QUOI DE NEUF DANS LE DOMAINE DE LA PMA ?

QUOI DE NEUF DANS LE DOMAINE DE LA PMA ?

Intelligence artificielle, séquençage ADN dernière génération, nanorobots…la procréation médicalement assistée (PMA) ne cesse d’innover. L’objectif étant d’offrir toujours plus de solutions efficaces aux couples qui font face à l’infertilité. Quelles sont ces avancées révolutionnaires ? Où en sommes-nous au Maroc ? Qu’en est-il des questions éthiques ? Réda Benmansour, médecin biologiste à la tête du laboratoire Biodiag, nous éclaire à ce sujet.

Selon un rapport publié par l’OMS début 2023, 17,7% de la population mondiale est touchée par l’infertilité, soit environ une personne sur six. Au Maroc aussi, la tendance est visible. Le ministère de la Santé estime en effet que cela concerne 850 000 à 900 000 habitants, soit un peu plus de 17% des couples marocains. Pour rappel, l’infertilité est la difficulté à concevoir un enfant. Les causes peuvent être féminines (problème ovulatoire, endométriose, fibromes, imperméabilité des trompes…), masculines (généralement dues à une altération du sperme) ou mixtes. Parallèlement, le domaine de la PMA est en constante évolution. 

Les dernières technologies font aujourd’hui appel à l’intelligence artificielle ou encore à des nanorobots. Certaines cliniques utilisent également un séquençage ADN amélioré afin de déceler les troubles génétiques et chromosomiques des embryons avant l’implantation. Mais jusqu’où aller ? Cette sélection ultra-pointue ne pose-t-elle pas des problèmes éthiques? Qu’elles soient déjà pratiquées ou encore au stade de la recherche, on fait le point sur ces différentes avancées qui ont toutes en commun d’offrir beaucoup d’espoir aux personnes dont le rêve est de fonder une famille.


Les techniques actuelles de PMA

On estime qu’un couple est confronté à l’infertilité au bout de 6 mois à un an d’essais infructueux. La première étape consiste donc à comprendre d’où vient le problème. Il y a pour cela tout un bilan à réaliser chez le gynécologue et au sein d’un laboratoire spécialisé en fertilité. Suite à cela, il est possible de poser un diagnostic et donc de proposer diverses solutions. “Il peut s’agir d’indications opératoires comme par exemple une patiente qui présente des polypes ou certains fibromes utérins ou un homme qui présente une variocèle (une dilatation des veines des testicules, ndlr). Dans ces cas-là, on peut commencer par opérer en espérant rétablir une fertilité spontanée. Pour d’autres couples, on se tourne immédiatement vers la PMA”, explique Réda Benmansour. Il existe actuellement 3 techniques de PMA différentes. L’insémination artificielle ou intra-utérine est la plus simple. Elle consiste à stimuler l’ovulation de la femme avec des injections pour synchroniser l’ovulation avec l’insémination des spermatozoïdes qui se fera directement dans l’utérus de la patiente.

La deuxième technique est la plus utilisée dans le monde. Il s’agit de la fécondation in vitro. On retrouve ici deux cas de figure : la FIV classique et l’ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes). “Le choix entre les deux techniques dépend principalement des paramètres du sperme du conjoint. Dans tous les cas, on débute par une stimulation ovarienne à l’aide d’hormones que la femme va s’injecter tous les jours pendant la première partie de son cycle afin de récolter un maximum d’ovocytes. Ces derniers seront ponctionnés au bloc opératoire, sous anesthésie générale, 36h après l’ovulation. Le même jour, le mari va donner son sperme afin de pouvoir procéder à la fécondation”, détaille le médecin biologiste. 

Si le sperme est de bonne qualité et présente suffisamment de spermatozoïdes, il va simplement être mis en contact avec les ovocytes dans une boîte afin de laisser la fécondation se faire toute seule. À l’inverse, si l’on n’a pas assez de spermatozoïdes, les biologistes vont privilégier l’ICSI. “Cette technique consiste à piquer à l’intérieur de chaque ovocyte puis d’aller injecter un spermatozoïde à l’intérieur”, décrit Réda Benmansour. 

Enfin, la troisième technique de PMA concerne le don d’embryon mais celle-ci est interdite au Maroc, tout comme les dons d’ovocytes et de sperme.

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À la recherche des meilleurs spermatozoïdes

Vous l’aurez compris, la bonne qualité des spermatozoïdes est importante pour que la PMA soit un succès. Afin de sélectionner les meilleurs, différentes techniques existent. Dans le cas de la FIV, le sperme est “préparé” de sorte à le booster et ainsi récupérer une fraction de spermatozoïdes hyperactivée, prête à féconder. “Naturellement, quand le sperme est éjaculé, il n’est pas fécondant. C’est lorsqu’il passe dans le col de l’utérus, là où il y a la glaire, qu’il va s’hyperactiver. Seulement, lorsque l’on fait une FIV, on court-circuite cette étape-là. On va donc faire passer une petite épreuve d’effort aux spermatozoïdes puis les booster afin de recruter les plus fécondants”, explique le médecin. 

