Autrefois marginalisé, puis banalisé, le one night stand perd-il son aura en 2025 ? Entre injonctions, tabous et quête de sens, décryptage d’un phénomène en pleine réinvention.
Le one night stand (relation d’un soir) est-il surcoté voire carrément devenu has been ? Oui, l’année démarre fort à la rédac’ et vous avez deux heures pour répondre à cette interrogation existentielle (LOL). Croyez-le ou non, cette question est loin d’être out of the blue (promis on va se calmer sur l’anglais), car en réalité nous sommes nombreux et nombreuses à y réfléchir. D’autant plus chez nous où en théorie les relations sexuelles en dehors des liens du mariage sont encore réprimées par le Code Pénal. En théorie, car en pratique de nombreuses personnes, toutes classes sociales confondues, s’aiment ou se dénudent sans s’être unis légalement.
Cette épée de Damoclès peut être une véritable charge mentale et entraîner une certaine culpabilité, entre notre réalité et nos libertés d’un côté, et la loi, la morale et les attentes de la société de l’autre. C’est d’ailleurs un sujet brûlant d’actualité, puisque dans le contexte de réforme de la Moudawana et du Code Pénal, les mouvements féministes et plusieurs partis politiques demandent l’abrogation pure et simple de l’article 470.
Le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi s’est lui-même positionné en faveur d’un élargissement des libertés individuelles et le respect de la vie privée. Il a par exemple dénoncé les établissements hôteliers exigeant un acte de mariage lorsqu’un couple décide de réserver une chambre, estimant que c’était “illégal”. Dense et intense ? Oui, voilà pourquoi la rédac’ a voulu creuser les évolutions et désillusions autour du one night stand.
Un sujet tabou ?
Au départ, l’auteure de ces lignes a demandé à Chat GPT (son nouveau BFF) de lui dégoter des articles ou des études publiés au cours de la dernière année sur “la fin du one night stand”. Résultat ? Rien, walou, nada. Le sujet n’est même pas documenté, c’est dire à quel point Shoelifer est précurseur (ou alors complètement à côté de la plaque). En revanche, lorsqu’on tape “relation d’un soir” et ses dérivés plus crus sur les moteurs de recherche, les résultats sont exponentiels.
Pendant longtemps, le sujet a été boudé par de nombreux sociologues et philosophes, lui préférant le couple monogame et exclusif. Même dans les sociétés les plus progressistes, les relations éphémères –qui ont toujours existé– étaient quasi tabou avant la “libération sexuelle” (et pas que) des années 1960-1970. Excepté chez les hommes qui, par on ne sait quel procédé miraculeux, sont juste considérés comme des Don Juan lorsqu’ils multiplient leurs partenaires sexuels.
Parlons vrai : ce sont en grande partie les mouvements féministes et LGBTQIA+ qui ont oeuvré pour que le modèle traditionnel (mariage hétérosexuel) ne soit plus la seule norme socialement tolérée. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’ils cristallisent encore autant de haine et de rejet de la part des franges réactionnaires et conservatrices. Au point qu’aujourd’hui, nous assistons à une véritable tentative de backlash de leur part, soutenue en grande partie par les Gafam.
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Mai 68 et les Millenials
Ce n’est qu’à l’aube du XXIe siècle et avec l’arrivée d’Internet que les mentalités et la parole se sont libérées. Les évolutions sociétales, l’émergence des applications de rencontre, l’ère post-MeeToo ont encouragé les experts à s’intéresser aux nouvelles formes d’amour et de sexualité.
Citons, notamment, la sociologue Eva Illouz (née à Fès), qui estime que la libéralisation des mœurs et les applications de rencontres entraînent une marchandisation des relations affectives. Ou encore le philosophe Richard Mèmeteau, qui considère le one night stand comme une “parenthèse enchantée”. En France, l’Institut national d’études démographiques (INED) a même publié un rapport intitulé Couples, histoires d’un soir, sexfriends chez les moins de 30 ans, en juin 2024. On y apprend, par exemple, que si le couple reste la norme chez les “jeunes”, le one night stand prend une place importante dans leur vie intime.
À ce propos, les hommes parlent plus volontiers de “plan cul”, alors que les femmes et les non binaires évoquent des “amitiés ++”. Attention néanmoins, malgré les discours masculinistes qui pullulent sur les réseaux sociaux, tous les hommes ne sont pas des machos ayant une image dégradante du sexe.
Injonctions contradictoires
In fine, le sexe sans engagement s’est plus ou moins démocratisé dans une grande partie du monde. Pour nombre de personnes, c’est même plutôt sain; considéré comme un moment de plaisir sympathique, à vivre avec insouciance et légèreté, sans trop d’affect et de projections. Et si jamais vous ne rencontrez personne de façon spontanée en soirée, décrocher un plan sympa est devenu ultra-facile (du moins en apparence) grâce aux applications de rencontres et aux réseaux sociaux.
