HUMEUR : AH, IL A BON DOS, LE RAMADAN !

Crédit photos: David Bellemere pour VOGUE Spain - Mars 2015.

Il est 20h10 et j’ai du attendre de manger avant de pouvoir commencer à écrire mon humeur : oui, j’ai besoin de deux cafés pour avoir les idées claires. Mais je précise que mon humeur, avant le ftour, est tout à fait bonne, merci de demander. Si je me sens obligée de préciser dans quel état mes nerfs se trouvent à un moment X de la journée, c’est parce que le ramadan à la –mauvaise– réputation de mettre les gens, et plus précisément les Marocains, de mauvais poil, justement. Il a quand même bon dos, le ramadan !

Car ce mois ­–sacré– c’est le mois des paniers remplis de courses, des chhiwates, des débats politico-philosophico- théologiques (de comptoir), mais surtout, des plaintes et complaintes : mauvaise volonté des fonctionnaires, circulation anarchique, engueulades à tous les coins de rue… Euh –pardon de vous interrompre– quelle est la différence avec les 11 autres mois de l’année ? Certes, pendant ramadan certains, –voire beaucoup– sont en manque de café, de cigarettes, ont les nerfs à vif et fonctionnent au ralenti. Je vous l’accorde.
Et alors ? Ce n’est pas comme si le reste du temps nous vivions dans la Mélodie du bonheur. Les gens font à peu près tout le temps la tête, sont toujours en manque de quelque chose, ou frustrés d’une autre. Les employés de nos administrations sont-ils habituellement réputés pour leur célérité ? Pendant ramadan, ils ne font que perpétuer leur lenteur, horaires continus en prime !
Que dire aussi de la fameuse recrudescence des accidents de voitures ? Que celui qui n’a jamais dit –ou entendu dire– “Ramadan approche, la saison des accidents est ouverte” me jette la première chebakkia. Mais cette saison a-t-elle jamais fermé ? Qui pourrait soutenir qu’en temps “normal” nos routes font partie des plus sûres du monde ? Alors que certains jours, trop nombreux d’ailleurs, je me demande même si la circulation casablancaise ne serait pas un aperçu de ce qui nous attend en enfer.

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Un petit peu d’objectivité, donc. Ce pauvre ramadan ne transforme pas les gens en monstres. On a peut-être tout simplement trop envie de les voir pour s’autoriser à en être un soi même ? (psychologie de comptoir, je vous ai dit!) Et il ne tient qu’à nous, un petit mois sur douze, d’essayer d’apprécier la différence de rythme, les avantages et les inconvénients de cette parenthèse de 30 jours.

Car j’apprécie profondément ramadan, ce moment où les familles se réunissent, les traditions refont surface, les plateaux sortent des maisons et appartements pour être donnés à ceux qui, dehors, n’ont pas où, ni de quoi manger. J’aime (exceptionnellement) entendre les mioches jouer jusqu’à pas d’heure dans les rues, voir les babouches ressortir des fonds de placards et les potes s’engueuler en jouant au “touti” ou “baggamon” en dégustant un noss noss.

Surtout, ce que j’aime par dessus tout, c’est le jour de l’Aïd El Fitr, quand j’entends “Ah, qu’est ce que c’est passé vite ! C’était facile cette année, et hyper agréable, tu trouves pas ?” Allez, demain nous serons à J-24 ou -25 (oui, oui, je compte aussi les jours) : haut les cœurs, et les sourires !

 

Crédits photos image de une: David Bellemere pour VOGUE Spain – Mars 2015.

 

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