HUMEUR : LES MEUFS, LES CHAKRAS, L’ASTROLOGIE ET MOI

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La pleine lune arrive! Vivez chaque instant comme si c’était le dernier et osez comme si vous n’avez rien à perdre”. C’est le message transcendant sur lequel je suis tombée de bon matin, la tête dans les choux et les yeux encore mi-clos. Qui, au lieu de m’ouvrir les chakras, a ouvert les vannes de mon exaspération. L’astrologie, la numérologie (et autres disciplines en “gie”) s’invitent de plus en plus dans notre quotidien, et il m’arrive d’en avoir ras la casquette de ces messages cosmiques à la sauce mords-moi le nœud. Et si j’avais envie de garder les pieds sur terre? L’humeur (massacrante) du mois, c’est par ici.


Ils sont partout. Pas les petits hommes verts qui se seraient infiltrés dans notre planète bleue (encore que… mais c’est un autre débat). En revanche, portés par une actualité anxiogène et des réseaux sociaux boostés à l’égo, je vous parle bien de ces gourous du bien-être cosmique qui trustent nos feeds et notre quotidien. Vous savez, ces personnages virtuels comme Énergies Lumineuses, qui balancent jour après jour notre météo énergétique à coup de grandes tirades pleines de bons sentiments, saupoudrés d’une pincée de philosophie et de spiritualité. Censées ouvrir notre troisième œil, et par la même occasion, le paradis sur terre. Bye bye le petit astro à la fin du Elle, celui qu’on lisait en rigolant entre copains. Non cette fois, c’est du “sérieux”. Émissions TV, chaînes YouTube, comptes Instagram, lives… Chaque épreuve du quotidien s’explique aujourd’hui à travers l’astrologie et le disfonctionnement de l’alignement des planètes. Ce qui a réussi à nous donner, in fine, envie de nous exiler loin, loin… dans l’espace.

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Non, je n’exagère pas, ou à peine. Dans mon groupe d’amis, le phénomène a fini par contaminer presque tout le monde. Plus une soirée (en petit comité, of course) sans analyse, dans les règles de l’art, de notre thème astral. Ascendant, astrologie chinoise, tout y passe. “Et toi, tu es née à quelle heure?”  est devenu le nouveau “on reprend un verre?”. Alors j’avoue que je me suis prise au jeu, moi aussi, au début. Mais au bout du dixième apéro à calculer quels étaient les tenants et aboutissants de mon signe astrologique, j’ai fini par suranalyser un peu trop ma vision de moi-même. Et du coup, j’en ai même oublié de discuter vraiment, trop occupée à savoir si ma lune était en bélier ce mois-ci.

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Parlons-en de la lune. Je l’ai toujours aimée, elle m’a toujours guidée, dans mes folles soirées comme mes insomnies. Aujourd’hui pourtant, j’aimerais bien qu’elle se fasse un peu plus discrète. Jeudi dernier par exemple, impossible d’y échapper. Elle faisait son grand retour. Et pas seulement dans le ciel, sur les réseaux sociaux également. Il faut dire que nous avons eu droit à la première pleine lune “de l’ère du Verseau”, là pour “effacer nos blocages énergétiques et karmiques” selon la page Insta Le monde s’éveille officiel . Pourquoi pas…

Ce serait passé sans encombre si mes amis (et les réseaux) n’avaient pas saisi l’occasion de m’inonder de posts et autres méditations guidées. Le but : nous “préparer à vivre une intense guérison qui modifiera votre vibration pour pouvoir s’aligner à l’amour véritable et l’abondance afin d’attirer tout ce que vous désirez” selon cette même page. Carrément. Tout ce que je désire, vous êtes sûrs ? Un voyage aux Seychelles ? La fin de la pandémie ? J’étais à deux doigts de commander de la sauge à brûler pour organiser une soirée chamanique à la maison. J’ai swipé pour finalement retrouver une quinzaine de messages similaires. Qui du coup, ont fini par me faire sentir un peu coupable de ma réaction un brin sarcastique. Bon… va pour une soirée télé cocooning avec mes proches et un peu d’encens.


