CHIRURGIE ESTHÉTIQUE : COMMENT SAVOIR SI L’ON EST ALLÉ TROP LOIN ?

CHIRURGIE ESTHÉTIQUE : COMMENT SAVOIR SI L’ON EST ALLÉ TROP LOIN ?

Les réseaux sociaux abondent de commentaires sur la transformation esthétique de stars, comme Lindsay Lohan ou encore Demi Moore qui auraient trouvé le secret de jouvence. Médecine, chirurgie esthétique ou même Ozempic ? Dr M.*, chirurgien plasticien à Paris, fait le point sur les avancées et les travers de la beauté 2.0. Et c’est édifiant.

Le coup de frais magique. Vous savez, un front lisse sans être figé, une jawline raffermie, des pommettes ni trop gonflées ni trop écrasées… tout cela sans déceler le moindre coup de bistouri. C’est ce qu’on cherche tous. Sauf que de nombreuses personnes tombent dans les travers de la chirurgie esthétique et se retrouvent avec un visage trop tiré, une forme du regard modifiée, des volumes disproportionnés. La faute à qui ? À quoi ? Certainement à une envie de jeunisme un peu trop pressante de la part des patientes et d’une main trop lourde de la part des praticiens. D’autant que le secteur est (très) porteur. Restons sur une note positive. Certains actes, chirurgicaux ou non, sont néanmoins très bien faits. Le Dr M, chirurgien plasticien, expert en chirurgie réparatrice, explique le pourquoi, le comment et surtout les must-do. 


Une demande exponentielle et des vrais-faux conseillers

Voilà plusieurs années que le domaine de la chirurgie esthétique connaît une croissance constante. En 2023, le nombre total d’interventions chirurgicales et non chirurgicales a ainsi augmenté de 3,4% pour atteindre 34,9 millions, selon l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery (ISAPS). Cela équivaut à une augmentation globale de 40% au cours de ces 4 dernières années. Parmi les procédures les plus demandées, on retrouve aussi bien la liposuccion, l’augmentation mammaire et la chirurgie des paupières que les injections de toxine botulinique (le fameux botox) ou d’acide hyaluronique.

 

Si la chirurgie esthétique est aujourd’hui aussi plébiscitée, c’est en grande partie grâce aux réseaux sociaux qui ont largement démocratisé ces différentes pratiques. Mais ce libre accès à l’information a aussi pour effet d’éduquer les patients. « Grâce aux nombreux avant/après, les personnes sont mieux informées. Elles sont alors plus critiques et comprennent les différentes subtilités de ce qui est bien fait ou moins bien fait. Tout cela amène la profession à moderniser les techniques pour aller vers des opérations plus naturelles, qui se voient moins », confie Dr M, chirurgien plasticien spécialisé dans le visage. Car c’est bien des transformations moins drastiques et plus douces que recherchent aujourd’hui les médecins. Selon les professionnels, des changements trop visibles ou peu harmonieux sont souvent synonymes d’interventions mal réalisées.

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Les signes visibles des chirurgies

« Une opération de chirurgie esthétique bien faite ne doit pas se voir », annonce d’emblée le docteur M Mais il y a certains signes qui ne trompent pas. Un visage trop tendu et inexpressif est souvent le résultat d’un lifting réalisé « à l’ancienne » où seule la peau était tirée. « Les techniques de lifting ont considérablement progressé ces dernières années. Avec le lifting deep plane notamment (nous vous avions parlé en détail de cette nouvelle technique dans un précédent article à retrouver ici, ndlr), on repositionne les structures profondes du visage », explique le professionnel. Des cheveux trop remontés que l’on ne peut plus mettre autour de l’oreille, un lobe tiré vers le bas, de vilaines cicatrices ou encore un cou à peine remis en tension sont d’autres signes caractéristiques d’un mauvais lifting. 

 

Du côté de la chirurgie des paupières, appelée blépharoplastie, les anciennes techniques consistaient à couper la peau et les muscles pour accéder aux poches, ce qui avait tendance à arrondir l’œil. Aujourd’hui, on passe par l’intérieur des paupières afin de préserver leur forme. « La blépharoplastie classique a longtemps été une chirurgie de soustraction, c’est-à-dire qu’on enlevait de la peau et de la graisse. Maintenant, on comprend beaucoup mieux les phénomènes de pertes de volumes associés au vieillissement des paupières et à l’affaiblissement des muscles. On ajoute alors du volume avec de la graisse et on retend les muscles pour que les yeux soient plus grands, plus ouverts, moins fatigués », relate Dr M.

Enfin, concernant la rhinoplastie, là encore, un résultat peu harmonieux est souvent synonyme de chirurgie esthétique mal faite. « Un nez bien opéré doit s’intégrer parfaitement au visage et on ne doit pas soupçonner qu’il y a eu une rhinoplastie », explique le chirurgien. « Mais cela vaut pour toutes les interventions. Qu’il s’agisse de la poitrine, de l’abdomen, des fessiers…c’est toujours une histoire d’équilibre. Quand vous sortez des proportions harmonieuses et naturelles, forcément ça se voit », ajoute-t-il.

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Quid des injections ? 

