LE MICRO-TROTTOIR DU MOIS: “QUELLE EST L’ACTUALITÉ QUI VOUS ÉNERVE (VRAIMENT) EN CE MOMENT?”

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Les droits des femmes? La pandémie? La planète? Dans l’actualité, les questions qui fâchent ne manquent pas. Du coup, on est descendus dans la rue pour récolter quelques témoignages. Parce que oui, il est toujours intéressant de savoir ce qui se passe dans la tête des gens, et pas seulement derrière les écrans. Personnalités publiques ou rencontres du quotidien, l’interview micro-trottoir, volume 1, c’est par ici.


C’était un jour comme un autre à la rédac’. Une journée rythmée par des tapotements de claviers, des emails à n’en plus finir et des pauses cafés-bien serrés. Mais entre deux coups d’œil sur les news du jour et les réseaux sociaux, elle a fini par se transformer en véritable débat, façon coup de gueule musclé sur chaîne d’informations télé. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, il en faut peu pour allumer la mèche. Quand certains ont gardé en tête les images du Capitole, d’autres ne pensent qu’à cette émission TV française sur la chirurgie esthétique qui a provoqué un tollé sous nos cieux. Suivez mon regard… D’autres en revanche ont été touchés par la vidéo de Jawjawb qui remet les droits des femmes au cœur du débat. Mais si les sujets ne manquent pas, les revendications ne sont pas toujours celles que l’on imagine. Et quoi de mieux qu’un bon vieux micro-trottoir pour l’illustrer ? De l’entrepreneur Saad Abid jusqu’au chauffeur de taxi Mohssine en passant par Kenza Bennani, la créatrice de New Tangier, ils (et elles) ont répondu à la question: “Quelle est l’actualité qui vous énerve en ce moment?”.  Et sans surprise, ce sont les actualités qui nous touchent de plus près qui nous énervent le plus,  of course ! Attention, interview sans langue de bois.


Saad Abid, entrepreneur social et influenceur environnementaliste.

“Le sujet qui m’énerve est en relation avec les événements récents qui ont touché notre intégrité (en référence à l’émission de la chaîne algérienne Echourouk News, nldr). Et le fait que si on met une photo de notre roi ou de notre drapeau en profil, une minorité commence à nous traiter de lèche-culs du pouvoir. C’est un phénomène assez nouveau… J’ai vu qu’il y avait de plus en plus de personnes qui critiquent ouvertement le roi, ce qui est pour moi, inacceptable. Nous sommes Marocains avant tout ! “Dieu, la patrie, le roi”, est notre moto et étant moi-même un citoyen qui adore son pays, c’est quelque chose qui me touche. Surtout venant d’une petite partie de la population qui ne fait rien pour le royaume à part critiquer. Avec toutes les actions que notre association a entreprises (l’association Bahri, ndlr), tout ce que j’essaie de faire pour la promotion du Maroc, c’est en tant que Marocain et fier de l’être que je poste ce genre de choses. Des pays comme les États-Unis brandissent leurs drapeaux sans aucun souci, mais nous, on est complètement à l’opposé. J’espère que cela va changer et que l’on va mettre en avant notre patriotisme, parce que on a un beau pays et il faut être fier de son drapeau et de son roi.”

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Zeyna Benbrahim Andaloussi, étudiante.

“La première chose qui me vient en tête, c’est l’efficacité des vaccins. Les médias nous ont fait croire que dès qu’ils allaient arriver, on allait peut-être reprendre une vie normale… Ce que l’on ne connait pas, c’est leur efficacité. Du coup, on attend ce vaccin comme le messie mais au final, on n’est pas certains du résultat… Ça reporte encore une fois nos espoirs à plus tard.”


Ali Benabdellah, architecte.

“En tant qu’architecte, ce qui me dérange, c’est plutôt la question des bâtiments patrimoniaux. Des édifices qui devraient être réhabilités, rénovés, sont laissés intentionnellement en désuétude. Ils finissent dans un tel état de délabrement qu’ils deviennent impossibles à rénover. Les promoteurs peuvent ensuite en profiter pour en faire un objet de spéculation financière, qui se transforme in fine en bâtiments moches, qui ressemblent à tous les autres. En juin dernier à Casablanca, par exemple,  la façade de la Villa Mauvillier, construction mythique bâtie en 1932 par le célèbre architecte Gustave Cottet a été démolie comme ça, en un claquement de doigt. C’est toute notre ville qui perd son histoire.”


