TAPISSERIE : ON CRAQUE POUR LES CRÉATIONS TEXTILES DE LOUIS BARTHÉLEMY

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Après avoir dessiné des imprimés pour Dior ou encore Ferragamo, et suite à sa rencontre avec un artisan cairote, Louis Barthélemy décide de mettre en valeur des savoir-faire ancestraux avec une prédilection pour la création textile et la tapisserie. Corps enlacés, corps en lutte, scènes sensuelles d’un Orient fantasmé… Rencontre avec un artiste pluridisciplinaire.

Après avoir étudié au sein de la prestigieuse école de mode St Martins School à Londres, Louis Barthélemy arrive à Paris, à 20 ans, pour travailler dans les ateliers Dior où il dessine les imprimés de la maison. Quatre ans plus tard, il décide de voler de ses propres ailes et entreprend de voyager, tout en travaillant pour d’autres grandes marques de mode, comme Ferragamo, avec qui il collabore durant 7 ans. Au gré de ses voyages, notamment en Egypte, Louis Barthélemy découvre de nouvelles techniques et entreprend une collaboration au long cours avec des artisans cairotes. Très rapidement, ses créations textiles imprégnées de l’iconographie égyptienne font parler d’elles et lui valent d’être repéré par plusieurs grandes maisons. Il développe ainsi des papiers peints, des tapis et des tissus brodés pour Pierre Frey, dans le cadre d’une collection s’inspirant des archives du Louvre. Il réalise aussi un vaste plafond brodé pour la boutique Loubouxor de Louboutin. Mais aujourd’hui il est surtout connu pour son travail sur la tapisserie. Les collectionneurs s’arrachent ses créations, qu’il réalise exclusivement sur commande. Technique, inspirations, projets en cours… L’esthète, qui partage son temps entre Le Caire, Paris et Marrakech, s’est confié à Shoelifer. 


Comment définissez-vous votre univers ? 

Je suis un artiste pluridisciplinaire, j’aime utiliser plusieurs médiums, même si le textile reste mon favori. Mon univers ? Je le qualifierai de ludique, d’optimiste, de narratif mais aussi d’humain, car je ne travaille jamais seul, je rentre toujours en dialogue avec un artisan, avec un savoir-faire, donc il y a un véritable côté communautaire dans ma manière de travailler. J’ai toujours la volonté de faire valoir un savoir-faire ancestral. 


Quel est votre lien avec le Maroc ? 

Je sentais que je n’avais plus besoin de me cantonner à Paris et j’ai commencé à voyager. Je suis revenu au Maroc car mon père a fait son lycée à Rabat et qu’il m’y avait emmené plusieurs fois. Et c’est au cours d’un voyage à Marrakech que la flamme a été ravivée. Quelques mois plus tard, je décidais de m’y installer pour de bon, sur un coup de tête. J’ai commencé à partager ma vie entre Paris et Marrakech : en France, c’était pour le travail, tandis qu’au Maroc, c’était davantage pour l’oisiveté, la contemplation. Ce sont des errances qui m’ont beaucoup nourries. J’aimais bien cette dualité qui me permettait de me découvrir différemment.


Et votre rencontre avec l’Égypte ? 

Je voyageais beaucoup et je me suis rendu en Égypte. Ça a été un véritable choc. C’était très différent de ce que je pouvais connaitre au Maroc et je suis tombé amoureux de quelqu’un en Égypte, donc j’ai quelque peu délaissé Paris et Marrakech pour me consacrer à cette passion. Et j’y ai rencontré des artisans qui m’ont permis, pour la première fois, d’exprimer quelque chose de plus intime, qui sortait du strict travail de commande pour des maisons de mode. 


Qu’est-ce qui vous a semblé si différent entre l’Égypte et le Maroc ? 

