INFIDÉLITÉ 2.0 : EST-CE QUE CHATTER C’EST TROMPER ?

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À l’heure où les rencontres ne tiennent souvent plus qu’à un clic, on s’est interrogé sur la notion de fidélité. C’est tellement facile de pianoter des mots doux au travers d’un écran, mais est-ce vraiment sans conséquences ? Ou bien s’agit-il vraiment d’un adultère ?  Bref, pour paraphraser la célèbre question, est-ce que chatter c’est tromper ? 

Selon le dictionnaire du Larousse, être infidèle, c’est avoir des relations amoureuses avec un(e) autre que son partenaire. Mais où commence l’infidélité ? Pour certains, il faut qu’il y ait un échange charnel. Pour d’autres, un baiser, c’est déjà tricher. Et avec l’avènement des nouvelles technologies, la frontière est encore plus floue. Même l’infidélité a réussi à innover. Flirts en ligne, messages enflammés, échanges de nudes Ces pratiques se sont presque normalisées. Ayant grandi un smartphone à la main et plus habitués à draguer via les applis qu’en “face to face”, les “virtual cheaters” ont majoritairement moins de 30 ans. Selon une étude IFOP, la moitié des jeunes adultes aurait déjà fait l’expérience de l’infidélité virtuelle. Mais les plus âgés ne sont pas en reste. Certains sites spécialisés s’adressent plus spécialement à eux. C’est le cas de Gleeden, plateforme de rencontres extraconjugales qui compte aujourd’hui plus de 8 millions d’utilisateurs à travers le monde, d’un âge moyen de 37 ans. Et aujourd’hui, en plus des spécialistes –comme Tinder, Happn ou Meetic– les réseaux sociaux –Facebook et Instagram en tête– s’improvisent eux aussi sites de rencontre. Échanger des messages à l’insu de son partenaire n’a jamais été aussi facile. Est-ce pour autant anodin ? Légalement, oui, du moins au Maroc. En 2018, un juge a ainsi acquitté une femme mariée ayant échangé, sur WhatsApp, une série de photos intimes avec un homme autre que son mari. Alors, chatter n’est pas tromper ? C’est un peu plus compliqué que ça, nous explique Amal Chabach, médecin sexologue à Casablanca.

Voir aussi : APPLICATIONS DE RENCONTRE : ON A TESTÉ LA NOUVELLE DRAGUE 2.0 


La fidélité, une question philosophique

“Est-ce qu’une relation (sexuelle) commence quand deux personnes s’écrivent ou même pensent l’un à l’autre ? Vous avez deux heures…” Oui, il pourrait presque s’agir d’un sujet du bac de philo.  Car il n’y a pas UNE bonne réponse. “Tous les couples sont différents. Et seules les deux personnes qui le composent peuvent poser les limites à ne pas dépasser” estime la sexologue. Le souci ? On aborde que très rarement le sujet de l’infidélité virtuelle avec sa moitié à moins de découvrir quelques conversations cachées ou messages coquins. Et lorsqu’on réalise qu’on est “cyber-cocu”, c’est souvent la douche froide. “Mon mec est quelqu’un de très timide. Alors quand j’ai découvert il y a un an qu’il était sur plusieurs applis de rencontres et qu’il entretenait plusieurs relations virtuelles, j’ai été choquée et déçue. Pour lui, c’était juste un moyen de tester son potentiel sans jamais passer à l’acte. Pour moi, c’était une vraie trahison” se souvient Kabira*. Alors pour ne pas tomber des nues, une seule solution : lancer la discussion sans plus attendre.


L’infidélité 2.0, une affaire de nuances ? 

Regarder des sites pornographiques, suivre (et fantasmer sur) un(e) bel(lle) inconnu(e) sur Instagram, cela relève du jardin secret de chacun. C’est un peu comme penser à un(e) autre durant l’acte – et c’est loin d’être anecdotique puisque 42% des hommes et 46% des femmes laisseraient leurs idées vagabonder durant l’acte. Mieux, pour le sexothérapeute parisien Pascal Anger, cette sexualité imaginaire et nos fantasmes pimentent notre sexualité irl (dans la vraie vie). Mais dès qu’il y a échange de messages (coquins ou non), la frontière devient plus complexe. Tant que la relation reste virtuelle, on considère souvent qu’il n’y a pas tromperie. Certains pensent que c’est un moyen sans grand danger de se prouver qu’on peut encore séduire. Se rassurer et stimuler sa libido en berne. Pour d’autres au contraire, cela peut s’avérer être un jeu dangereux, suscitant un sentiment d’attente et donc de désir. Car se noue ainsi une relation avec une personne réelle, même si elle est derrière un écran.


Une inversion des rôles s’impose

Alors, comment savoir si on est “cyber-infidèle” ? Une manière de déterminer si on dépasse les limites, c’est de se mettre à la place du ou de la partenaire. Imaginez-vous découvrir que votre moitié parle depuis trois mois avec son ex, sans vous l’avoir dit. Qu’elle raconte votre intimité et se confie à un(e) inconnu(e). Ou pire encore, que les conversations deviennent torrides…. Tout de suite, on rigole moins ! Pour Kamal ce fut la révélation: “Longtemps célibataire, j’étais inscrit sur de multiples sites de rencontre. Une fois en couple, je ne me suis pas désinscrit de ces sites. Je draguais, je flirtais, j’envoyais même des messages coquins. Pour moi, je ne la trompais pas, donc je ne me sentais pas coupable. Mais quand j’ai réalisé que ma copine faisait la même chose, j’ai trouvé ça irrespectueux. Si elle était vraiment heureuse avec moi, pourquoi continuer à échanger avec d’autres ? On a discuté et on a tous les deux supprimé tous nos comptes sans que cela n’ait d’impact sur notre relation de couple.” Vous seul(e) pouvez donc savoir si vous dépassez les limites et si ce besoin de chatter révèle un problème plus sérieux dans votre relation.


Et un peu de confiance…

Mais attention de ne pas tomber dans la paranoïa. “Pourquoi t’as liké la photo de ton prof de yoga ?” “Qui t’envoie des messages à cette heure-ci ?”  Le revers de la médaille des réseaux sociaux ? Ils alimentent aussi nos angoisses. Faut-il farfouiller dans le téléphone de sa moitié pour savoir si elle nous est virtuellement infidèle? Ou installer de nouvelles fonctionnalités de géolocalisation pour la traquer? Avant de nous transformer en Inspecteur Gadget, mieux vaut se rappeler qu’un couple repose avant tout sur la confiance…

 

 *Les prénoms ont été changés

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