Kenza Bennani, créatrice de la marque New Tangier.

Mon gros coup de gueule du moment, c’est ce que l’on est en train de vivre Tanger au niveau des usines textiles. Et notamment de ce drame qui vient de se produire avec la mort de 28 personnes dans un atelier de couture clandestin. Une usine illégale qui avait trouvé le moyen de mettre en place un atelier à trois niveaux sous terre, sans aucune sortie de secours, ni rien. Outre le problème de corruption, ce qui m’énerve encore plus c’est le système qu’il y a derrière: la fast fashion et les donneurs d’ordre. Au 21e siècle, on subit encore les conséquences d’un néo-esclavagisme qui, au lieu de donner de la valeur aux vies et au savoir-faire des Marocains, préfère les mettre dans des sous-sols pour produire des pièces moins chères et tabler sur la quantité plutôt que la qualité. Les grands groupes de mode fast fashion comme Inditex ont réussi à faire penser à toute la population que c’est normal d’acheter un tee-shirt à 50DH! Le Maroc a cette opportunité de pouvoir capitaliser sur son héritage manuel, qui est centenaire, et au lieu de ça, on finit dans un système esclavagiste. J’ai l’impression que c’est le but du jeu, de créer de l’emploi à basse valeur afin de continuer à employer des gens en les payant de misérables SMIC… J’espère que cette tragédie servira et que l’on finira par comprendre qu’il faut donner de la valeur aux vies personnes qui travaillent dans les usines.”


Zayna Amzil, femme de ménage.

“Les transports, c’est sûr c’est ce qui m’énerve le plus! J’habite à Bouznika et prendre le bus pour aller au travail est la chose qui m’énerve le plus tous les jours. Il faut savoir que sur mon trajet (Mohammedia-Bouznika), il n’y a que des mini bus qui sont déployés. Et chaque matin, c’est infernal! C’est une petite boîte de sardines qui est pleine de monde et avec le Covid-19 j’ai peur. Tout le monde est sur les nerfs, c’est toujours archi-complet, ils ne font pas attention aux gens… Surtout, quand on parle au chauffeur, il nous dit d’aller voir le patron. Mais nous, on ne sait pas qui il est, ni comment lui parler ! Tous les gens se bagarrent, s’insultent tous les jours et les femmes âgées comme moi sont obligées de rester debout.”


Ilham Lamrani Amine, journaliste au quotidien Le Matin du Sahara.

“Ce qui me fâche, c’est plutôt un sujet d’ordre économique. Tout simplement le refus des banques d’accorder des crédits relance à une bonne partie des entreprises, même si ce crédit est garanti par la CCG. Plusieurs sociétés le confirment… D’ailleurs c’est mentionné dans les résultats des enquêtes CGEM. Ça m’énerve dans la mesure où le secteur financier n’a rien à communiquer aux entreprises, il n’y a rien de concret. Sans l’accès à ces crédits là ils ne pourront pas démarrer leurs projets prévus pour l’année 2021-2022 et relancer leur activité…»


Mohssine Barra, taximan.

“Des problèmes il y en a beaucoup. Les voitures, les embouteillages, la crue qui a détruit les routes mais aussi l’éducation ou encore les mentalités. Mes soucis à moi, c’est l’embouteillage et l’argent. Toujours l’argent… Et la crise n’a rien arrangé. Les gens sont devenus encore plus nerveux. Il n’y a pas de travail, pas de sous, tout ferme à 21 heures : tout le monde est sur les nerfs. Je donne un exemple, il suffit que ce soit l’heure de pointe pour que des accidents deviennent des bagarres générales entre les voitures, les mobylettes, les bicyclettes…C’est malheureux.”


Youssef Boudlal, photographe reporter.

