HUMEUR : LES VACANCES, LE PASSEPORT VACCINAL, LES MONTAGNES RUSSES ET MOI

passeport vaccinal

Coquillages et crustacés, le sable chaud, les plages de la Méditerranée et un verre de rosé. C’est à peu près l’idée que je me faisais de mes vacances à l’annonce de l’ouverture des frontières. Partir loin, aborder des contrées étrangères, en dehors de mon pays et de mes soucis. Que nenni. La menace Delta est venue assombrir mon été ensoleillé. Faisant du passeport vaccinal le nouvel it-accessoire à la mode. Partira, partira pas ? Après deux ans de montagnes russes sanitaires, le virus joue encore avec mes nerfs. L’humeur (pas vaccinée) du mois, c’est par ici. 


I have a dream

Je dois avouer que je m’y voyais déjà. Les doigts de pied en éventail sur une plage de Majorque, avec la chevelure salée et le bout du nez bronzé. Oui, l’espace de quelques semaines, je me suis surprise à voir la vie en rose. Ca y est, enfin, l’été 2021 arrivait, les proches rentraient, le virus s’oubliait et moi j’allais en profiter. Cette année c’est sûr, les vacances n’allaient pas m’échapper. Du coup, je me suis programmée un trip grand format. Pour commencer, les Baléares, puis le sud de la France, avant de finir par une petite expédition en mer, à bord d’un catamaran en Bretagne. Bref, trois semaine de farniente au son des cigales avec mon mec à mes côtés, loin de ma patrie et de mes ennuis.


Vaccin, y es-tu ? 

C’était sans compter l’arrivée d’un invité surprise : le variant Delta. Qui a remis malgré moi le vaccin au centre de mes priorités. Adios le it-bag de l’été, désormais, la hype des vacanciers se mesure au nombre de doses injectées. Et dans la battle des vaccinés et des non vaccinés, on a du mal à s’y retrouver. Commençons par le Sinopharm, administré à grande échelle dans tout le Royaume et pourtant toujours pas reconnu par les pays de l’UE. Conséquence, à l’approche de la période estivale, une nouvelle catégorie de sujets a émergé : les triples vaccinés. Oui, oui, au risque d’avoir le corps surchargé de molécules, certains de mes collègues n’ont pas hésité à se faire vacciner deux fois sur différents continents… quand moi, je n’ai toujours pas vu l’ombre d’une dose. Vous prendrez bien une petite piqûre de Pfizer, Sino, ou Astra ? Ou bien les deux à la fois ? Dis-moi quel vaccin tu as, je te dirais si tu partiras cet été.  


Dans la saga corona, je demande la saison estivale 2021

L’autre coup de théâtre de cette (mauvaise) série sanitaire est arrivé le 11 juillet dernier : la France et l’Espagne passaient désormais en liste B. Ce qui m’a voulu un bon coup de stress et un long calcul mental (au bord des larmes) pour savoir si je devais dépenser l’équivalent de mon PEL ou d’un voyage aux Seychelles pour finalement rester bloquée dans un hôtel à mon retour. Sans l’option massage, ni les cocktails de bienvenue évidemment. Je ne vous parle même pas du fait que le vaccin AstraZeneca version indienne (aka le Covishield, pour les connaisseurs ) n’a été accepté par la France qu’in extremis. Ou encore des théories du complot qui ont fini par grignoter ce qui restait de mon cerveau. Ce joyeux méli-mélo de news, d’erratums, de polémiques sur fond de fil d’actu Facebook, de groupe WhatsApp et d’appels au “cousin de” a fini par faire éclore une facette pas très reluisante de ma personnalité. Celle qui cherche par tous les moyens, (parfois inavouables c’est vrai) d’arriver à ses fins. Réservations d’hôtels fictives, faux pass sanitaires à shopper sur le net, motifs impérieux de boulot bidon, j’ai tout envisagé. Pourtant, au bout d’une semaine à établir des plans dignes d’un mauvais film d’espionnage, j’ai fini par retrouver la raison. Partir en vacances certes, mais dans les règles et sans stresser, c’est la meilleure solution pour mon esprit déjà fatigué.