Bien que les résultats des injections ne soient pas éternels, ceux-ci peuvent aussi trahir une intervention mal réalisée. Parmi les produits les plus utilisés, on retrouve l’acide hyaluronique et le botox. « Les acides hyaluroniques modernes sont de très bons produits qui sont bien tolérés dans l’immense majorité des cas, à condition que l’on injecte la juste dose. Lorsque l’on en met plus que nécessaire, cela a pour effet d’ajouter trop de volume. On finit alors avec un visage qui n’est plus proportionné », alerte le Dr M. On a en effet souvent tendance à vouloir multiplier les injections pour garder toujours le même résultat. Or, il faut savoir que l’acide hyaluronique ne se résorbe pas en totalité. Il peut rester 12, 18 voire 24 mois en fonction de chaque personne. « Il y a des zones qui se résorbent plus vite que d’autres. Le cerne par exemple se résorbe très lentement, à l’inverse de la tempe qui va beaucoup plus vite. Il faut donc faire attention à ne pas refaire à chaque fois le même traitement pour ne pas accumuler les couches de produit, se demander si cela est vraiment nécessaire avant de sauter le pas, puis toujours injecter de petites quantités », conseille le professionnel. Toutefois, l’acide hyaluronique a la particularité d’avoir un antidote, la hyaluronidase, qui permet de contrer ses effets. 

 

À l’inverse, le botox a la faculté de disparaître complètement au bout de 4 à 6 mois. On peut donc refaire le même traitement plusieurs fois dans l’année. Seulement, si le médecin a la main trop lourde, cela peut avoir pour effet de figer la zone du front et du regard. « Il y a un autre signe assez caractéristique d’un botox pas très bien fait, c’est la queue du sourcil qui monte en accent circonflexe. On appelle cela un Méphisto. En agissant sur la région centrale du front, la queue du sourcil n’étant pas bloquée, celle-ci remonte. Si cela arrive, il suffit de faire un petit point de botox pour bloquer la partie latérale du muscle frontal », partage le chirurgien. À noter qu’il n’existe pas de produit pour inverser les effets du botox. Si le résultat ne vous convient pas, il faudra être patient jusqu’à l’élimination totale du produit.

 

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À la recherche de plus de naturel

Vous l’aurez compris, il est aujourd’hui possible de se sublimer de façon subtile et naturelle. D’ailleurs, certaines personnes ayant un peu trop abusé de la chirurgie esthétique, n’hésitent pas à faire machine arrière. Les actrices Demi Moore et Lindsay Lohan en sont de parfaits exemples. Toutes deux sont en effet récemment apparues rajeunies de plusieurs années. Mais quelle est donc leur recette miracle ? « Demi Moore avait été très loin dans les injections d’acide hyaluronique, si bien qu’elle avait des pommettes qui avaient énormément augmenté. Elle a donc utilisé de la hyaluronidase afin d’enlever les excès de produit et a fait un lift très bien réalisé », analyse le Dr M. 

 

De son côté, Lindsay Lohan affichait trop de volume dans les lèvres, des paupières lourdes et un visage quelque peu empâté. « De ce que je vois, elle a probablement utilisé elle aussi de la hyaluronidase afin d’enlever les excès d’acide hyaluronique. Pour rajeunir son regard, elle a manifestement subi une blépharoplastie. Il s’agit d’une opération de chirurgie esthétique de très bonne qualité parce qu’elle l’a vraiment embellie et rajeunie, sans changer son regard », détaille Dr M. “Certaines personnes pensent également qu’elle a fait un lifting mais selon moi, cela semble peu probable. Lindsay Lohan est en effet jeune, elle n’a que 38 ans, et est dotée d’une belle architecture de visage. Il semblerait plutôt qu’elle ait perdu du poids de manière significative, peut-être en utilisant les fameux agonistes GLP1 (Ozempic, Mounjaro, Wegovy…). Enfin, sur les anciennes photos, l’actrice affichait un grain de peau dilaté et des petites taches vasculaires, comme de la rosacée. Aujourd’hui, son teint est beaucoup plus unifié et son grain de peau semble resserré. Cela laisse à penser qu’elle a bénéficié de nettoyages de peau profonds à l’aide de machines modernes et de lasers pour homogénéiser le tout”, ajoute-t-il. 

Il semblerait en effet qu’il est de plus en plus commun de mixer soins du visage, médecine et chirurgie esthétique pour obtenir de meilleurs résultats. « La trousse à outils de l’esthétique est beaucoup plus étoffée qu’il y a quelques années. La chirurgie s’est modernisée mais on a aussi toutes les machines qui savent retendre les tissus, les fils tenseurs, les multitudes d’injections comme les exosmoses, la mésothérapie, les lasers, etc. Avec la chirurgie, on cible surtout la profondeur mais on a aussi besoin d’agir sur la surface de la peau”, explique le professionnel. C’est donc le rôle du médecin de proposer à ses patients des plans de traitements complets, adaptés à chacun.


Des soins pour chaque âge

Si la chirurgie esthétique peut sembler miraculeuse pour s’offrir un coup de jeune rapidement, des soins en amont ainsi qu’une bonne hygiène de vie sont nécessaires pour améliorer la qualité de la peau et ainsi obtenir de meilleurs résultats. “Je reçois souvent des patientes de 50-60 qui n’ont pratiquement rien fait et qui veulent tout de suite se lancer dans le lifting comme solution miracle. Mais elles ont besoin de faire d’autres choses avant. Elles doivent d’abord prendre des hormones car la ménopause agit sur la qualité de la peau, elles doivent faire attention à leur poids, à leur nutrition et à leur sommeil, arrêter de fumer puis prendre en charge correctement leur peau à l’aide de soins profonds. Une fois que l’on fait tout ça dans le bon ordre et que l’on termine par le lift, on obtient un rajeunissement très harmonieux et naturel”, conclut le Dr M. Avant de sauter le pas d’une chirurgie esthétique, il est donc important de se renseigner sur les différentes techniques, d’être sûr de ce que vous voulez faire puis de demander plusieurs avis. 

*Notre interlocuteur a souhaité garder l’anonymat.

Photo (c) : Vogue 

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