TALENT : QUI EST INÈS LAKLALECH, L’ÉTOILE MONTANTE DU GOLF MAROCAIN ?

ines laklalech

Son nom ne vous dit peut-être rien mais retenez-le bien, car Inès Laklalech n’a pas joué sa dernière balle. Bien au contraire, la jeune golfeuse marocaine vient de remporter son premier Lacoste Ladies Open de France, consacrant ainsi la première victoire d’une joueuse arabe (et marocaine!) dans cette compétition. Rencontre avec un talent à suivre de très (très) près. 

Chez Shoelifer, vous le savez, on aime vous parler de ceux qui réussissent, comme dans notre série sur les Marocains qui cartonnent à l’étranger ou encore sur les entrepreneurs à succès. Mais on aime aussi vous faire découvrir les nouveaux talents. Alors quand on a appris qu’Inès Laklalech – une Casablancaise qui fêtera ses 25 bougies dans un mois – a remporté le 17 septembre dernier le prestigieux Open de France de golf, on s’est empressées d’aller lui poser quelques questions. Vous trouviez que nous manquions de role model dans le sport marocain ? Eh bien détrompez-vous. Entretien avec une jeune prodige du green.  


Raconte-nous d’où te vient ta passion pour le golf… 

J’ai commencé quand j’avais dix ans. C’était le début des grandes vacances et j’avais insisté pour accompagner mon père à son tout premier cours de golf. Je suis restée à côté de lui pendant toute la session, et le ramasseur de balles m’a montré comment jouer. À partir de là, je me suis prise de passion pour le golf au point de jouer environ 8 heures par jour pendant tout l’été. Le golf est un sport qui demande énormément de répétition pour bien assimiler le mouvement, j’ai donc pu progresser rapidement et devenir assez douée. J’ai même commencé à battre des garçons plus âgés que moi, qui jouaient depuis plus longtemps, et je crois que c’est cet esprit de compétition, cette volonté d’être meilleure que les autres et de dépasser mes limites qui m’a vraiment donné envie de continuer. À 12 ans, j’ai intégré l’équipe nationale marocaine : j’ai disputé les championnats arabes, le championnat d’Afrique, le championnat du monde à deux reprises et divers tournois en Europe. 


Petite fille, tu préférais donc passer tes journées au golf plutôt qu’à jouer avec tes amis ? 

Le Golf d’Anfa a toujours été une sorte de paradis pour moi. J’aime énormément la nature et je me sentais vraiment apaisée à chaque fois que j’arrivais là-bas. C’est quelque chose qui a beaucoup joué dans ma passion pour ce sport. 

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À quel moment as-tu su que tu voulais te professionnaliser ? 

Après le bac j’avais envie de me spécialiser dans le golf. Je suis partie faire sport-études aux États-Unis mais je n’ai pas du tout accroché, du coup j’ai arrêté le golf. Il n’était plus question pour moi de faire du sport à haut niveau. J’ai repris des études à Londres pour faire carrière dans le business en général. Mais je n’avais pas abandonné le rêve de représenter un jour le Maroc en compétition à l’international. En 2019, j’ai participé aux sélections pour les championnats du monde en amateur. Le directeur technique national (DTN) de la Fédération marocaine de golf, Olivier Edmond, m’a vue jouer et m’a dit : « Je ne comprends pas pourquoi tu as arrêté le golf, tu as un super potentiel. Lance-toi à fond et tu auras de bonnes surprises« . Il m’a remotivée et redonné confiance en moi. Grâce à lui, j’ai repris le chemin du golf professionnel. J’ai commencé par faire de bons résultats en deuxième division européenne, puis j’ai décidé d’aller jouer les qualifications du circuit américain. J’ai passé la première phase mais j’ai eu beaucoup de difficultés sur la deuxième. C’est là que j’ai opté pour le Ladies European Tour, un circuit professionnel majeur, sur lequel je suis arrivée 15e en décembre 2021.


Quelle a été la réaction de ton entourage ? 

Mes parents, mon frère et mes proches m’ont toujours encouragée dans mes choix. Ils m’ont dit de suivre mon intuition, de prendre mes propres décisions, et qu’ils seraient toujours là pour me soutenir. Ça a donc été important pour moi d’être boostée par quelqu’un comme Olivier Edmond qui connaissait le golf de haut niveau, d’une part, et d’avoir le soutien de mes proches, d’autre part. D’ailleurs je remercie ma famille d’avoir cru en moi, car je sais qu’une carrière dans le sport peut faire peur : cela suppose de prendre des risques et parfois de renoncer à faire des études.


Est-ce difficile en tant que femme de se faire accepter et respecter dans le monde du golf ? 

Personnellement, je n’ai jamais eu de mauvaise expérience. Quand j’ai commencé à jouer, je ne jouais qu’avec des garçons, dans des catégories mixtes. Comme je gagnais, ça imposait naturellement le respect je crois (rires). 


Quelle est ta routine d’entraînement ? 

Je m’entraîne six fois par semaine. Quand je ne fais pas de parcours et que je veux travailler ma technique, je fais entre 5 et 6 heures d’entraînement par jour. Je suis également quatre à cinq séances par semaine de 2 heures d’haltérophilie avec une préparatrice physique. Et tous les deux à trois mois, je vais voir mon coach à Montpellier.


Dans quel état d’esprit as-tu abordé l’Open de France ? 

J’étais déjà proche de la victoire il y a trois semaines en Suède, pour le Skafto Open (qui fait partie du Ladies European Tour, ndlr). J’y ai vécu une expérience assez particulière, car c’était la toute première fois que je voyais mon nom en tête du classement, à neuf trous de la fin du tournoi. Ça m’a énormément stressée, je n’étais pas encore prête et mon corps s’est crispé. J’ai fini 8e. Je me suis vraiment sentie impuissante ce jour-là. Lorsque je suis arrivée à l’Open de France, je l’ai abordé comme tous les autres, en donnant mon maximum à chaque coup et quand j’ai vu que j’étais toujours en tête, j’ai compris que l’expérience vécue en Suède allait me servir. Et cette fois, ça a été beaucoup mieux ! Ma victoire à l’Open de France m’a apporté un énorme boost de confiance. 


Qu’est-ce qui t’a semblé le plus difficile ?

Honnêtement, c’est le sommeil, je passais des nuits assez agitées donc j’étais très fatiguée. Heureusement l’adrénaline me permettait de me maintenir en forme. 


Comment envisages-tu la suite ? Quel est ton prochain challenge ? 

La prochaine grande étape d’ici fin 2022 serait d’intégrer le circuit américain : j’ai passé la première phase en août et la seconde aura lieu en octobre. J’espère y décrocher mon ticket pour pouvoir faire une saison complète sur le meilleur circuit mondial féminin ! 

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Quels sont tes conseils pour les jeunes filles et femmes qui souhaiteraient se professionnaliser dans le sport ? 

Je pense que nous avons tous la possibilité d’être le héros de notre propre histoire. Nous pouvons faire tout ce qui nous passe par la tête. Visualisez le succès et donnez-vous la permission de gagner. J’ai envie de leur dire que tout est possible, la seule chose qu’il reste à faire, c’est de rêver.

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