“Les sujets qui fâchent ? En ces temps de crise sanitaire, la liste est longue ! Sinon en règle générale, au Maroc comme ailleurs, je suis très touché par tout ce qui concerne le social. La baisse du pouvoir d’achat, l’enseignement, complètement décadent car muselé par la base, les difficultés pour se faire soigner (manque de médecins, médicaments non remboursés) … Mais aussi la fuite de nos valeurs et de notre identité, la peur de demain à cause de la dégradation planétaire et la globalisation du monde. Sans parler du pouvoir absolu de l’argent, qui fait que les humains, leurs droits, sont souvent oubliés. Ce qui est frappant, c’est ce décalage total entre les discours des hommes politiques et leur analyse rationnelle de la situation, par rapport à ce qui vit une partie de la population. Moi je le vois tous les jours sur le terrain, même si c’est derrière mon objectif.”


José Gurriere, retraité à Mansouriah.

“Moi c’est plutôt les couacs liés aux vaccins au Maroc qui m’ont perturbé. Enfin ce sont plutôt les vaccinés! Parce qu’il faut le dire, l’organisation a été parfaite. J’ai reçu un message, j’ai envoyé mon numéro de carte d’identité au 1717 et on m’a donné un rendez-vous quelques jours plus tard à Sidi Ben Chakchak. Lorsque je suis allé au dispensaire pourtant, j’ai attendu. Une heure, deux heures… On m’a expliqué qu’il fallait réunir au moins dix personnes pour commencer la vaccination.

En effet, un flacon équivaut au moins à 10 doses. Mais beaucoup de personnes ne se présentent pas au rendez-vous ! Du coup, on vaccine au minimum 8 personnes et le personnel soignant est obligé de jeter le reste. Vous vous rendez compte ? La moindre des choses serait que les gens préviennent s’ils ne veulent, ou ne peuvent pas, se faire vacciner pour laisser la possibilité aux autres et éviter le gaspillage. Après je sais aussi que l’on reçoit les informations par message en français ou en arabe, et c’est vrai que beaucoup de personnes ne savent pas lire l’un ou l’autre, ni même les deux ! C’est peut-être ce point qu’il faudrait améliorer. Mais tout de même bravo c’est une organisation rondement menée, si seulement tout le monde suivait…”


 Saida Al Haloui, esthéticienne.

“Le coronavirus, c’est le sujet qui me perturbe le plus. Après plusieurs mois de fermeture l’activité a certes commencé à reprendre, on a un peu plus de clients, mais ça reste encore très difficile. Les gens ont peur, on doit faire très attention, tout désinfecter, ne pas toucher leurs visages, se laver les mains un nombre incalculable de fois. Tout a changé. Le masque aussi, je dois le porter toute la journée et ce n’est pas facile… Le Covid-19 a tout arrêté. Les voyages, les activités, les salles de sport : on ne peut plus rien faire après le travail, juste rester enfermés à la maison ! Il y a ceux qui disent que le vaccin va tout arranger, mais moi j’ai peur de me faire vacciner, comme tout le monde. On n’a jamais utilisé ça, on ne connait pas encore les effets secondaires. On espère que ce sera la solution mais je n’y crois pas trop. Pourtant, on ne perd pas espoir, Inch’allah, dans quelques temps ça ira mieux !”

 

Photo(c) Inez van Lamsweerde x Vinoodh Matadin.

Charlotte Cortes

Une fois son master de l’ESJ Paris en poche, c’est entre la capitale française et sa ville de cœur, Casablanca, que Charlotte fait ses premières armes. Quotidiens d’informations, radio, post-production télévisuelle… touche-à-tout, cette journaliste mue par le désir d’en apprendre toujours davantage rejoint diverses rédactions (Metro, Atlantic Radio…) avec le désir de se frotter à différents médias. C’est à son retour au Maroc en 2015, que le lifestyle s’impose à elle, tout naturellement. Une évidence qui la pousse à intégrer le lifeguide Madame Maroc, dont elle deviendra rédactrice en chef trois ans plus tard. Depuis, elle écume les belles adresses du royaume à la recherche constante de nouveaux labels et autres hot spots. Aujourd’hui, c’est à Shoelifer qu’elle prête sa plume et son enthousiasme pour gérer la programmation du webzine. Ne vous y trompez pas, sous ses airs affairés cette pétillante brunette ne rêve que de danses endiablées, de plages désertes et… de bons plans mode, évidemment.

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