CONGELER SES OVOCYTES, ÇA LE (SE) FAIT !

De plus en plus de femmes vont congeler leurs ovules en Espagne ou en Belgique. Ça vous semble dingue ? Pourtant, quand on y réfléchit, ça n’a rien de choquant. Pour vous, Shoelifer a pesé le pour et le contre.

La congélation d’ovocyte, ça ne vous dit rien ? C’est une procédure de plus en plus pratiquée, qui consiste à faire prélever et conserver ses ovules (en clinique) en les faisant congeler pour pouvoir préserver ses chances d’enfanter –un peu- plus longtemps.

Si on peut filer un coup de pouce au « mektoub » pourquoi pas ?

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Passé 30 ans, on connaît le refrain par cœur. Notre gynéco et notre entourage ne prennent pas de pincettes quand il s’agit de nous le rappeler : « si vous voulez des enfants, dépêchez-vous, l’horloge tourne » ! Si cela ne justifie pas pour autant de céder à la panique (ni à la pression), la bonne nouvelle c’est que grâce à la congélation d’ovocytes on peut désormais prolonger sa fertilité : en Belgique, on peut transférer les embryons jusqu’à 47 ans et jusqu’à 50 ans en Espagne, un record. Même si le docteur Mohamed Bennis, gynécologue responsable du centre de fertilité Ghandi à Casablanca, est moins optimiste. « L’âge de 45 ans est une limite raisonnable, au delà la grossesse est risquée pour la mère » estime-t-il.
Attention, pour multiplier les chances que ça marche, il y un facteur déterminant qu’il ne faut pas sous-estimer : l’âge auquel on vitrifie ses œufs. En effet, le docteur Bennis insiste sur le fait que « les ovocytes doivent êtres vitrifiés avant 35 ans, l‘expérience clinique actuelle montrant que les meilleurs résultats sont obtenus quand la femme l’a fait avant cet âge-là et qu’on dispose d’au moins 10 ovocytes vitrifiés. »

Après 35 ans, la fertilité baisse et les ovocytes diminuent en quantité et perdent en qualité. Or le nombre d’ovocytes congelés est un facteur déterminant ; plus on en a mieux c’est !  

La procédure se démocratise

Et qui est de moins en moins taboue : ce sera bientôt presque aussi banal qu’un rendez-vous chez le dentiste. En effet, de plus en plus de femmes qui y ont eu recours témoignent, les gynécologues le recommandent à leurs patientes et en Espagne, en Belgique, au Royaume-Uni, en Italie, en Ukraine, au Canada, au Japon, aux Etats-Unis et même au Maroc, c’est autorisé.
Depuis un an le centre de fertilité Ghandi à Casablanca propose cette pratique, même si le docteur Bennis précise que pour le moment « les demandes viennent surtout de couples jeunes avant une chimiothérapie ou radiothérapie. Quant à la préservation de fertilité pour des raisons sociales, elle arrive souvent à la quarantaine. Malheureusement un âge déjà tardif pour les femmes ». Le médecin explique encore que si, au Maroc, on peut faire vitrifier ses ovocytes en tant que célibataire, le jour où l’on souhaite aller au bout et les féconder, il faut être mariée.

Comment ça marche ?

En trois étapes : « Au début il y a la stimulation ovarienne, la femme doit s’injecter quotidiennement (pendant 12 à 15 jours) des médicaments hormonaux pour stimuler la production de multiples ovocytes. Une fois arrivés à maturité ils sont recueillis sous anesthésie légère. Ensuite, c’est l’étape finale. Ils sont vitrifiés (congélation ultra-rapide) et conservés dans de l’azote liquide à très basse température (-196°C). » Et quand on souhaite les réutiliser, ils sont décongelés, fécondés par injection d’un spermatozoïde unique au cœur de l’ovule (procédé ICSI). Quant à la durée maximum de congélation des ovocytes, il est difficile de l’estimer (c’est encore un mystère) : « Dans l’état actuel des connaissances (la vitrification est une technique récente) des ovocytes vitrifiés sont conservés depuis environ 10 ans. Il est possible qu’on puisse les conserver indéfiniment, mais la science médicale n’a pas encore assez de recul actuellement pour le garantir ».