Déjà, il y a une densité énorme, une population très jeune. Il y a un dynamisme que je n’avais jamais vu ailleurs, la ville ne dort jamais, il y’a une véritable frénésie comme en Asie du Sud-Est. En même temps, il y a l’élément humain du monde arabe : cette hospitalité, cette fraternité, ce détachement, ce fatalisme, qui rend tout très flottant dans ce chaos. Et il y a bien sûr un héritage historique inouï : dès que je m’y suis intéressé, c’est devenu une véritable obsession. Je me suis abandonné à l’égyptologie. C’est véritablement la naissance des arts, la genèse d’une sophistication, d’un raffinement, et des arts appliqués qui se sont ensuite diffusés dans la région.  


C’est là que vous vous êtes lancé à votre compte ?

Oui, l’exercice pour les grandes maisons me paraissait un peu prévisible, un peu trop systématique. En Égypte, j’ai rencontré un artisan, Tarek, qui m’a impressionné par sa dextérité. Je n’étais pas forcément sensible à ses sujets –beaucoup de motifs islamiques, géométriques– mais il avait manifestement une technique impressionnante. J’avais besoin d’engager ma créativité sur ce nouveau territoire et d’entrer en dialogue avec d’autres créatifs, et Tarek s’est avéré être une personne très inspirante. 


Comment vous êtes-vous fait connaitre ? Par le bouche-à-oreille ? 

C’est vrai que j’ai eu pas mal de presse dès mes débuts, et bien sûr des commandes, par l’intermédiaire d’amis ou de connaissances qui s’intéressaient à mon travail. Au début, j’ai cédé mes pièces à des collectionneurs, à contrecœur, mais cela me permettait d’en créer d’autres et d’en vivre. Rapidement, il y’a eu un engouement pour mon travail. 

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Quelles sont les techniques que vous utilisez pour créer vos tapisseries ? 

J’ai entrepris beaucoup de recherches sur le textile égyptien, j’ai découvert d’autres régions, j’ai passé beaucoup de temps avec des tisserands… et je me suis intéressé à la fois à la technique de l’appliqué (utilisée pour décorer les tentes ottomanes) et au travail du kilim et du tapis noué. Dans l’oasis de Siwa, j’ai aussi touché à d’autres médiums : la céramique, le travail du sel, le travail de la roche de calcaire… Pendant plusieurs années, mon travail a été imprégné d’influences égyptiennes, et progressivement je m’en détache, pour aller vers des choses encore plus intimes, encore plus archaïques en moi. C’est le cas par exemple du travail sur les lutteurs que j’ai développé pour une exposition à venir au musée Théodore-Monod d’art africain (ex- IFAN) à Dakar. J’ai repris la technique de l’appliqué cairote, mais je me détache de l’iconographie égyptienne. C’est un travail plus spontané. 


Vos créations sont donc des pièces uniques ? 

Oui, cela prend tellement de temps de réaliser une tapisserie, que lorsqu’on en termine une, on a envie de faire autre chose, de partir sur un nouveau challenge, plutôt que de répéter la même chose. Le plafond brodé que nous avons réalisé, avec Tarek, pour la boutique Louboutin nous a pris 6 mois de travail. Sinon, en règle générale, je dirais qu’une tapisserie prend entre trois et quatre mois.


Quels sont vos projets actuels ? 

Je travaille sur plusieurs projets. Pour le ramadan prochain, une exposition aura lieu sous la nef des fabricants de tentes au Caire. Avec Tarek, nous collaborons sur une petite ligne de tapisseries et d’objets brodés à cette occasion : des tapisseries donc, mais aussi des poufs, un chemin de table… de quoi célébrer les rassemblements en cette période de festivités. Puis il y a l’exposition au musée IFAN de Dakar, qui avait été reportée à cause du Covid, et qui devrait ouvrir ses portes au mois de novembre 2022. Pour le carnaval de Venise, je développe avec une manufacture de papier du 18e siècle à Florence une série de masques : ils seront réalisés à partir de papier fait main et s’inspirent des personnages de l’opéra de Verdi, Aïda. Enfin, je travaille avec le groupe Bidayat, qui épaule des créateurs du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient. Nous créons une marque de prêt-à-porter pour femme, qui célèbrera les savoir-faire de la région, en commençant par l’Égypte, à travers un vestiaire contemporain et urbain. La marque sera lancée au mois de mai. 

Louis Barthélemy
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Photo (c) Yann Deret.

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