Dans la course à la perte de poids, la tendance est aujourd’hui aux injections d’Ozempic, de Mounjaro ou encore de Wegovy. Ces médicaments réservés aux diabétiques ayant fait leurs preuves contre l’obésité, sont aujourd’hui détournés de leur usage initial pour mincir rapidement. Un phénomène qui n’est pas sans conséquences. On vous explique.
Vous cherchez encore la méthode miracle qui garantirait une perte de poids rapide et sans trop d’efforts ? Vous n’êtes pas seul(e). Selon le World Obesity Atlas, un peu plus de la moitié de la population mondiale (51%) sera en surpoids ou obèse d’ici 2035. En cause, la prévalence de la malbouffe, la malnutrition, la sédentarité, le manque d’activité physique… Mais voilà que depuis quelques mois, une nouvelle tendance émerge. Celle des médicaments antidiabétiques injectables. La promesse ? Perdre plusieurs kilos en peu de temps, simplement en s’injectant des doses d’Ozempic, de Mounjaro ou de Wegovy.
Oprah Winfrey, Rebel Wilson, Whoopi Goldberg ou encore Tori Spelling, toutes assument utiliser ces produits. Il n’en fallait pas plus pour que de nombreux influenceurs s’emparent du phénomène. Si bien que le hashtag #ozempic culmine à plus de 500 millions de vues sur TikTok. Alors, comment des produits destinés à traiter le diabète agissent-ils sur la perte de poids? Cette utilisation détournée n’est-elle pas sans danger sur la santé ? On fait le point avec le docteur Kanza Benomar, endocrinologue à Casablanca.
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Ozempic, Mounjaro, Wegovy… kesako ?
Bien que leurs noms diffèrent, ces médicaments sont de la même famille. Il s’agit d’analogues du GLP-1 (Glucagon Like Peptide 1), qui est une hormone intestinale. Concrètement, ils agissent de la même manière que cette dernière, en régulant la glycémie et en contrôlant la sensation de faim. “On retrouve deux sortes de ces analogues sur le marché. Il y a tout d’abord le liraglutide, commercialisé sous les noms Victoza et Saxenda, et le sémaglutide connu sous les appellations Ozempic et Wegovy. Le Mounjaro, quant à lui, est un tirzépatide c’est-à-dire qu’il contient deux hormones qui activent à la fois les récepteurs du GLP-1 et ceux du GIP (Glucose-dependent Insulinotropic Polypetide) », explique le docteur Benomar.
Mais alors, si l’on souhaite perdre du poids, lequel choisir ? “Ces deux molécules fonctionnent de la même manière et ont des bénéfices à la fois sur le diabète et sur la perte de poids. Seulement, on n’utilisera pas les mêmes dosages en fonction de la pathologie”, détaille l’endocrinologue. Pour faire simple, l’Ozempic et le Wegovy se composent tous les deux de sémaglutide mais l’Ozempic en contient moins et se destine donc aux diabétiques. À l’inverse, les dosages sont plus importants dans le Wegovy, ce qui en fait un médicament spécialement indiqué pour les personnes souffrant de surpoids ou d’obésité. “C’est la même chose pour le Victoza et le Saxenda. Le premier est utilisé pour traiter uniquement le diabète puisque son dosage de liraglutide ne dépasse pas 1,8 mg. Tandis que le Saxenda peut aller jusqu’à 3 mg et convient plutôt à la perte de poids”, ajoute Kanza Benomar.
Enfin, la différence entre le sémaglutide et le liraglutide réside surtout dans leur durée d’action. Le premier agit plusieurs jours dans le corps, nécessitant alors une prise hebdomadaire tandis que le deuxième est plus limité, d’où une fréquence d’injection journalière. Le choix entre les deux principes actifs se fait en fonction du patient, de son historique médical, de ses objectifs, etc.
Perte de kilos esthétiques, passez votre chemin
Cette famille de traitement a la particularité d’agir de différentes façons sur le métabolisme. Tout d’abord sur l’estomac en diminuant la vidange gastrique, sur le pancréas en régulant la sécrétion d’insuline puis sur le cerveau en augmentant le sentiment de satiété précoce. Résultat, le corps se sent rassasié plus rapidement, poussant alors à réduire les apports alimentaires et engendrant ainsi une perte de poids notoire. Il est en effet possible de se délester de 10 à 22% de son surpoids. Mais attention, ces médicaments ne se destinent pas à des personnes qui souhaitent simplement se débarrasser de quelques kilos.