Mais à y regarder de plus près, le concept de one night stand n’est pas si évident pour tout le monde, à en croire les articles sur le sujet. “Plan cul : mode d’emploi”, “plan cul : comment faire si je tombe amoureux(-euse) ?”, “Six choses à ne pas faire avec un coup d’un soir”, “Entre plan cul et couple : la situationship”… Ou encore, vu sur le forum Reddit : “Est-ce que vous êtes sympas avec vos plans cul ?” (lunaire). Bref, une simple recherche sur Google suffit à comprendre que pour de très nombreuses personnes le one night stand ou le plan Q régulier est source de prise de tête. Grosso modo, c’est comme si la société était passée du tabou total à une banalisation telle que certains vous regarderont bizarrement s’il vous prend l’envie d’entamer une relation amoureuse avec votre partenaire éphémère.
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Est-on passé d’une injonction à une autre ? Désolée pour le manque de nuance, mais la réponse est (roulement de tambour)… oui, clairement. Après la sacralisation du mariage (toujours en vogue dans la plupart des contrées), voilà celle d’avoir au minimum un ou une partenaire sexuel lorsqu’on est célibataire. Ne serait-ce que pour ne pas passer pour un ermite ennuyeux. Mais surtout pour n’avoir aucune attente. Et pourtant, on attend de la gent féminine d’y aller mollo, parce que les adeptes du slutshaming sont en mode sniper dans le buisson d’à côté. En psychologie, on parle d’injonctions contradictoires.
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No sex et alors ?
Primo, il est important de rappeler qu’on a le droit de mener une vie sexuelle libre, mais aussi de ne pas en avoir. Celà ne signifie pas qu’on a raté un truc ou qu’on est devenu sociopathe. Un exemple : récemment, l’auteure de ces lignes a rencontré une femme de 50 ans qui n’est plus du tout intéressée par le sexe, que ce soit à travers une histoire d’amour ou un one night stand. Eh non, ce n’est pas sa libido ni sa désirabilité qui sont en cause, mais son intérêt. Elle a été mariée puis a divorcé, elle a eu des enfants (désormais des adultes autonomes), elle a fait d’autres rencontres plus ou moins heureuses, puis elle s’est intéressée à d’autres choses. Cette femme est au firmament de sa carrière et au prime de sa vie (pleine d’assurance, bien entourée, très occupée et surtout plus rien à prouver aux autres). Le couple ? Elle y a déjà joué. Les one night stand ? La flemme.
Après tout, il existe mille et une autres manières de vibrer, les tracas en moins. Un credo que l’on retrouve aussi chez certains vingtenaires ou trentenaires qui ont décidé de se “préserver”. Pas dans un sens vertueux ou traditionaliste, mais plutôt pour protéger leur paix et leur stabilité émotionnelle. Le sexe n’est pas un acte “anodin” pour tout le monde, certains et certaines –sans le sacraliser– ont une approche plus “sensible”. Plutôt que de se risquer à un one night stand –et aux éventuelles déconvenues qui peuvent en découler–, ils/elles préfèrent se mettre en stand by. Surtout, ces personnes là ont définitivement quitté les applications, et privilégient la rencontre authentique (même si celle-ci n’est pas gage de durabilité).
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Les comptes ne sont pas (toujours) bons
Parfois, le sexe sans engagement demande beaucoup d’effort, en particulier celui de ne pas succomber à l’attachement. Pas toujours par amour véritable, mais pour combler un vide et parce qu’au fond on a tous et toutes besoin de chaleur humaine et d’une connexion émotionnelle. Pour les femmes s’ajoute aussi le poids du jugement : même si nous sommes au XXIe siècle et que le monde regorge d’hommes “modernes” et décomplexés, nous ne “couchons” pas à égalité. Dans l’inconscient collectif, la gent masculine reste plus libre de ses désirs que les femmes.
Et pour nombre d’entre elles, c’est un poids trop lourd à porter (au passage, bravo à toutes celles qui s’en émancipent). L’auteure de ces lignes a aussi recueilli une réflexion plus prosaïque de la part d’une amie, qui a enchaîné plusieurs rencontres faites en ligne après une rupture. “Meuf, tu sais combien ça me coûte un date ? Entre les ongles, les cils, le make-up, la tenue, les verres, le transport ? Tout ça sans aucune garantie d’atomes crochus entre nous. Et pour finir par se faire ghoster du jour au lendemain ? Le compte n’est pas bon Kévin !”
@its_nouhailaa Part 1. Using expensive make up 💖
Finalement, comme de nombreuses personnes, cette amie a frisé le dating burn-out . Une sorte de lassitude, qui finit par pousser les gens à se dévaloriser et à se refermer sur eux-même. Alors est-ce la fin du one night stand ? Assurément non. Mais pour beaucoup, il a de moins en moins d’attrait. Certain(e)s décident de s’en passer ou simplement de doser.
Voilà pourquoi la slowmance a la côte en ce moment. Kézako ? Prendre le temps de rencontrer quelqu’un, y aller étape par étape et fixer clairement ses intentions. Une manière de réinventer l’eau tiède ? Oui, d’autant plus que c’est l’application de rencontres Hinge qui a publié ce terme pour la première fois. Et si ce n’était pas le one night stand le problème mais ces applications ? Cela donne matière à réflexion.
Photo (c) : W Magazine