 

Aujourd’hui, de nouveaux dispositifs dans la sélection spermatique sont mis au point comme le Fertile Chip ou ZyMöt. “Fertile Chip est une technologie microfluidique qui reproduit les conditions naturelles du corps humain. Ce sont des petits dispositifs à usage unique dans lesquels on va disposer une goutte de sperme qui va devoir migrer dans un gel visqueux à contre-courant. Ce gel mime l’action de la glaire et permet donc de récupérer les spermatozoïdes les plus compétents. ZyMöt fonctionne de la même manière. Ces deux appareils ont la particularité de ne pas utiliser la force centrifuge car on dit qu’elle peut abîmer les spermatozoïdes. Seulement, les études sont un peu contradictoires et les résultats ne sont pas forcément probants. C’est prometteur mais il y a encore des choses à améliorer », détaille le biologiste. 

Ces technologies auraient en effet comme principal avantage de sélectionner les spermatozoïdes qui ont le moins de dommages d’ADN. Enfin, dans le cadre d’une insémination artificielle, une équipe de chercheurs allemands a mis au point des Spermbots. Ces nanorobots en forme d’hélice arrivent à s’enrouler autour de la queue du spermatozoïde afin de l’aider à atteindre l’ovule. 


Quid de l’intelligence artificielle ?

L’intelligence artificielle fait également son arrivée au sein de la PMA. Pour le spécialiste, celle-ci présente surtout un intérêt dans la sélection du bon embryon à transférer après FIV. On pense notamment à la technologie Time-Lapse qui permet une surveillance continue des embryons grâce à des caméras placées dans l’incubateur. À l’inverse, la technique traditionnelle consiste à sortir tous les jours à heure fixe les embryons afin de les examiner manuellement. “Toutes les données recueillies par les Time-Lapse vont permettre, à terme, de prédire quels sont les meilleurs embryons qui auront le plus de chance de donner une grossesse à travers des critères morphologiques. Et ce, pour chaque couple”, ajoute le Docteur Benmansour. 

 

De manière générale, les algorithmes d’IA vont aider les cliniciens à prendre des décisions plus éclairées après avoir analysé une grande quantité de données sur chaque patient. Bien que cette technologie n’existe pas encore au Maroc, Réda Benmansour nous rassure. “Aujourd’hui, les protocoles sont de plus en plus personnalisés et adaptés à chaque patiente en fonction de sa réserve ovarienne, de son bilan de santé, de ses antécédents, etc. Le gynécologue, en collaboration avec le médecin biologiste, assure un suivi rapproché. Pendant la période de stimulation, plusieurs contrôles sont effectués à l’aide d’échographies et de prises de sang afin d’ajuster si besoin le traitement hormonal, etc.”. 

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Jusqu’où pousser la sélection spermatique ?

Si les techniques offrent toujours de meilleurs résultats, cette sélection ultra-pointue de spermatozoïdes puis d’embryons peut soulever des questions d’ordre éthique. Jusqu’où est-il possible d’aller ? “Quand on dit sélectionner le meilleur embryon, ce n’est pas sélectionner celui qui sera le plus beau et le plus intelligent, mais celui qui a le plus de chances de donner une grossesse. Le but, c’est que ça fonctionne. Un embryon qui a le moins d’anomalies morphologiques ne veut pas dire que l’enfant aura moins d’anomalies génétiques. Ça veut juste dire que cet embryon-là a la capacité de s’accrocher à l’utérus et d’aboutir à une grossesse. Ce n’est donc pas de l’eugénisme, qui est une pratique strictement interdite”, répond Réda Benmansour. 

Pourtant, certains pays comme les États-Unis, la Belgique ou l’Espagne autorisent une sélection plus poussée. Ils s’appuient notamment sur la technique de diagnostic pré-implatoire (DPI). Normalement, celle-ci est utilisée dans le cas où l’un des parents souffre d’une maladie considérée comme grave ou incurable et possiblement héréditaire. En France, il est ainsi possible de chercher au sein des cellules des embryons la mutation du gène pour ainsi les évincer et ne garder que les embryons normaux. 

Les récentes techniques de séquençage de l’ADN offrent désormais la possibilité de détecter une gamme plus large de troubles génétiques et chromosomiques avant l’implantation. Selon les professionnels de la PMA, cet examen permettrait de gagner du temps et d’améliorer les taux de grossesse chez les femmes de plus de 38 ans qui ont un taux plus important d’embryons porteurs d’anomalies chromosomiques et donc un risque de fausses couches plus élevé. 

 

Pour autant, les limites de ces techniques sont floues. Aux États-Unis par exemple, il est possible de choisir le sexe de son enfant, la couleur de ses cheveux ou de ses yeux simplement en analysant l’ADN des embryons avant l’implantation. Ce qui pose un énorme problème d’eugénisme.


Et dans le futur ?

Enfin, des recherches et études toujours plus novatrices sont en cours. Parmi elles, l’émergence des utérus artificiels qui permettrait aux embryons de se développer en dehors de l’utérus de la patiente, réduisant ainsi potentiellement les risques associés à la FIV traditionnelle. Ou encore la gamétogenèse in vitro, qui vise à créer des ovules et des spermatozoïdes à partir des cellules de peau ou même des cellules sanguines d’un patient, éliminant ainsi potentiellement le besoin de donneurs. 

La PMA semble donc avoir de beaux jours devant elle, bien que celle-ci reste encore réservée à une élite. Au Maroc, il faut compter entre 30 000 et 50 000 dirhams pour chaque tentative. Néanmoins, Réda Benmansour l’assure, les résultats se sont clairement améliorés ces dernières années. L’évolution des technologies utilisées, l’amélioration des protocoles de stimulation et des conditions de culture des embryons permettent grandement d’augmenter les chances de grossesse.

Photo (c) : the skinny confidential

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