“C’est bien là le problème. Même si la molécule n’est pas dangereuse, iI faut garder en tête que ces médicaments ont une indication particulière et des restrictions. Il y a toujours une balance bénéfices-risques à laquelle il faut faire attention. Ainsi, pour prendre ces traitements, il faut présenter un surpoids avec un IMC supérieur à 30 sans comorbidité (l’indice de masse corporelle se calcule en fonction de la taille et du poids, ndlr). Ils peuvent également être prescrits à des personnes présentant un IMC supérieur à 27, mais avec des comorbidités comme un syndrome d’apnée du sommeil, une hypertension artérielle, un pré-diabète ou un diabète, etc. Ces médicaments ne conviennent donc pas à des personnes qui souhaitent perdre seulement 3 ou 4 kilos. Dans ce cas-là, on augmente beaucoup le risque par rapport aux bénéfices”, alerte la spécialiste.
Vous l’aurez compris, ces traitements se destinent à des personnes qui souffrent de réelles pathologies. Malheureusement, cela n’est pas toujours respecté et de plus en plus de personnes souhaitent tester ces médicaments. C’est le cas de Lottie Moss, la petite sœur du célèbre mannequin Kate Moss. Cette dernière a récemment révélé dans son podcast être passée de 60 kilos à 53 kilos en quelques semaines seulement. Une perte de poids rapide qui a conduit à son hospitalisation suite à une overdose d’Ozempic.
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Gare aux effets indésirables
Outre les dangers liés à une mauvaise utilisation du produit, cet engouement pose aussi problème au niveau de la disponibilité des médicaments. En effet, face à l’ampleur du phénomène, les pharmacies européennes et américaines se retrouvent en rupture de stock d’Ozempic. Certains allant même jusqu’à falsifier des ordonnances. Or, vous l’aurez compris, chaque médicament présente un dosage de la molécule différent. Si une personne souffrant d’obésité, normalement sous Wegovy, peut prendre de l’Ozempic (destiné au traitement du diabète, on le rappelle), cela n’est pas possible dans le cas inverse, ce qui pose problème pour les diabétiques. D’ailleurs, le Wegovy est disponible depuis le 8 octobre 2024 en France où son utilisation est très encadrée.
Comme tout traitement, ceux-ci présentent plusieurs effets indésirables, surtout d’ordre digestifs, liés au mécanisme d’action de la molécule. Le fait de diminuer la vidange gastrique peut provoquer des épigastralgies, des remontées acides, des douleurs abdominales ou à l’estomac, une constipation ainsi que des nausées et vomissements. Mais aussi de la fatigue et une perte de muscle dues à l’amaigrissement et à la diminution des quantités alimentaires ingérées.
“Avant de prescrire ces médicaments, il faut toujours faire attention aux possibles contres-indications. Je ne vais jamais le donner à un patient qui a un antécédent de pancréatite ou qui présente un cas de cancer du pancréas dans sa famille, par exemple. Je procède également à un dépistage de nodules dans la thyroïde parce qu’il ne faut pas que ce soit pris par des patients qui ont des pathologies malignes comme un cancer de la thyroïde”, détaille Kanza Benomar.
Pas d’auto-médication !
De manière générale, ces traitements, délivrés sur ordonnance, ne doivent pas se prendre en automédication. Sachez que seuls les endocrinologues, les gastro-entérologues, les cardiologues, les pneumologues voire les médecins nutritionnistes peuvent prescrire ces traitements. “Il est très important de se faire accompagner par un médecin qui connaît le médicament et peut le prescrire en toute connaissance des effets indésirables, des contre-indications et surtout du suivi du protocole. On ajuste en effet les doses au fur et à mesure et au cas par cas, ce n’est donc pas quelque chose que l’on peut prendre seul”, explique le médecin.
Attention donc à ne pas se faire prescrire ce type de traitement par un diététicien. “Ces derniers ne sont pas des spécialistes et ne sont pas aptes à suivre le patient dans le cadre du bilan à faire. Cela reste une prise en charge multidisciplinaire avec un accompagnement spécifique en termes d’encadrement alimentaire mais aussi parfois psychologique”, alerte le docteur Benomar.
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Encore une fois, le protocole dépend de chaque patient, de sa condition et de ses antécédents. Et il ne fera aucun miracle s’il n’est pas accompagné d’un effort au niveau sportif et alimentaire. “Je pense qu’il faut considérer ces traitements comme une façon d’amorcer un changement de vie. Ça permet aux patients en surpoids et obèses qui étaient dans une impasse thérapeutique de se motiver à faire plus d’activité physique parce qu’ils vont commencer à perdre du poids et se sentir plus légers. Donc ça peut vraiment être un stimulateur pour changer son style de vie et aller vers tout ce qui est plus sain”, conclut l’endocrinologue. Notez qu’au Maroc, seul le Victoza (à base de liraglutide) est disponible. Il vous faudra compter environ 1000 dirhams par mois de traitement, sachant qu’il s’étale en moyenne sur une période allant de 6 mois à un an.
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