La cigale et la fourmi 

Mon optimisme et moi on a été bien embêté quand j’ai fini, dans un éclair de lucidité, par checker mes comptes en banque. Il faut avouer que ces derniers temps, j’ai un peu abusé niveau dépenses. Résultat, mon solde m’a indiqué qu’il était grand temps de lever le pied, si je ne voulais pas finir par voyager en barque… à Mohammedia. Et comme une tuile n’arrive jamais seule, il a fallu que je découvre dans la foulée que ma carte d’identité avait elle aussi décidé de me mettre des bâtons dans les roues. Expirée. Depuis plusieurs semaines. Aïe. Quand voyager est devenu un parcours du combattant, une telle erreur peut vous coûter bien plus cher que vous ne l’auriez pensé. C’est ce qu’a tenté de m’expliquer Bae, bien énervé, au cours de l’engueulade qui a suivi. Il en a évidemment profité pour pointer du doigt – je cite-  mon comportement “à l’ouest” et me comparer à une cigale chantant tout l’été. Vous savez, celle qui se retrouve fort dépourvue quand la bise est venue… Mais ça ne m’a pas arrêtée. À la sueur de mon front, j’allais dépasser ma phobie administrative pour régulariser mes papiers et faire de ces vacances une réalité, juré, craché. Vous connaissez la suite : après dix allers-retours à la gendarmerie, une cinquantaine de documents légalisés, quelques cafards croisés dans les couloirs et pas mal d’attente, j’ai finalement pu agiter sous le nez de mon cher et tendre mon récépissé. Alors c’est qui, la cigale qui va pouvoir chanter cet été ?


Si près du but

Tous les voyants étaient désormais au vert. Les billets étaient payés, les hôtels bookés, mes papiers faits, le test PCR prêt : c’était trop beau pour être vrai. Tadaaaaam ! Comme sorti d’un chapeau magique, le coup de grâce est arrivé avec l’annonce du président français Emmanuel Macron et son pass sanitaire imposé… Pas de resto, de magasins ou de trains pour les non vaccinés ? Je me suis sentie pestiférée, et finalement, c’est la France qui a réussi le plus à me démotiver. Après ces montagnes russes, j’ai pensé à m’enfermer à tout jamais : revenez me chercher quand l’été sera passé. C’est pourtant à ce moment-là que j’ai eu LA révélation. J’ai pris conscience d’une chose : que dans ce jeu de chaises musicales, mon allégeance allait depuis plusieurs mois au plus offrant. Le Maroc place de nouveaux pays en liste B ? Franchement, c’est abusé. La France impose le pass sanitaire ? Au moins le Maroc n’a pas recours à ce genre de pratiques… Les critiques ont plu, en fonction de ce qui m’arrangeait – ou non. Et tout ceci en occultant sciemment le nombre de contaminés qui explose. Bref, j’ai dû reconnaître mon égoïsme de vacancière acharnée.


Happy end 

Du coup, j’ai fini par abdiquer. J’ai décidé de remettre à plus tard mes vacances à l’étranger. J’aurais pu partir en tant que non vaccinée. Mais vous savez quoi, les drames et autres prises de tête, c’est fini pour moi. J’ai atteint mon quota. Et désormais le seul mot que mon cerveau doit imprimer ce mois d’été (à défaut de mes billets) c’est RÉSILIENCE. Pas de grand voyage en Espagne ? Pas de souci, les nouveaux spots branchés de la capitale économique ou les adresses de charme à Essaouira ne demandent qu’à être visités par mes petits pieds. Pas de shopping dans le sud de la France ? Finalement, visiter les beauty stores du moment à Tamuda Bay, ça fait aussi rêver. Oui, c’est peut-être ça l’esprit des vacances : être heureux partout où l’on va, l’essentiel étant d’être bien entouré. Et ce variant m’a aussi fait comprendre qu’il fallait parfois laisser ses caprices de côté. Moi, quoiqu’il arrive, j’ai de la chance : cet été, je vais le passer sous le soleil, exactement. Peut-être même sur une plage cachée près de Bouznika… Qui sait ? 

Par Sarah Kroche. 

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