Quelques heures après, ça n’a pas loupé. Un pote nous a appelé, pas vraiment au top après avoir perdu son job. Notre BFF, qui était juste à côté, n’a pas pu s’empêcher d’ajouter lorsque j’ai raccroché : “tu lui diras que c’est normal, c’est la pleine lune, c’est chargé en émotions en ce moment, elle est pleine en Lion”. Je n’ai pas su quoi répondre. Et d’enchaîner avec un cours de Science et Vie (junior) pour m’expliquer que tout ça, c’était mathématique, car le corps est composé à 70% d’eau et donc forcément impacté par les mouvements lunaires. Merci pour l’info. Je le lui dirai, quand je le verrai, que sa perte d’emploi a sûrement été causée par sa ressemblance avec une grande bouteille de Sidi Ali. Pas sûr que ça l’aide.

Pourtant, ne croyez pas que je sois complètement réfractaire à toutes ses sciences éveillées. Non, non, c’est juste que j’aimerais bien essayer d’aider le commun des mortels avec des moyens plus… humains. Avoir une bonne discussion, se retrouver autour d’un thé, partager, rire, aller voir un psy, faire du sport ou encore tenter de voir le bon côté de la vie, dans les petites choses, mêmes insignifiantes. Le tout, sans que les limbes d’Internet m’expliquent par A+B le véritable sens de ma destinée. Et quand, à la machine à café, la stagiaire m’a expliqué que si elle avait des problèmes avec son mec, “c’est parce qu’il est verseau et moi scorpion”, j’ai eu du mal à me retenir. “Ce ne serait pas parce que tu te conduis comme une connasse, et que tu le trompes depuis des mois?”. Ça, c’est ce que je voulais lui dire. Manqué. Je n’ai fait qu’opiner, avant de répondre : “c’est certain, il y a incompatibilité”.


Mon état d’esprit en était à peu près là, quand soudain, j’ai eu une révélation. Un déclic, un don du ciel. Une illumination arrivée tout droit sur mon smartphone grâce à un mélange d’ondes wifi et d’algorithmes bien calibrés. Ceux qui étudient et analysent les moindres détails ( ou bêtises ?) de notre vie, comme le montre bien le docu Netflix Derrière nos écrans de fumée.. Bref, une page Instagram m’a clairement expliqué… ce que je voulais évidemment entendre. “Que les personnes qui deviennent obsédées par l’astrologie, la psychologie et les types de personnalité sont les enfants qui n’ont jamais été compris. Ils essaient de vous analyser dans les moindres détails, parce que cela signifierait beaucoup pour eux, si quelqu’un avait fait la même chose pour eux. C’est un langage d’amour”, décrypte la page Fuckology.

En voilà une analyse pertinente ! Et, pour le coup, apaisante. Merci. Car je le reconnais, l’amour, le vrai, emprunte souvent des voies diverses et variées, quand elles ne sont pas impénétrables. Alors si pour certains, il a besoin de monter dans une capsule spatiale à tout bout de champ, à la rencontre de l’astrologie et du cosmos, je veux bien essayer de comprendre. Et dire à tous ceux qui veulent l’entendre que mon âme de vierge ascendant vierge sera là pour chacun d’entre eux. Quoi qu’il arrive, et ce, même un soir SANS pleine lune. Bienvenue dans ma secte.

 

Photo (c) Marcellus Kimontait.

Charlotte Cortes

Une fois son master de l’ESJ Paris en poche, c’est entre la capitale française et sa ville de cœur, Casablanca, que Charlotte fait ses premières armes. Quotidiens d’informations, radio, post-production télévisuelle… touche-à-tout, cette journaliste mue par le désir d’en apprendre toujours davantage rejoint diverses rédactions (Metro, Atlantic Radio…) avec le désir de se frotter à différents médias. C’est à son retour au Maroc en 2015, que le lifestyle s’impose à elle, tout naturellement. Une évidence qui la pousse à intégrer le lifeguide Madame Maroc, dont elle deviendra rédactrice en chef trois ans plus tard. Depuis, elle écume les belles adresses du royaume à la recherche constante de nouveaux labels et autres hot spots. Aujourd’hui, c’est à Shoelifer qu’elle prête sa plume et son enthousiasme pour gérer la programmation du webzine. Ne vous y trompez pas, sous ses airs affairés cette pétillante brunette ne rêve que de danses endiablées, de plages désertes et… de bons plans mode, évidemment.

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