DÉFERLANTE BABOUCHE

Et si la babouche était la sneaker du printemps-été 2016 ? C’est ce que semblent vouloir dire les podiums où le chausson oriental a mis les pieds dans le plat. Retour sur une tendance qui fait le pied beau.

2016, l’année du confort ? Après l’incursion du sportswear à la ville et du sleepwear dans les soirées festives, sans parler du slip-on, du loafer et de la slipper, la modeuse 2016 est visiblement lassée des contraintes imposées depuis plusieurs décennies par les créateurs et chausseurs. Comme on a banni le corset, bannira-t-on le stiletto ? La babouche – « couvrir le pied » en persan –, ce soulier synonyme de nonchalance ultime car équivalent de la pantoufle, foule désormais le bitume après avoir fait une entrée remarquée sur les podiums. Unisexe, bout rond (chez les Berbères) ou pointu (chez les Arabes), c’est la chaussure typique et historique qui prend son pied cette saison.

Pourtant, au Maroc, la babouche était sur la touche. Hormis durant les après-midi oisives, point de balghra en dehors de chez soi ! Figure emblématique de l’artisanat moyen-oriental et a fortiori marocain, avec diverses versions sur les étals des souks de Marrakech à Fès, la babouche fait le mur et s’aventure en ville, avec des déclinaisons sophistiquées, minimalistes, pour une élégance désormais facile à vivre. Ainsi le soulier exotique, star d’Instagram et des looks de fashionistas inspirées, déclaré « it shoe » de 2016 par le sacro-saint Vogue, quitte peu à peu sa condition de souvenir de voyage, de trophée de touriste, pour devenir une chaussure à part entière. Exit leur vocation paresseuse, même si l’on court rarement avec des babouches (au risque de se prendre les pieds dans le tapis), elles deviennent des néo-mules urbaines, symbole d’un cool mixte assumé, d’une décontraction décomplexée. La première à réussir l’exercice de style cette saison ? Céline, où Phoebe Philo l’imagine pointue, sanglée, à boucle de métal, à l’allure médiévale. Déjà, en 2015, Karl Lagerfeld présageait du potentiel hype de la babouche avec une création pour Chanel qui n’était pas passée inaperçue. Un an plus tard chez Dolce & Gabbana, elle est orientale à souhait, chez Balenciaga elle se pare de dentelle, chez Opening Ceremony elle est graphique. On ne compte plus, sur et hors podiums, les interprétations des créateurs de notre babouche nationale. Acne Studios, Bottega Veneta, Gucci, & Other Stories, Rag & Bone, APC, Robert Clergerie, Pierre Hardy, Victoria Beckham, Narciso Rodriguez emboîtent le pas.

Le luxe s’entiche de cet easy wear contemporain qui répond à un besoin général d’avoir les pieds vraiment sur terre, si ce n’est de se sentir rassuré, confortable, libre. Les marques multiplient les audaces qualitatives, cuir de mouton tanné au chrome pour APC ou jacquard de soie pour les Princetown de Gucci, mocassin-babouche made in France chez Robert Clergerie tandis qu’une marque turque, Sanayi313, imagine des pièces brodées, vendues online pour la modique somme de 1200 euros (un peu plus de douze mille dirhams, NDLR). Pour autant, la version originelle de nos souks, moins onéreuse que sa cousine des podiums, n’est pas old fashioned, à associer à la dégaine inattendue d’un 501 ou d’une jupe-culotte minimaliste. Quant aux créateurs orientaux, marocains de surcroît, ils ne comptent pas perdre pied. Par exemple, Zyne, une toute jeune marque locale, explore la babouche sous toutes les coutures. Précieuse, galactique, elle se pare de sequins pour des modèles uniques inspirés de nos traditions, sacrément mode, comme des bijoux de pieds.
Et s’il restait quelques réticences, qu’on se rassure : accessoire résolument pointu, la babouche désormais réhabilitée, fera assurément mouche.

De gauche à droite: les babouches slippers de Céline Collection Resort 2016, les babouches Chanel Collection Croisière 2015, les Princetown de Gucci, les babouches APC SS 2016, Victoria Beckham Collection Resort 2016, les babouches Amina patch white & black d’Acne SS 2016, les Pom Pon de Sanayi313 et Medzo Collection de la marque marocaine Zyne (Tél. 06 61 37 36 35 ou [email protected]).

Soraya Tadlaoui

Amoureuse de mode et d’(entre)chats, Soraya Tadlaoui a étudié à Paris la conception rédaction et la danse. Après une première expérience auprès du service de presse de Burberry, elle fait ses armes à la rédaction d’ABCLuxe, au Glamour, en tant que styliste photo auprès du Bureau de Victor agence de photographe, puis à L’Express.fr/Styles. En 2009, elle s’envole pour New York à la poursuite de ses deux passions, avant de tenter l’aventure casablancaise en 2011. Elle intègre alors la rédaction de L’Officiel Maroc. Depuis, professeur de danse, styliste, rédactrice freelance pour différents supports de presse, éditrice de contenus en communication éditoriale et rédactrice web pour le webzine nssnss.ma, elle surfe sur la tendance et sur les petites vagues de Dar Bouazza.

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