On dit bye-bye à la dictature de l’horloge biologique

Du moins pendant un temps, puisque le bon timing n’est plus imposé par le tic-tac de notre ventre ni par la peur de connaître le même sort qu’un pot de yaourt périmé. Résultat, ça permet aux femmes qui ne sont pas prêtes à enfanter pour une raison ou une autre de prendre leur temps, d’êtres plus libres et surtout rassurées. C’est l’un des bénéfices majeurs de ce procédé, car au final : « beaucoup de femmes n’utilisent pas les ovocytes vitrifiés car elles trouvent entre-temps un partenaire pour une conception naturelle. Mais la conservation des ovocytes leur donne une assurance en cas de mariage tardif ou de projet parental différé pour des raisons professionnelles. »

Une plus grande égalité homme femme !

Après tout, pourquoi devrait-on, sous prétexte qu’on est une femme, choisir entre sa carrière et un bébé ? Grâce à la congélation, on n’est plus obligées de forcément sacrifier l’une à l’autre. Un enjeu d’ailleurs très vite assimilé par Facebook et Apple, les deux géants de la Silicon Valley qui se sont empressés de militer pour et proposent même de prendre en charge la congélation des gamètes de leurs salariées. Une initiative néanmoins controversée : si c’est chouette en apparence, c’est aussi un peu extrême venant d’un employeur et un brin sexiste. Cela sous-entend que les femmes seraient incapables de concilier maternité et carrière professionnelle. Enfin, ça, c’est un autre débat.

Mais… il y a un mais.

Forcément, la science a ses limites. Et si, sur le papier, la congélation d’ovocytes ça le fait, dans la pratique ça augmente certes un peu les chances mais ça ne marche pas à tous les coups. Le taux de succès est de 20% et peut aller jusqu’à 45% pour celles qui ont vitrifié leurs ovocytes avant 35 ans. En outre, vitrifier des ovocytes jeunes n’élimine pas les risques de complications liés à l’âge de l’utérus, c’est-à-dire, à celui de la mère. En effet, comme le précise le docteur Bennis: « on laisse croire qu’une femme est fertile au-delà de la quarantaine. En réalité la fertilité baisse à partir de l’âge de 36 ans et le taux de fausses couches aussi augmente avec l’âge. A 40 ans, les chances de naissance -par tentative- en FIV sont de l’ordre de 10% avec une récolte de 4 ovocytes et de 20% pour dix ou plus. »
A prendre en considération aussi, certaines phases du traitement ne sont pas très funky. Lors du traitement hormonal, il faut se faire une piqure dans le bas du ventre pendant 12 à 15 jours de suite. Quant à la dernière étape, la ponction des ovocytes, elle se fait généralement sous anesthésie générale.
Pour finir, le fameux ‘timefreeze’ (gel du temps) est un luxe que beaucoup ne peuvent s’offrir. Il faut compter entre 3000 et 4000 euros si vous le faites à l’étranger, comme en Espagne à la clinique Eugin, à Barcelone. Au Maroc, environ 20 000 dirhams (8000DH pour les médicaments et la simulation ovarienne et 12000DH pour la ponction et la vitrification) +2500DH par année supplémentaire pour conserver les ovocytes au frais.

Plus d’infos sur eugin.fr et sur ghandifiv.com

Alixanne Chapon

Anxieuse de nature, quand elle n’écrit pas pour se défouler Alixanne passe la majeure partie de son temps à arpenter les rues de Paris à la découverte de bons plans, à chiner –la déco étant l’une de ses passions–, ou tout simplement à deviser des heures durant (toujours sur des sujets hautement philosophiques bien sûr) avec ses ami(e)s. Elle a commencé à écrire il y a plus de huit ans au Maroc, son pays natal –et de coeur. Depuis quatre ans, elle vit dans le 12e arrondissement de la capitale française et a collaboré avec de nombreux supports (So chic, Capital, Management, 7X7.press, etc.). Ce qui ne l’empêche pas de rentrer régulièrement à Casablanca et Marrakech afin de retrouver les siens et de se mettre au vert…

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