Après deux années de mobilisation, l’inscription du caftan marocain à l’Unesco marque un tournant historique. La ministre du Tourisme et de l’Artisanat Fatim-Zahra Ammor et la créatrice Zineb Joundy racontent les coulisses, l’émotion et les enjeux d’une reconnaissance longtemps attendue
C’est une reconnaissance attendue, longuement travaillée, et hautement symbolique. Le mercredi 10 décembre 2025, le caftan marocain a été officiellement inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, à l’issue de la 20ᵉ session de son Comité intergouvernemental réunie à New Delhi, en Inde. Une décision qui consacre un vêtement d’apparat séculaire, mais surtout un savoir-faire vivant, transmis de génération en génération depuis plus de huit siècles.
Samir Addahre, ambassadeur délégué permanent du Royaume du Maroc auprès de l’Unesco, a salué un “travail ardu” et rendu hommage à la mobilisation de l’ensemble de la diplomatie marocaine, engagée pour faire aboutir ce dossier. “La cérémonie s’est tenue au Fort Lal Quila, un lieu emblématique de la culture indienne, lui aussi inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Il y avait quelque chose de très fort à voir le caftan marocain reconnu dans un espace déjà chargé d’humanité. À cet instant, on a vraiment senti que notre histoire rejoignait une histoire plus vaste”, témoigne la créatrice de caftan Zineb Joundy, présente lors de la cérémonie.
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Caftan marocain à l’Unesco : deux ans de bataille, une reconnaissance au bout du fil
Officiellement, l’aventure du caftan marocain à l’Unesco débute en 2023, lorsque le Maroc annonce son intention de déposer un dossier d’inscription. S’engage alors un travail de fond – documentation historique, inventaire des techniques et mobilisation de toutes les parties prenantes (artisans, créateurs, médias…) – afin de convaincre les 24 membres du Comité. “Il y a eu beaucoup de pudeur, mais aussi beaucoup d’émotions. On savait que le Maroc s’était fortement mobilisé pour cette inscription, et les rebondissements de dernière minute nous ont tenu en haleine. Quand la reconnaissance a été confirmée, le sentiment de fierté a été immense”, raconte Zineb Joundy.

Lors de la séance d’examen du 10 décembre, le dossier du caftan marocain à l’Unesco a d’ailleurs donné lieu à une séquence diplomatique animée. Une tentative de report procédural, formulée par la délégation algérienne, visait à introduire un amendement susceptible de ralentir l’inscription. Cette manœuvre a été rejetée par le président du comité, avec le soutien de plusieurs États membres, dont les Émirats arabes unis, l’Espagne et le Nigeria. À l’issue des échanges, la demande d’amendement a été retirée, ouvrant la voie à la validation.
Artisans, transmission et impact économique
Dans une déclaration exclusive accordée à Shoelifer, Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, s’est félicitée de cette reconnaissance du caftan marocain à l’Unesco, qu’elle qualifie d’”immense fierté pour le Maroc”. “Cette reconnaissance revient d’abord à tous les Marocains, mais surtout à celles et ceux qui ont fait vivre le caftan à travers le temps : nos artisans et artisanes. Leurs gestes, leur savoir-faire, leur capacité à transmettre ce patrimoine de génération en génération, c’est cela qui a permis au caftan d’arriver jusqu’à nous avec autant de force”, affirme-t-elle.
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La ministre souligne également le travail de longue haleine mené par l’ensemble des parties prenantes, notamment le département de l’Artisanat. Une démarche collective qui a permis de présenter un dossier “clair et cohérent”, confirmant son caractère inestimable. Au-delà du symbole, cette inscription du caftan marocain à l’Unesco ouvre des perspectives concrètes : renforcement de la notoriété internationale, stimulation de la demande. Et impact économique positif sur tout l’écosystème (créateurs, designers, artisans, commerçants).

“Pour les créateurs, cette inscription apporte une légitimité internationale. Elle renforce la valeur artistique du caftan, ouvre des opportunités dans les univers de la mode et du luxe, et encourage une création plus consciente, respectueuse de l’héritage tout en laissant place à l’innovation”, évoque Zineb Joundy. “Cette reconnaissance est aussi essentielle pour les artisans. Elle protège les savoir-faire ancestraux, renforce la fierté professionnelle et, surtout, garantit leur transmission aux jeunes générations, condition indispensable à la pérennité de ces métiers”, précise t-elle.
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Le caftan marocain à l’Unesco, entre soft power et couture en mouvement
Depuis plusieurs années, le caftan marocain s’impose comme un outil de soft power discret mais puissant. Présent sur les podiums, dans les expositions et lors de grands rendez-vous culturels au Moyen-Orient comme en Europe, il véhicule une image du Maroc à la fois patrimoniale et résolument contemporaine. À travers lui s’exportent un art de vivre, une idée du luxe artisanal, mais aussi une vision moderne de la femme marocaine. Affirmée, élégante, créative, libre dans ses codes comme dans ses réinterprétations.
Ce rayonnement est le fruit d’un écosystème riche et ancien. Depuis 1996, le défilé “Caftan du Maroc”, organisé par Femmes du Maroc et diffusé sur 2M, a largement contribué à inscrire le caftan dans l’imaginaire collectif et médiatique. À cela s’ajoutent les grandes couvertures de magazines marocains, de L’Officiel Maroc à la presse lifestyle. Ainsi que la visibilité donnée par les princesses marocaines, qui portent régulièrement le caftan lors d’événements officiels, renforçant sa portée symbolique et culturelle.
Parmi les nombreuses initiatives ayant accompagné ce mouvement, Shoelifer a pris part à la mise en valeur du caftan en assurant la direction artistique et/ou la curation de plusieurs projets culturels au Maroc et à l’international. Parmi eux, l’exposition et les défilés organisés en 2015 à Abu Dhabi dans le cadre de la Moroccan Heritage Week, inaugurée lors de sa première édition par le roi Mohammed VI. Ainsi que l’exposition “L’Odyssée du caftan”, présentée en 2024 à Casablanca, qui faisait dialoguer pièces anciennes, créations contemporaines et gestes artisanaux.
La même année, le Caftan Fashion Show de Doha, organisé à Dar Al Maghrib en présence de la princesse Lalla Hasna, réunissait dix créateurs marocains, dont Zineb Joundy. Et plus récemment, l’organisation de l’exposition “Dalí Diali – L’étoffe du rêve”, imaginée par Zhor Raïs à l’occasion de ses quarante ans de création, met en scène douze sculptures de Salvador Dalí avec douze pièces de caftan couture.
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Si le caftan marocain peine encore à s’imposer durablement dans les garde-robes occidentales, il a déjà conquis les élites culturelles et mondaines de la région MENA, devenant un marqueur de distinction autant qu’un objet de désir. L’inscription au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco renforce cette dynamique. Elle donne au caftan une légitimité universelle. En consacrant le caftan marocain, l’Unesco ne célèbre pas un passé figé : elle reconnaît un présent en mouvement. Et, surtout, un avenir.