HUMEUR : LA CIRCULATION À CASABLANCA, LE PERMIS ET MOI

shoelifer_circulation à casablanca

On peut dire que je suis quelqu’un de téméraire : j’enclenche le mode “Sarah Connor” quand il faut relever n’importe quel défi du quotidien. Pourtant quelque chose me terrorise au plus haut point : la circulation à Casablanca. Vous savez, celle qui concentre une joyeuse bande de chauffards prêts à en découdre à la pointe de la pédale de vitesse, façon (mauvais) remake de Fast and Furious. J’ai même l’impression que ces derniers temps, le Far West du bitume est en plein boom. Passer son permis et risquer la mort à chaque coin de rue ? Très peu pour moi, merci. L’humeur (terrorisée) du mois, c’est par ici.

Se plaindre de la circulation à Casablanca ? C’est d’un commun ! Un sujet de conversation aussi bateau que la météo… Et pour cause : à tous les carrefours de la capitale économique, c’est la loi de la jungle qui s’impose. Accidents, accrochages, bagarres et klaxons se multiplient dans un capharnaüm aux airs de jeux vidéo apocalyptiques. Chaque voiture joue sa partie de Mario Kart en tentant d’éviter un massacre. Et dernièrement, cela a empiré : le confinement aurait-il eu effet pervers sur les fous du volant après plusieurs mois d’abstinence ? Plus de priorité, plus de feux rouge, plus de limite de vitesse, non la seule règle aujourd’hui c’est “fais ce qu’il te plait”. Un exemple macabre ? Il y a quelques jours, sur le tournage du clip du rappeur Don Bigg, un chauffard ivre a provoqué la mort de deux personnes… Et ce sous les caméras, en plein boulevard Ghandi. Tragique.

Les chiffres parlent d’eux même. En 2020, comme par magie, les accidents ont reculé de 17% par rapport à 2019, en raison de la pandémie. 610 personnes de plus sont en vie parce qu’elles sont restées tranquillement chez elles plutôt que de s’aventurer sur le goudron… Ça fait froid dans le dos, vous ne trouvez pas ? Chaque semaine, les bilans des accidents de la route du pays apportent leur lot de tragédies : du 5 au 11 avril, par exemple, 12 personnes ont été tuées dans des accidents et on a déploré pas moins de 2355 blessés… La semaine d’après, ce chiffre monte à 39 morts !  Quant aux causes : principalement l’inadvertance des conducteurs, ne cesse de souligner la DGSE dans ses communiqués.


La famille chauffard

Oui, oui, l’inadvertance. Un bel euphémisme pour évoquer le mépris clair et simple des règles de base du code de la route. Ce qui donne des comportements ahurissants, comme le non-respect du stop, la circulation sur la voie gauche, les excès de vitesse ou encore les refus de priorité. Et les premières victimes des accidents de la route sont les piétons et usagers des deux et trois roues (qui représentent d’ailleurs la catégorie la plus touchée, avec 57% des tués) : on y réfléchit donc à deux fois avant de partir à l’assaut de la ville. Car comme dans tout environnement hostile, c’est la loi du plus fort qui règne. Il y a ceux qui dévorent et ceux qui se font dévorer. En première ligne, nos chers taxis rouges ou blancs. Tels des rapaces affamés, ils virevoltent sans relâche, à la recherche de leur prochaine victime. Leur spécialité ? Un grand classique : piler en plein milieu de la rue, sans prévenir, bien sûr. Viennent ensuite les motocyclettes, les triporteurs qui surgissent en pagaille, les bus (qui ont clairement basculé du côté obscur de la force…) sans oublier les grosses berlines lancées à toute berzingue sur la Corniche en sortant du dernier resto à la mode… Pas rassurant non ? Surtout quand on sait qu’un petit billet peut souvent faire fermer les yeux aux policiers. Et même s’ils étaient tous incorruptibles, ils ne seraient pas assez nombreux pour faire respecter le code de la route à tous les fous du volant.
Mais je suis sûre qu’une vraie campagne de sensibilisation, avec des spots bien macabres, pourrait finir par éveiller les consciences, vous ne croyez pas ?  Et si quelqu’un m’entend, s’il vous plait, cette fois mettez le paquet.


Mets-toi au volant et je te dirais qui tu es

En attendant, vous comprendrez bien que participer à cette guerre du bitume m’effraie encore : à plus de 30 printemps, la case permis est toujours absente de mon C.V. Il faut dire qu’il a y de quoi être traumatisée, même du côté passager. J’ai pu en effet observer cet étrange phénomène qui transforme n’importe quel conducteur en loup prêt à mordre son prochain dès la portière claquée. Tel Dr Jekyll et Mr Hyde, une nouvelle facette de sa personnalité, jusque-là insoupçonnée finit toujours par prendre le contrôle. Quand mon mec déverse toute sa rage sur le moindre hurluberlu qui décide d’ignorer son clignotant, ma mère use de son klaxon comme le buzzer de Question pour un Champion. Même ma BFF, la douceur incarnée, est devenue une experte en insultes affûtées. Et ponctue d’un bon gros “enfoiré” quiconque ose s’approcher de sa place de parking. Je dois avouer, qu’à force, moi, j’en suis toute retournée.


Sans permis fixe

Conséquence, je repousse la date de passer le permis un peu plus chaque année. J’ai tout de même tenté quelques cours de conduite, histoire de me mettre dans le bain… Bien mal m’en a pris. Après m’avoir expliqué en 1 minute 30 à quoi servaient les pédales (oui, je reviens de loin, je vous l’ai dit), le moniteur m’a fait démarrer, direction Bab Marrakech. Le premier cours. Un vendredi. C’est ce jour-là que j’ai réellement pris conscience que se mettre derrière un volant, c’était aussi prendre le risque de tuer des gens. Et même si certaines personnes le méritent sûrement, je n’ai pas envie de vivre avec ça sur la conscience toute ma vie. “Mais tu vas voir, ils vont s’écarter”, m’a gentiment dit mon moniteur qui, en passant, se curait allégrement le nez sur le siège d’à côté. Beurk, très peu pour moi, merci, je repasserai. C’est ainsi que j’ai laissé aux taxis et autres applications de transport 2.0 le soin de m’accompagner dans mes déplacements. En n’oubliant pas au passage de faire une petite prière sur le trajet. Et le prochain qui me dit “alors ce permis? Tu vas voir ça change la vie !”, je lui réponds que oui, justement, la vie je l’aime, et même beaucoup, alors autant rester sur mon siège passager. À bon entendeur, salut.

 

Par Sarah Kroche.
Photo © Steve Hiett

Shoelifer Team

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