DÉCRYPTAGE : TANALAND, LE PAYS IMAGINAIRE DES FÉMINISTES

DÉCRYPTAGE : TANALAND, LE PAYS IMAGINAIRE DES FÉMINISTES

Tanaland, c’est le phénomène TikTok du moment. Il s’agit d’un pays fictif imaginé par et pour les femmes, dont les hommes seraient exclus. Derrière cette idée en apparence farfelue, se cache une réalité bien plus sombre. La rédac’ vous explique tout. 

Je pars à Tanaland”. En postant cette vidéo, Sali Matou, tiktokeuse française de 18 ans, n’imaginait pas créer une tendance reprise par plus de 18 millions d’internautes (majoritairement féminines). Mais c’est quoi au juste Tanaland ? Eh bien c’est un pays imaginaire, exclusivement féminin, où toutes les femmes (et les jeunes filles) victimes de misogynie, de sexisme et de slutshaming sur les réseaux sociaux pourraient trouver refuge. Et où, bien évidemment, les frontières seraient fermées à nos congénères masculins. 

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Tana, une insulte sexiste 

Stupide ? Immature ? Misandre ? Tanaland est avant tout une réaction, pleine d’humour et de sororité, face au masculinisme et au sexisme qui pullulent sur Internet. C’est d’ailleurs pour échapper à toute forme de censure que de nombreux internautes masculinistes ont eux-même lancé le mot “tana”. En argot, tana signifie p***, il est probablement tiré du lexique du rappeur français Niska ou bien du mot espagnol “putana” (prostituée). Globalement, il sert à insulter et dégrader toutes les femmes dont on pense du mal, car jugées trop libres ou “dévergondées”. Et c’est ainsi que, du jour au lendemain, des milliers d’influenceuses ou de jeunes femmes se sont retrouvées étiquetées “tana” sous leurs publications par des milliers d’internautes.  Et ce, sans que cela ne passe pour une insulte ou du harcèlement. 

 

À force d’être traitée de “tana”, les tiktokeuses (suivies par les instagrameuses et les snapchateuses), ont donc décidé de créer le Tanaland. Très inspiré du film féministe Barbie, le drapeau du Tanaland est rose bonbon et il y fait beau (et chaud) toute l’année. Inclusif et ouvert, il accueille TOUTES les femmes. 


Tanaland, N Word, même combat

Tanaland n’est qu’une manifestation concrète d’un concept bien connu en sociologie. Comme Shoelifer aime faire simple, voici un exemple concret. Aux États-Unis, le N**** word a longtemps été une insulte raciste, lié à la douloureuse histoire de l’esclavage, employé par les Blancs pour humilier et dégrader les Noirs. Or, petit à petit, notamment à travers la culture hip-hop, les nouvelles générations d’Afro-américains se sont réappropriées le N word (exclusivement entre eux) comme un étendard de leur histoire, de leur identité mais aussi de leurs luttes.

Un autre exemple : le hip-hop (encore lui) a longtemps sexualisé et méprisé les femmes et particulièrement les femmes afro-américaines. C’est en partie ce qui a créé les rappeuses comme Lil’Kim (pionnière du rap féminin américain), Nicki Minaj, Cardi B ou encore Meghan Thee Stallion. Des artistes ultra-sexualisées qui se réapproprient les codes sexistes pour mieux les jeter à la face du monde entier. Tanaland, c’est exactement la même chose.

Certes, les femmes ne sont pas à proprement parler une minorité opprimée, mais elles subissent encore et toujours des inégalités et des violences systémiques. Au cours de sa vie, une femme (et ce, quel que soit son mode de vie) aura droit au moins une fois à une insulte sexiste (et pire encore). Autrement dit, nous sommes toutes potentiellement une tana, alors autant être solidaires et en rire. 

 

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Derrière le phénomène, une triste réalité

Depuis sa création, le Tanaland a généré de nombreuses réactions. La haine ou l’incompréhension de nombreux internautes dans un premier temps. Mais également, une nouvelle libération de la parole, et une grande attention des médias. Le phénomène Tanaland a même été récupéré par une célèbre mutuelle santé. Le capitalisme a toujours adoré se refaire une image sur le dos des luttes progressistes (mais ça, c’est encore une autre histoire). 

 

Il faut dire que Tanaland n’est pas né à un moment anodin. Que ce soit le procès Pélicot en France, l’affaire P Diddy aux États-Unis ou, encore plus proche de nous, lagression sexuelle filmée à Tanger (et dans l’espace public), tout démontre l’ampleur systémique des violences faites aux femmes. Certes, l’exclusion des hommes n’est pas une réponse. D’ailleurs, de nombreux hommes ont déposé une demande de visa (LOL) pour rejoindre le Tanaland et fuir les misogynes. N’oubliez jamais qu’ensemble, on va plus loin ! 

Photo (c) : Fashion Gone Rogue

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