nous le rappelle malheureusement cette archive du coureur cycliste Marc Madiot qui déclare en plein plateau TV à Jeannie Longo, qu’elle est « moche sur un vélo ». Prenez-en de la graine, face aux débats et polémiques stériles, les Lionnes de l’Atlas ne s’attardent pas. Elles jouent. En contribuant à leur échelle à faire évoluer les mentalités. Et ça, c’est déjà un pas de géant pour certains.


Adhésipon

L’espoir, c’est aussi de voir notre pays et les plus grandes instances du foot évoluer dans le bon sens. Notamment depuis qu’en 2020 la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a mis en place une stratégie de développement poussée pour accompagner le football au féminin. En nommant par exemple au poste de sélectionneur Reynald Pedros, ancien entraineur de l’équipe féminine de l’Olympique lyonnais (OL) – considérée comme l’une des meilleures – pour coacher nos Lionnes sur le terrain. Mais aussi en créant deux divisions professionnelles depuis 2021, dont les clubs s’engagent à former des équipes de moins de 17 et 15 ans. Un écho à la prochaine réforme de la Moudawana ? Quoi qu’il en soit, sur les pelouses, les résultats sont bel et bien là. 

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Appelez-moi Hakima

Du coup, à force de crier comme une timbrée dans mon salon à chaque retranscription d’un match des Lionnes de l’Atlas, j’ai décidé d’aller voir ça de plus près. Non je ne suis pas partie en Australie. J’aurais bien voulu. J’ai seulement participé à un match dans un club de foot féminin. Moi. Avec des crampons. Vous imaginez. Si mes performances n’ont évidemment pas été spectaculaires, le moment le plus gratifiant est arrivé lorsque ma fille m’a regardé comme Hakimi en personne. En allant même jusqu’à m’avouer que j’avais été « meilleure que lui ». 

C’est là que ça m’a frappé. Montrer l’exemple. Et dans son sillage, laisser aux prochaines générations le droit de rêver, et de rêver grand. Que l’on soit un homme ou une femme. C’est bien ça qui mérite aussi d’être encouragé sur le terrain. Aux Lionnes de l’Atlas : bravo les filles et merci pour tout ce que vous nous inspirez. On ne vous laissera pas tomber. 

Photo (c) : Spp Sports

Par Sarah Kroche.

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